Archives mensuelles : avril 2010

De possibles porteurs de projets?

Alors que nous approchons de la fin de la deuxième semaine de résidence au lycée Gabriel Fauré d’Annecy et que nos propositions s’affinent, nous les présentons à plusieurs personnalités stratégiques de l’établissement qui seraient susceptibles de porter les projets sur le long terme.

La cour d'entrée du lycée, sous le soleil

Marion Coupat, CPE, travaille à la fois au lycée et à l’internat. Elle a une connaissance très précise des élèves et du lycée. Elle est en charge de gérer une aide financière de la région pour le « projet de vie » de l’internat. Dans ce cadre, elle réfléchit à des dispositifs et des actions qui visent à créer plus d’espaces de détente et de moments de convivialité au lycée. Il s’agit de répondre à la fuite des lycéens vers les cafés du centre ville. Marion réagit plutôt positivement à l’idée d’installer une grande table dans la cour du lycée mais « il faudrait s’assurer, pour des raisons de sécurité, qu’un grand camion puisse toujours entrer dans la cour. » Mais ce qu’elle réclame depuis des mois en vain, ce serait que « l’on installe des bancs sur le bord de la cour, protégés de la pluie par la bordure du toit des bâtiment. C’est trop bête que vous ayez toujours vu le lycée sous le soleil. En hiver, on mange à la cantine en doudoune, et il fait moins quinze dans le foyer. » Le speed dating lui a donné des idées : « C’est vrai que ce serait bien pour que les élèves de l’internat fassent connaissance en début d’année. »

Nous rencontrons aussi M.Olry, chef des travaux. Il est en charge de la direction technique et de la gestion de la partie matérielle du lycée : informatique, vidéos projecteurs, commandes de livres, câblage…Il travaille au lycée depuis six ans. Il est très sensible au problème des « gens transparents» au lycée : « Il y a un repas commun à tout le personnel en début d’année mais il n’y a pas vraiment de partage. Chacun reste entre soi. » Il regrette que ses collègues ne soient pas plus respectueux du personnel technique et de nettoyage. « Il y a un employé qui passe plus d’une heure chaque soir à s’assurer que les fenêtres sont bien fermées et les lumières éteintes. » Le trombinoscope collectif affiché au lycée pourrait être une réponse possible mais « il faudrait constamment l’actualiser. Beaucoup d’agents de nettoyage sont des contractuels envoyés par la région qui ne restent ici que peu de temps. »

Quand je lui montre les projets qui vise à libérer et encourager l’expression lycéenne, M.Olry rappelle la nécessité de « trouver un équilibre entre les droits et le devoirs. Une ouverture totale conduirait à du n’importe quoi. » Mais il a très envie que les élèves prennent d’eux-mêmes des initiatives pour aménager le lycée. « Si ça ne tenait qu’à moi, les élèves pourraient peindre sur tous les pans de murs blancs de la cour. »

La cantine du personnel. Parmi eux, des porteurs de projets?

Une rencontre avec les représentants de la fédération de parents FCPE Françoise Herveleu et Sophie Megani et avec la responsable de l’association Entraide, Lucrèce Teissier, qui mobilise les lycéens et étudiants de Gabriel Fauré pour donner des cours de soutien à domicile à des élèves de primaire, ouvre des perspectives. Les parents d’élèves sont sensibles au projet de parrainage – « C’est d’ailleurs déjà une forme de parrainage non formalisé qui a lieu avec la bourse aux livres » organisée conjointement par la FCPE et le FSE rappellent-elles. « Il y a beaucoup de communication entre les parents, beaucoup d’entraide parentale. » Pourraient-elles nous aider dans la mise en place du projet de parrainage ?

Les professeurs sont également des porteurs de projets potentiels : des professeurs de lettres, philosophie et d’éco-gestion sont d’accord pour faire réfléchir leur élève au projet de signalétique poétique et critique dans le cadre de leurs cours.

Où sont les porteurs de projets?

A ce stade de la résidence, nous jugeons nécessaire de tenir la région au courant de notre action. Jacky rencontre Jean-Pierre Delbegue et Cécile Ouvrier-Buffet, de la direction des lycées à la région Rhône Alpes. L’entretien consiste à leur expliquer la démarche de la 27e Région. La région ne s’impose pas aujourd’hui comme un véritable relais.

La réaction des « adultes » du lycée à nos projets sont dans l’ensemble positive. Il faut désormais créer le cadre dans lequel certaines personnalités pourraient se positionner comme porteurs de projets à moyen et long terme.

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La gare de Corbigny, lieu d’accueil et de connexion

Nous questionnerons le thème de la mobilité en milieu rural et nous envisagerons les rôles que peuvent potentiellement endosser les gares isolées à l’avenir.


L’équipe est constituée de :

– Damien Roffat & Adrien Demay, designers fondateurs du collectif DTA (Design-Territoire-Alternatives)

– Elisa Dumay, directrice de l’association De l’aire (aménagement du territoire, production artistique et médiation citoyenne)

– Fanny Herbert sociologue et fondatrice des Ateliers de f(r)ictions urbaines.

– Romain Thévenet, designer et coordinateur du programme Territoires en résidence

Après deux pré-visites de l’équipe sur place (retracées ci-dessous), voici les pistes de travail de cette résidence.

1/ Informer et accueillir les voyageurs

La multimodalité, la gare comme plateforme d’accès à d’autres modes de transports. La gare, fenêtre sur la ville, lieu d’information et d’accueil sur le territoire et ses services.

La place des employés de gare dans les évolutions à venir.

2/ La gare, lieu d’activités locales

Une réflexion sur les espaces en devenir (anciens bureaux, espaces extérieurs) pour imaginer l’accueil d’une activité permanente (artisan, services, commerces…) ou des événements ponctuels (manifestation culturelle, touristique… ).

3/ La gare, un espace public à mettre en valeur

Penser un aménagement opérationnel et convivial des espaces extérieurs : lieux d’attente des voyageurs et lieux de convivialité pour la population, esthétique et confort, liaison urbaine avec le reste de la ville…

L’ ERIC Cyber-base TPM de La Seyne-sur-Mer Berthe entre en résidence, 3e Jour : Mise en place d’un dispositif de dialogue inter-acteurs et événement de mi-parcours

Cela fait maintenant trois jours que notre équipe est en immersion dans l’ERIC-Cyberbase de Berthe. Nos objectifs: co-concevoir, en lien avec les acteurs concernés, des projets ou dispositifs adaptés aux enjeux actuels des CBB. Les deux premiers jours ont été consacrés  principalement à la découverte de la CBB, de son environnement et de ses acteurs via l’utilisation d’interviews-portraits des animateurs et des représentants de TPM (Toulon Provence Mediterrannée) ou de l’IFAPE.

Hier, notre équipe de designers a voulu donner de la visibilité à la résidence en détournant le lieu par des dispositifs visuels.  Cette installation a davantage suscité l’attention des usagers de la Cyberbase sur notre démarche.

Des objets frontières, instruments de dialogue inter-acteurs

Pour une plus grande implication des usagers dans la résidence, notre groupe se penche sur la question d’« objet-frontières » capables d’instaurer le dialogue entre l’équipe de résidents, les animateurs, les usagers et les partenaires. A partir du matériau tiré des premiers interviews et des observations, un « dispositif impliquant » est mis en place :

  • Une cartographie sociale des inter-relations de la CBB avec son environnement

  • Une googlemap-like représentant la CBB, les associations du quartier, les usagers et les collectivités

Mais aussi :

  • Des portraits d’animateurs sur le mode du « Story-telling »
  • Une synthèse des thématiques abordées depuis le début de la résidence

Ce dispositif  se veut  être un révélateur des problématiques du lieu et des points d’accords et de tensions. L’ objectif: permettre aux résidents d’approfondir le débat sur le futur de la CBB lors d’un mini-évènement organisé à 17 h. Par nature évolutifs, les outils de ce dispositif seront affichés dans l’espace de la CBB et ouverts aux « hacks » des acteurs du lieu qui pourront pendant les trois mois de la résidence enrichir les réflexions et expérimentations.

Nos deux designers dans une logique « quick and dirty » imposée par le timing serré (une journée) se mettent au travail tandis que le reste de l’équipe s’occupe de la communication et de la logistique de l’évènement avec le concours motivé des animateurs.

L’ERIC- Cyberbase de Berthe est de sortie

Le choix du lieu est important. Les résidents avec l’accord des animateurs decident de faire  « sortir la Cyberbase » et d’installer l’évènement à l’extérieur pour un maximum de visibilité. Les cartographies, portraits et « moodboard » sont accrochés sous les arcades, des tables avec nourriture et boissons sont installées . « Just in time », l’ensemble du dispositif est prêt.

Le mini-évènement est une réussite et a rassemblé une vingtaine de personnes :  représentants  de structures  comme Laurent Ciavatti de l’Ifape ou Rosemonde Savi de TPM, des animateurs de plusieurs CBB, des usagers et des habitants de Berthe intéressés. Les portraits des animateurs accrochés aux arcades et la googlemap-like ont constitué des éléments forts de discussions pendant la soirée et ont permis d’ échanger de façon informelle sur le pourquoi et le comment de la résidence.

Après l’évènement, les résidents organisent un « after » pour débriefer et faire émerger  de nouveaux points de reflexion qui pourraient alimenter le workshop du vendredi matin avec les animateurs et les représentants de l’Ifape et de TPM.

Journée Kulte: la parole aux lycéens

La journée Kulte

Le lycée Gabriel Fauré est aujourd’hui entièrement investi par le festival organisé par les lycéens membres du FSE (association du foyer socio-éducatif). C’est une journée banalisée : les cours sont annulés et les élèves sont invités à assister à des spectacles et des concerts qui reflètent la variété des pratiques culturelles ayant lieu au sein du lycée. La programmation a été conçue par les lycéens.

Danse à la journée Kulte

Thiphaine, élève en horaires aménagés danse, s’est beaucoup impliquée dans l’organisation de Kulte. Elle met le feu pendant une bonne partie de la matinée avec d’autres jeunes danseurs de hip hop sur une scène installée dans la cour de récré. Alors que cet espace est d’habitude déserté par les élèves, ils sont aujourd’hui nombreux à s’y être rassemblés pour applaudir les artistes.  Au cours de l’après-midi on peut assister à un concert de jazz dans le foyer de l’espace Gabriel Fauré, qui revêt un aspect totalement différent d’à l’accoutumée. Le lourd rideau de velours noir qui bloque la lumière lui confère une atmosphère chaleureuse. On peut aussi préférer assister au défilé des élèves du CFA qui présentent leurs créations coiffure. Des évènements ont lieu simultanément pour que chacun choisisse selon ses goûts.

Retour sur le speedating

Des groupes d’élèves sont tranquillement assis ici ou là, en particulier autour des tables de jardin qui ont été installées dans la cour pour l’occasion. C’est le moment idéal pour aller à leur rencontre et les interroger sur ce qu’ils retiennent de nos projets, notamment de l’événement speed dating d’hier, et sur ce qu’ils perçoivent de l’action de la 27e Région. Olivia, interne, élève de seconde en horaires aménagés musique, est un peu incertaine quand je l’interroge : « Vous posez des questions. Vous vous intéressez pour améliorer des choses. » En revanche, quand il s’agit de décrire le speed dating d’hier auquel elle a participé, les mots lui viennent plus facilement : « C’était marrant. Surtout, c’était pratique, enfin, utile. Ca a permis de rencontrer des gens. Il y a des filles de l’internat à qui c’était la première fois que je parlais. C’est pas le genre de filles avec qui je traîne d’habitude. »

Rebecca, qui était venue avec elle, qualifie le speed dating de « drôle » et « trop court ». « C’est dommage que tout le monde se soit dispersé à la fin » regrette-t-elle. Je l’interroge sur ce dont elle a discuté lors du speed dating : « On a parlé du lycée, de nos options et de ce qu’on voudrait faire plus tard. On a comparé les lycées avec des élèves de Lachenal. » Sur la 27e Région : Vous organisez des choses entre lycéens. Vous répondez à nos attentes. Vous améliorez les choses. »

La cour de récré le jour de la journée Kulte

Que fait l’équipe de Territoires en Résidences selon vous?

Jonathan élève trompettiste, a participé aux deux réunions d’information que nous avons organisées au lycée. Décrire l’action de la 27e Région en trois mots ? « Innovation, engagement, changement. » Il précise ce qu’il entend par innovation : « L’innovation ça va avec le changement. C’est apporter du nouveau et une nouvelle façon de voir les choses. Au sein du lycée on manque de recul. Parmi vos projets, il y a des idées auxquels on n’aurait pas pensé. J’aime en particulier ceux qui visent à améliorer la communication, la grande table, le speed dating… »

Chloé est élève en première S2 avec l’option audiovisuel. Elle nous a accompagnés hier au Pâquier pour filmer le speed dating. Avec d’autres élèves, elle réfléchit déjà à comment l’organiser elle-même. « Il nous faudrait un créneau de 15/20 minutes pour que les gens puissent continuer de discuter ensuite. La pause c’est un peu court. » Si pour elle, la 27e Région, c’est « de l’animation pour tous publics», pour Angelina, élève en terminale STG, « c’est une approche…une visualisation…une analyse des points forts et des points faibles de toute la structure du lycée. » Elle est à l’internat et elle a entendu parler du speed dating d’hier. « Ca a l’air sympa » dit-elle. Je lui demande son avis sur notre projet de signalétique poétique et critique. A propos des plaques de rues peintes à la peinture à tableau sur lesquelles les élèves pourraient inscrire leurs propres dénominations, elle s’enthousiasme : « C’est une idée innovante ! ». Pour le grand escalier, on parle souvent de « l’escalier du milieu. » L’accueil vitré dans le hall du lycée c’est « l’aquarium », la salle R300 c’est « la salle des langues. » L’idée de marquer des itinéraires et des tags au mur l’emballe moins – « ce serait vite dégradé ».  Quant à la grande table placée dans la cour « Ca ne changerait rien. Les groupes d’amis resteraient entre eux. »

Le lycée, un terrain complexe

Aller au contact des élèves, tester des idées auprès d’eux, imaginer d’autres projets au cours de la discussion, est le travail quotidien de l’équipe de Territoires en Résidences. Nous n’oublions pas cependant que les élèves ne sont pas les seuls destinataires de notre action. Professeurs, personnel administratif, mais surtout agents techniques et agents de nettoyage sont aujourd’hui au cœur de notre réflexion. Le lycée, qui comprend des catégories de personnes dont les perceptions varient beaucoup, est un terrain de travail complexe. Traiter ses habitants comme un tout ou spécifier les attentes des différentes communautés consiste presque en une décision politique.

Projet test : Le speed dating lycéen

Une vision, des projets

Alors que nous arrivons à la moitié de notre résidence au lycée Gabriel Fauré d’Annecy, nous avons formulé une vision intitulée « Habiter le lycée ».  Habiter ne signifie pas uniquement passer du temps dans un lieu, y vivre, y dormir, y manger. Cela implique d’aménager un espace physique et de se l’approprier symboliquement. Nous allons donc programmer des actions qui encouragent la convivialité, facilitent les relations humaines et favorisent l’expression subjective des élèves dans établissement. Mais surtout, nous souhaitons que les lycéens puissent prendre en charge la mise en forme physique et symbolique de leur environnement. Nous décidons de tester sur-le-champ un dispositif qui pourrait faciliter les rencontres entre lycéens: le speed dating. En ce mercredi après-midi ensoleillé, nous savons les lycéens rassemblés au bord du lac, sur la vaste pelouse appelée le Pâquier. C’est un terrain propice à l’expérimentation.

Le fanion de Territoires en Résidences

La plupart des lycéens que nous avons interrogés durant la résidence se sont plaints de la difficulté qu’ils ont à rencontrer d’autres élèves au sein même de leur lycée et encore plus des élèves d’autres lycées anneciens. Cette action sans prétention nous paraît pertinente car elle est susceptible de renforcer le lien social et par là même de mettre la communauté en capacité d’agir.

Une mise en place rapide

L’évènement est rapide à organiser. Nous recrutons plusieurs internes pour nous aider. Un professeur d’EPS très coopératif nous prête cordes, plots et éléments de marquage au sol pour que nous puissions délimiter un terrain de jeu sur la pelouse du Pâquier. Nous partons équipés d’un drapeau qui signale « Territoires en résidence. Speed dating lycéen. »

Un groupe de quatre lycéens en option audiovisuel nous accompagne avec caméra et trépied pour documenter ce moment dans le cadre d’un travail scolaire.

Speed dating au Pâquier

Une expérience concluante

Une fois sur place, il nous faut à peine deux minutes pour installer une corde au sol qui sépare les deux rangées de participants et quelques plots qui délimitent des espaces individuels. Nous organisons deux vagues de speed dating. L’événement prend en soi peu de temps. Deux rangées de participants se font face et ils ont deux minutes pour faire connaissance avant de se décaler d’un cran vers la gauche. En revanche, nous passons beaucoup de temps à convaincre les lycéens du Pâquier de tenter l’expérience. Des élèves de seconde du lycée Gabriel Fauré nous aident dans cette tâche et essuient bravement de nombreux refus. Mais tous les lycéens qui se prêtent au jeu sont ravis d’avoir participé.

Les élèves d'audiovisuel documentent le speed dating

A la fin de chaque série, nous interrogeons chacun des participants. Tous ont passé un super moment et nous remercient. Oui, ils seraient prêts à le refaire, pourquoi pas dans la cour du lycée, et pourquoi pas avec des profs, des surveillants et d’autres membres du personnel.

Un projet à développer

Nous sommes nous-mêmes enthousiasmés par l’efficacité du dispositif et la facilité avec lequel nous l’avons mis en place. Mais est-ce une expérience purement festive ou a-t-elle un effet plus profond ? Comment lui donner plus de sens? Pourrait-on imaginer un speed dating parrainage entre les professeurs en début d’année ? Ces questions restent ouvertes mais quelques élèves séduits par le procédé sont déjà prêts à prendre en charge l’organisation d’autres sessions de speed dating au sein du lycée.

Speed dating au Pâquier

Que pensez-vous de nos projets pour le lycée Gabriel Fauré?

Mardi soir a lieu une réunion avec les habitants du lycée Gabriel Fauré au cours de laquelle nous présentons plusieurs propositions de projets. C’est un moment crucial car les avis recueillis vont nous conduire à réajuster certains projets, à en écarter d’autres et enfin à formuler une vision globale.

Réunion dans le foyer de l'espace Gabriel Fauré

Que faire du foyer?

La discussion collective se concentre sur la question de l’aménagement du foyer. Beaucoup de projets de réaménagement du foyer proposés au cours des dernières années n’ont pas abouti pour diverses raisons. Certains invoquent des blocages administratifs, d’autres des raisons plus concrètes : le foyer n’attire pas les élèves car il y fait très froid en hiver et il se situe en dehors des flux de circulation. Comme un professeur de lettres le remarque, le bâtiment est tout en longueur et en hauteur. Quand on a cours au cinquième étage, on y reste même pendant la récré plutôt que de redescendre jusqu’au foyer.

Très attendus sur la question de l’aménagement du foyer, nous avons suggéré de le transformer en lieu d’expérimentation permanente. Mais cette proposition fait débat. Le professeur de philosophie s’enthousiasme sur la possibilité de faire du foyer un lieu autogéré par les élèves. Mais les élèves eux-mêmes lui opposent la difficulté de mobiliser les lycéens sur un projet commun. Ils rappellent que les élèves désertent peu à peu le conseil de vie lycéenne (CVL) et que l’emblématique journée Kulte est portée à bout de bras par une poignée d’élèves et de professeurs. Nous avons aussi beaucoup réfléchi aux outils qui permettent d’impliquer et de responsabiliser les lycéens, tout en reconnaissant leur droit à se tenir en retrait.

Pour certains élèves présents à la réunion, le foyer doit être aménagé en espace de détente, ce dont manque cruellement le lycée Gabriel Fauré. « Il nous faut un endroit où l’on puisse se poser » est une demande lancinante. « On se fait engueuler toute la journée par les profs et à la maison ça se passe pas forcément bien…il nous faut un lieu où l’on puisse se détendre » est un cri du cœur auquel nous sommes sensibles. Les lycéens « se posent » la plupart du temps dans les couloirs et dans quelques recoins de la cour. Ils s’en font souvent déloger par le personnel. Mais la plupart ils s’en accommodent et filent dès qu’ils le peuvent hors du lycée, au Pâquier, dans les cafés…Installer quelques canapés dans le foyer semble alors un palliatif bien léger.

Très justement, un élève de l’internat souligne : plutôt que d’aménager le foyer, vous devez créer les conditions pour que les élèves viennent. Ils aménageront ensuite eux-mêmes le foyer. Créer les conditions sous-entend créer des outils qui fluidifient la communication entre les élèves et l’administration.

Affichage des histoires projectives

Récupérer des projets endémiques ou proposer des solutions nouvelles?

Cette discussion collective place l’équipe de la 27e Région devant des questions importantes :

–       Faut il faire le choix de récupérer des projets endémiques ou proposer des solutions nouvelles ? Le foyer a déjà suscité des projets qui n’ont pas aboutis. Les reprendre peut-il garantir que les anciens porteurs de projets auront toujours le désir d’agir? Faut-il au contraire proposer des solutions inexplorées jusqu’à présent ?

–       Comment mobiliser les élèves ? Doit-on les provoquer en annonçant que faute de projets de la part des lycéens, le foyer va être réutilisé comme salle de classe ? Faut-il mettre un tas de terre au milieu pour bien marquer l’état de « chantier » ? Proposer des éléments d’aménagements souples en carton ? Comment faire pour que le foyer soit un lieu stimulant ?

Vers une vision: habiter le lycée

Le problème de l’aménagement du foyer cristallise une réflexion globale sur le lycée Gabriel Fauré: comment faire pour que les élèves investissent l’espace du lycée ? Comment articuler besoin de détente individuelle et action collective en un même lieu ?

La réunion de mardi soir nous conduit à formuler une vision qui irait vers la question de l’habiter. Nous l’avons pour le moment intitulée « Habiter le lycée ». C’est un programme qui nous paraît extrêmement riche : habiter, c’est donner forme physiquement et symboliquement à un lieu. Nous cherchons maintenant à mettre en forme les actions qui pourraient permettre aux lycéens de réellement « habiter le lycée. »

Pour voir les documents supports de notre dernière présentation, c’est ici :

L’ ERIC Cyber-base TPM de La Seyne-sur-Mer Berthee entre en résidence, 2e Jour : Premières observations et portraits

Pour ce deuxième jour de résidence dans l’ERIC-Cyberbase de Berthe, le programme est chargé  pour nos  résidents. Après la présentation par Laurent Ciavatti  et notre première prise de contact avec l’équipe d’animateurs, il est temps pour nous de rentrer dans le vif du sujet.

Un contexte social particulier et des problématiques hyper-locales

Tout l’enjeu de notre démarche orientée sur la participation et la collaboration multi-acteurs pour réfléchir aux devenir des ERIC-Cyberbase, doit passer par une implication forte des utilisateurs des services de la CBB. Or, le contexte particulier de cette résidence rend difficile cette approche.

Edifiée à la fin des années 50 dans le sillage de la reconstruction d’après-guerre et de l’activité navale, la cité de Berthe a vécu jusqu’au déclin de celle-ci, à la fin des années 70, en bonne harmonie.  Le départ des classes moyennes vers les quartiers sud de la ville, le chômage, la concentration de populations d’origine immigrée ont progressivement paupérisé la cité.

Emploi, mixité sociale, insertion, développement économique sont des préoccupations très fortes ici. Les usagers, avec lesquels nous avons pu discuter succintement, sont empêtrés dans leurs soucis et ont beaucoup de mal à prendre du recul pour s’impliquer dans le processus. Ils ne voient pas directement le lien entre notre démarche, la CBB et leurs attentes au quotidien. Comment les impliquer, leur permettre de s’exterioriser et d’imaginer un futur pour leur Cyberbase qui serait aussi transposable pour les autres CBB de la Région ? Voilà notre première priorité.

Les résidents sont dans la place

Cette deuxième journée est placée sous le signe de la visibilité de la résidence  et de l’échange avec les animateurs du lieu. Cette étape est un maillon essentiel vers la création d’un climat confiance avec les publics, acteurs indispensables aux réflexions futures et à la co-construction de projets « bottom-up »

La visibilité de la résidence est donc au coeur de nos préoccupation. Nos designers installent une signalétique pour informer les usagers de la résidence en cours. Ils réalisent un marquage au sol, des panneaux d’affichages, des banderoles et une présentation de l’équipe invitant les usagers à échanger avec nous.

L’espace choisi pour installer notre « QG » est délibéremment au coeur de la CBB au milieu des usagers. La transparence est le maître-mot de notre démarche, un rétro-planning est installé sur le mur ainsi qu’un « mur à idées » accessible à tous.

Petits portraits « made in Berthe »

Face à la difficulté des usagers de se « livrer », nous décidons d’aborder les différentes problématiques du lieu avec les animateurs de la CBB à qui Corinne Ielh demande de se raconter.

Plus que de simples animateurs, Chéhrazed, Mohamed, Germinal, Kais et Momo comme on les appelle ici, sont des figures bien connues du quartier et en connaissent  parfaitement les rouages et les habitants.

Entre les aides à la création d’entreprise, les formations multimédias à destination des enfants, personnes agées et demandeurs d’emplois ou le montage de projets autour du numérique, ils écoutent, conseillent et « connectent » les gens entre eux.  Sans leur  soutien « complice », cette résidence serait une mission très difficile voire impossible à mener.

Petits extraits choisis…

Chéhrazed, spécialiste emploi à la Cyberbase

« Jai fait une licence pro en Management des technologies, et jai été en stage ici, à Berthe dès la création de la Cyberbase. Du coup, jai participé au montage du projet et puis jai été embauchée dans la foulée par lIFAPE. »

« On a passé une convention avec le Pôle Emploi depuis avril 09 et qui court jusqu’à avril 2011. En fait, on faisait ça déjà mais de façon informelle et cette convention nous a permis d’être reconnus pour cette mission. » Dans ses ateliers sur la création de cv par exemple, elle accueille 12 personnes au maximum, ce qui lui permet de développer un rapport plus proche avec ses auditeurs. « Les outils et contenus du Pôle-emploi ? Ils me paraissent complètement inadaptés aux besoins de la population de Berthe : on aménage les documents pour les adapter à notre population. »

Seule femme de l’équipe, elle s’assume complètement mais regrette le manque de présence féminine dans l’espace. « Ben, oui, ici je suis la seule femme et il faut bien dire qu’il n’ y en a pas beaucoup dans la cyberbase même si c’est le jour et la nuit par rapport au départ » Pour elle, il faudrait un espace plus convivial, avec un petit salon, du café, un coin plus accueillant pour les faire venir…

Kais Tayari, chef de projet FEDER

Arrivé il y a 6 mois à la cyberbase, Kaîs est chef de projet FEDER (Fond Européen de développement régional) et monte un projet de plateforme web de recherche et d’offres d’emploi type Pôle Emploi. « Le site de Pôle Emploi n’est pas adapté à ceux qui maîtrisent peu l’outil informatique, l’idée est de faire un site plus simple, plus accessible et hyper-local »

Pour lui, les problèmes majeurs que rencontre la cyberbase actuellement sont ceux de la fidélisation des publics et l’image qu’elle renvoie: « Les gens viennent ici, tissent des liens mais ne font rien de plus en dehors. Ils fréquentent l’espace comme une administration, dans une logique one-shot »

La question de la mixité des publics est aussi une de ses préoccupations, «  Il faut faire venir des gens du reste de la ville dans le quartier. A part les personnes envoyées par le Pôle Emploi, il n’ y a personne qui vient d’en dehors du quartier »

Mohamed Boumetloua, spécialisé dans les partenariats et les relations extérieures

Présent sur le quartier de Berthe depuis une dizaine d’années où il a travaillé comme animateur socio-culturel pour l’association Nelson Mandela, Mohamed est aussi animateur dans la cyberbase depuis son ouverture en 2007. Infographiste de formation, ce jeune homme enthousiaste, rêve d’une cyberbase comme d’un véritable centre de ressources où « l’on rentre pour une chose et on en ressort avec 10  »

Très impliqué dans la vie de Berthe, il pense la cyberbase comme une plateforme physique et virtuelle permettant de mettre en contact des personnes qui sans elle ne se seraient jamais rencontrés : entrepreneurs et chercheurs d’emplois, étudiants et personnes agées, hommes et femmes…

L’avenir de la cyberbase, il le voit comme une maison de services avec des formations en e-administration données par le Pôle emploi ou la Caf  voire comme un véritable « centre de formation du numérique »  Mohamed croit beaucoup dans une CBB-mobile « qui se déplace chez les gens » car il pense qu’il y aurait une « forte demande des publics captifs de leurs appartements comme les personnes agées, malades ou handicapées. »

Mohamed Bejaoui, figure emblématique de Berthe et animateur

« Momo » est une figure du quartier de Berthe. Dès 1998, c’est lui qui amene internet dans le quartier en créant un cybercafé. Il a parallèlement travaillé comme animateur spécialisé en informatique dans les écoles. Quand la cyberbase de Berthe a été créé, le choix de son recrutement s’est fait tout naturellement pour l’IFAPE.

« Les activités de la Cyberbase tournent surtout autour de l ’emploi et des retraités : on les initie à l’internet pour la recherche d’emploi, la création de boîtes mail etc , ou encore pour les retraités à la retouche photos ou la rédaction de billets. »

Pour Momo, l’accès à internet  s’est globalement démocratisé. Aujourd’hui, les jeunes ont souvent un ordinateur à la maison mais c’est le problème des compétences et de l’utilisation du numérique qui se pose: « Les jeunes utilisent msn, youtube ou facebook mais lorsqu’ils doivent envoyer un cv par mail, ils sont largués car il ne savent pas créer un cv, certains même utilisent des adresses mail complêtement fantaisistes du type scarface@gmail.com »

La question des femmes et des NTIC est une question compliquée ici: « certaines (agées) ne savent ni lire ni écrire et avant de se servir du numérique, il faut d’abord leur apprendre à parler la langue » Elles ne sont pas pour autant exclues du dispositif: «  on travaille avec les femmes…par ex, pour la retouche de photos, on travaille avec le centre social Nelson Mandela. On préfère aussi passer par des associations, comme Femmes dans la cité. » Pour Momo, il ne faut pas faire des femmes une marchandise du genre : « tiens on va faire des choses juste pour elles ! Faut pas faire de discrimination positive »

La richesse du matériau produit par les portraits va permettre à  nos résidents de mettre en exergue les premières problématiques du lieu, points d’accords et de tensions  et les différentes pistes de réflexions sur ce que pourrait être le futur d’une cyberbase. Au programme demain: Cartographie sociale des acteurs, représentation spatiale de la CBB de Berthe et mini-évènement avec présentation des premières observations.