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Résidence Achats durables en Rhône-Alpes – Semaine 2 / Jour 2

Après l’état des lieux effectué en 1ère semaine de résidence, l’objectif de l’équipe pour cette deuxième semaine est de poursuivre l’analyse des procédures et pratiques existantes et de commencer à affiner les propositions recueillies et imaginées au gré des nombreux échanges avec les agents de la Région.

ATELIER MATIN / Vers un guide de l’achat durable

Avec quelques membres du groupe de travail « Commande publique durable », la matinée est consacrée à préciser les objectifs et la forme possible d’un guide de l’achat durable en Région Rhône-Alpes.

Dans un premier temps, les participants, répartis en deux groupes, répondent à une série de questions : à qui s’adresse le guide ? Quel type d’informations contient-il ? Que devient le groupe Commande publique durable une fois le guide finalisé ? etc.

Lorsque chaque groupe expose le fruit de ses débats, ce sont les mêmes mots qui sont utilisés pour décrire la démarche didactique du guide, qui proposera des pistes, des questionnements, plutôt que des réponses toutes faites. Les avis diffèrent un peu plus en ce qui concerne les futurs utilisateurs du guide : si celui-ci sera conçu en priorité pour les acheteurs de la région, les groupes envisagent aussi que des élus, des prestataires, des collègues d’autres collectivités, des citoyens s’en emparent. Plusieurs versions sont donc envisagées.

Quelle forme prendra le guide de l’achat publique durable ? 

Dans cette deuxième partie d’atelier visant à rassembler des idées concernant la diffusion du guide, les participants sont invités à se projeter dans tous les formats imaginables, à l’exception du classique rapport : « et si le guide de l’achat durable était… une pièce de théâtre, un personnage, un super-héros, une série télé, un jeux de société ou encore voyage…? » Ces projections plus ou moins réalistes forcent à envisager des moyens de transmission des idées, des médias différents du texte.

Reste une question : de quelle manière traiter toutes les informations recueillies de telle sorte que le groupe commande publique durable puisse s’en emparer ? C’est tout l’enjeu de la concrétisation et mise en oeuvre des productions de la résidence qui émerge.

ATELIER APRÈS-MIDI / Approfondir la vision de l’achat « ouvert »

Pendant l’après-midi, une partie de l’équipe prépare les travaux du lendemain, qui se dérouleront avec le concours d’une dizaine de prestataires invités à enrichir et adapter les propositions élaborées et affinées avec les agents.

Ce sont justement sur ces propositions que planche le reste de l’équipe, avec un petit groupe d’agents. Pour chaque vision, amélioration envisagées, plusieurs conditions de réalisation sont identifiées. Les débats sont vifs, car certaines propositions paraissent irréalistes aux participants. Le groupe cherche alors à définir les étapes intermédiaires, et parfois les évolutions nécessaires à leur mise en oeuvre (d’un point de vue juridique, politique et organisationnel).

À la fin du processus, l’Achat-ouvert devient l’Appel créatif à propositions. Il s’agit de mettre en place un dispositif à travers lequel la Région invite tout un chacun (associations, entreprises, citoyens, collectifs etc.) à proposer un projet, une idée innovante qui répondent à la seule formulation d’une ambition politique, d’un objectif politique et délimité par un budget global défini.  De multiples évolutions sont nécessaires pour mettre en place un tel dispositif mais finalement rien d’insurmontable…

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Résidence Achats durables en Rhône-Alpes – Semaine 2 / Jour 1

Retour de l’équipe pour la deuxième semaine de résidence en Rhône-Alpes sur la question des achats durables. Nous nous ré-installons au sein du Conseil Régional et croisons déjà dans les couloirs les visages devenus familiers de certains agents des différents services, rencontrés pendant la première semaine de résidence. Pendant la matinée, l’équipe reprend les éléments discutés et décidés dans le temps de l’entre-résidences, puis planifie et finalise le déroulement de l’atelier de l’après-midi.

À partir des pistes et idées explorées pendant la semaine 1, des différentes opportunités identifiées, nous proposons un atelier de projection autour de 4 grandes visions / défis. L’angle prospectif choisi permet de s’affranchir le temps d’un instant des contraintes techniques, juridiques, politiques ainsi que des pratiques actuelles pour imaginer de nouvelles solutions.

La proposition de « l’achat ouvert » explore l’idée selon laquelle la Région publie et diffuse ses délibérations cadres (objectifs politiques) et laisse les prestataires formuler leurs propositions pour répondre de manière créative au besoin énoncé. La collectivité ne formalise pas son besoin à travers une commande publique mais l’exprime succinctement afin de laisser ouvert le cadre des possibles en terme de solutions et réponses innovantes de la part des prestataires.

La vision « Accompagner le changement » propose quant à elle d’adosser systématiquement aux appels d’offres de la Région une prestation intellectuelle d’accompagnement au changement. Tout achat est associé à une prestation d’accompagnement, de formation, de conseil, de sensibilisation, de recommandation, destinée aux usagers de cet achat.

« Vers un réseau de prestataires durables » est une projection dans laquelle l’action de la Région vise à encourager la mise en réseau des prestataires engagés dans une démarche de développement durable. Ces derniers peuvent s’associer pour répondre collectivement aux commandes publiques, partager leurs bonnes pratiques mutuelles en terme de développement durable et renforcer ainsi la collaboration économique territoriale.

Enfin la proposition de « l’achat éco-conçu » suggère la modification de l’ensemble des procédures d’achats de la Région pour les rendre plus adaptées, plus efficientes. Cette vision suppose de repartir  des usages des opérateurs régionaux et des prestataires, pour tenir compte de leurs évolutions (internet et la dématérialisation). De nouveaux outils plus transparents, plus légers, plus pratiques remplacent les méthodes et process classiques et l’ensemble de la procédure est désormais optimisée.

Au cours de cet atelier, les participants auront débattu de la temporalité d’accomplissement de chacune de ces visions (à 5, 10, 20 ans ou plus encore), décrit les étapes nécessaires pour atteindre les défis formulés et identifié les leviers potentiels et outils à mettre en place pour la transformation des pratiques régionales en matière d’achats durables.

Co-construire un projet d’achat durable à la Région Rhône-Alpes…

François Jégou, SDS & La 27e Région, 21 mars 2012

Nous étions ce matin à l’Hôtel de Région Rhône-Alpes pour une première réunion de mise en place de la prochaine résidence qui explorera la question des achats durables. Autour de la table une discussion très vite animée autour d’un sujet qui pourrait paraître de prime abord un peu… aride ! Pourtant pas du tout, en tout cas pas en écoutant Christilla Dambricourt, Nadège Riotte, Lydiane Bonnet, Erik Clément-Rochiaz et Anaitis Mangeon de la Mission évaluation, prospective, Développement Durable Délégation Générale aux missions transversales et à la relation aux élus; Jean-Pierre Mercier, Valérie Dulac, Direction des Affaires Juridiques et de la Commande Publique, et Stéphanie Gressier, chargée de mission Développement Durable.

 Quelles sont les attentes et les envies? D’abord une volonté de mettre en avant une politique d’achat durable. Éliane Giraud, Conseillère déléguée à l’administration générale et aux PNR présentait les orientations stratégiques sur la question des clauses sociales et environnementales dans les marchés de la Région: …une politique ‘achat’ de la Région 100% ‘globalement performante en développement durable’

Au-delà d’introduire des critères de développement durable dans les procédures d’achat, l’objectif est de donner du sens à l’action régionale. Et c’est là que les achats durables deviennent particulièrement intéressants: les achats pratiqués par l’acteur public représentent un levier financier particulièrement important. Actionner ce levier vers le développement durable permet d’agir sur le tissu économique des fournisseurs en les incitant eux-mêmes à proposer des produits et services plus durables pour être éligibles. Il permet aussi d’influencer les modes de vie des citoyens eux-mêmes en leur proposant des services publics durables qui influencent leurs pratiques quotidiennes et transforment leurs habitudes. Tant et si bien que les achats publics durables sont souvent cités parmi les stratégies les plus prometteuses pour affronter l’épineuse question de la transformation des comportements des utilisateurs: les cantines durables sont certainement un des exemples les plus classiques – quoiqu’encore loin d’être généralisé: autour d’une assiette bio et de qualité il est aisé de développer une sensibilisation à la qualité organoleptique, à la culture culinaire, à la réduction de la nourriture non consommée et perdue, à la mise en place de modules didactiques ou de sensibilisation sur le terrain et in fine, à la diffusion d’une pratique d’alimentation durable au sein de la population…

 Mais ce scénario qui semble couler de source est en pratique difficile à mettre en œuvre et ce, dès la mise en place d’achats durables au sein de la machine administrative. Le diable se cache comme toujours dans les détails et il ne suffit pas d’insérer des clauses toutes faites tirées d’un hypothétique code de la commande publique durable. Il faut constituer un ‘projet d’achat durable’. Autrement dit, il ne suffit pas d’avoir le levier en main si l’on ne sait pas ce que l’on souhaite activer. Quelles sont les implications directes en termes de développement durable de l’achat de vêtements de travail? Les matériaux utilisés, les conditions de travail de ceux qui les ont assemblés, la longévité du vêtement, l’intensité de transport… C’est en quelque sorte une forme de « qualité durable négative’: celle que l’on ne peut (devrait) plus ne pas avoir dans une société responsable. Mais au-delà, indirectement, qu’est ce que l’on peut activer de plus que la durabilité du bien acheté et de sa fabrication? Favoriser des fournisseurs locaux plutôt que lointains sans pour autant faire du localisme juridiquement proscrit, des entreprises qui font preuve d’un comportement éthique et d’une politique sociale interne, une chaîne d’acteurs au sein de laquelle la transformation durable va se propager et diffuser dans le tissu économique local…

Et là apparaissent une série d’injonctions paradoxales: plus l’intention de l’achat est précise, plus le risque de déroger aux règles de bonne concurrence est important. Comment faire pour que les fournitures achetées ne viennent pas de Chine ou que le marché de maintenance informatique ne parte pas pour l’Inde ? Comment réduire l’intensité de transport sans biaiser le marché lui-même ? Comment stimuler la transition durable dans le tissu économique local sans entraver la libre concurrence ? Le code des marchés publics est un outil à mettre en œuvre pour tenter de résoudre ces paradoxes dans un subtil jeu de torsion qui respecte la limite d’élasticité de la législation…

 Il s’agit donc bien de constituer un projet d’achat durable, d’explorer les implications directes, d’imaginer les stratégies indirectes à mettre en œuvre dans un souci de faisabilité technique et juridique, de les expérimenter avant de les lancer… Il y a matière à création dans ce projet pour concilier de manière créative les multiples impératifs en opposition. Il y a aussi matière à co-création entre les différentes compétences bien souvent toutes présentes au sein des différentes directions de la Région qui doivent collaborer pour mettre en œuvre ce projet d’achat… C’est ce que la résidence que nous nous proposons de mettre en œuvre dans les prochains mois se propose de faire: un projet d’achat durable. Et pour commencer, nous nous proposons de faire le projet d’un « faux achat »: un achat qui pourrait exister, que la Région pourrait être amenée à mettre en œuvre à l’avenir mais qui ne doit pas être lancé dans l’immédiat, pour prendre le temps de la collaboration, de la co-construction et explorer les modalités de mise en place d’un achat exemplaire. Les procédures d’achat public sont souvent longues. Concilier tous les impératifs d’un projet d’achat durable demande encore plus de temps, un temps que la collectivité territoriale n’a pas le temps de consacrer. Nous nous proposons donc de faire ensemble un faux projet d’achat durable en travaillant avec le groupe achat public durable déjà actif à la Région, en proposant à une partie de ses participants de rejoindre la résidence à des moments précis pour des ateliers ou des exercices de simulations.

Mais faire un ‘faux projet d’achat’ suppose de trouver un point d’application suffisamment réaliste et motivant pour toutes les parties prenantes, susceptible de créer un précédent auquel l’institution pourra se référer et une communauté de pratiques à laquelle les services pourront avoir recours pour développer de nouveaux achats. Après avoir passé plusieurs hypothèses en revue au cours de la matinée à la recherche d’un point d’application emblématique qui représente un défi ou au moins une difficulté récurrente susceptible d’intéresser la plupart des directions, le choix s’est porté sur l’achat de prestations intellectuelles : en quoi une étude, une AMO peut-elle être plus durable ? Et comment apprécier cette durabilité au travers d’une procédure de marché public ? Dans la majorité des cas, l’impact direct de la réalisation d’une prestation intellectuelle, transport excepté, n’est pas un facteur déterminant même s’il doit être pris en compte quand même. L’impact social direct est plus déterminant même s’il reste difficile à saisir : quelle est la politique sociale de l’entreprise en matière d’insertion, d’équité femmes-hommes, de politique salariale ou de réinvestissement des bénéfices, de recherche, de formation, de sous-traitance…? L’impact environnemental, social et économique indirect est en général plus déterminant mais encore plus mal aisé à saisir et à traduire sous la forme d’une grille de critères : les recommandations auxquelles l’étude aboutira sont-elles bien dans une perspective de développement durable? Comment le prestataire, en répondant à la question qui lui est posée, cherche-til à aider l’institution commanditaire à réduire son impact sur l’environnement, à régénérer le tissu social et à promouvoir une économie équitable? Le sujet est passionnant et la constitution d’un projet d’achat de prestations intellectuelles durable, par sa portée indirecte potentielle, complexe mais surtout multiple et étendue et par sa faculté de transformation systémique constitue un levier majeur vers une société durable. Il interroge la responsabilité sociétale, morale et éthique du conseil et des visions sous-jacentes qu’il porte. Il se promet donc bien de contribuer à renforcer le sens de l’action régionale à travers la manière dont les différentes directions conjuguent leurs compétences et collaborent pour explorer les manières de dérouler la co-construction d’un projet d’achat durable au cours des trois semaines de résidence qui se tiendront de juin à septembre au sein de la Région.

Les prochains mois seront consacrés à mettre en place cette résidence en termes pratiques: où installer la résidence dans l’immense Hôtel de Région pour qu’elle soit à la fois suffisamment proche du quotidien de chaque direction tout en restant dans une posture transversale et visible par tous: est-ce que l’on peut installer et mettre en scène ce chantier ‘achats durables’ physiquement dans l’atrium, près de l’entrée où passent toutes les populations qui passent à l’Hôtel de Région ? Quels sont les profils à rechercher pour l’équipe de résidents afin d’impliquer toutes les différentes compétences de la Région et les faire converger : de l’ethnologie et de la sociologie pour entendre et décrypter les mécanismes de fonctionnement actuels, du « design » pour construire les achats comme un projet créatif et participatif, une petite équipe pour faire bonne place aux agents de la Région, produire une posture de collaboration entre eux et s’insérer dans le groupe achat public durable déjà constitué ? Quels sont les précédents en matière d’achat durable et de prestations intellectuelles, les pratiques remarquables (prometteuses ou problématiques) à la Région, dans les collectivités territoriales avec lesquelles elle est en relation mais aussi ailleurs, en France, à l’étranger: pourrait-on organiser au sein de la première semaine de résidence une collecte de bons et de moins bons exemples en particulier sur les effets induits par les achats durables et les potentiels de transformation dans leur application au domaine des prestations intellectuelles ? Comment concevoir cet achat de manière participative en s’autorisant dans ce contexte fictif à expérimenter ? Comment utiliser au mieux le code des marchés publics comme un outil en collaboration avec un échantillon représentatif de prestataires et cabinets d’études externes de la Région? Et encore bien d’autres questions à débattre et à mettre au point d’ici juin pour affronter ce vrai sujet au cœur du fonctionnement de la machine administrative !

Projet test: Le trombinoscope géant

Jeudi a eu lieu la journée Kulte au lycée Gabriel Fauré. Nous profitons de ce contexte particulier pour tester un projet que nous caressons de puis plusieurs jours : installer un trombinoscope géant dans le hall d’entrée du lycée.

Les invisibles du lycée

Ce projet est né de plusieurs constats. Le lycée Gabriel Fauré abrite 2242 habitants. La plupart ne se connaissent pas. Philippe Ducrey, CPE, nous a confié qu’il ne connaissait pas tous les professeurs, or il a souvent besoin de les rencontrer pour discuter du cas d’un élève. « C’est un peu gênant de débarquer en salle du personnel à la recherche de tel ou tel enseignant sans moyen de l’identifier. » Les élèves se plaignent aussi de ne pas se connaître entre eux – « Ce n’est pas facile de rencontrer des gens à Fauré » entend-t-on souvent. Enfin, plusieurs membres du personnel, notamment le chef cuisinier et le chef des travaux, dénoncent l’invisibilité à laquelle sont cantonnés les agents techniques et de nettoyage. Le trombinoscope peut pallier le problème de visibilité dont souffrent certaines catégories d’habitants du lycée et renforcer le lien à travers la communauté lycéenne. Pour nous, il répond aussi à un besoin de rendre visible les liens entre le territoire du lycée et les destins individuels qui le traversent.

Le processus de fabrication

Installation du trombinoscope près du bureau de la vie scolaire

Pour recenser le nombre d’habitants, l’équipe des résidents s’adresse aux CPE, à l’intendance, à l’administration, au chef des travaux, mais aussi au secrétariat du CFA. Le bureau de la vie scolaire transmet les trombinoscopes dont il dispose, soit un ensemble de photographies très incomplet. Jean-Sébastien y ajoute des photographies d’agents et de surveillants prises dans l’après-midi.

Le trombinoscope géant se compose de plusieurs petits trombinoscopes et de feuilles blanches qui représentent ceux qui ne sont pas en photo. Il est légendé ainsi : « Il y a 2242 habitants au lycée Gabriel Fauré. Dont beaucoup d’invisibles. » Vers 20h, nous l’accrochons dans le hall principal, près du bureau de la vie scolaire.

Des réactions diverses

Le lendemain matin, lorsque les élèves arrivent, nous guettons les réactions.  Que pensez-vous du trombinoscope leur demandons-nous? Les réponses sont mitigées « C’est bien, ça me permet de voir des têtes que je ne connais pas » ou encore « Il faut que j’aille passer mon oral d’espagnol mais je compte bien retourner voir le trombinoscope ». Certains élèves de STG sont enthousiastes « Si on n’était pas en terminale on aurait aimé participer à cette initiative ». Certaines élèves qui attendent le début des cours assises sur un banc en face du trombinoscope sont plus réservées « – Qu’est ce que cela vous fait de vous voir en photo sur les murs du lycée ? – Bah, c’est pas très important. Les seuls qui cherchent notre photo sont ceux qui nous connaissent déjà. » « C’est bien, mais c’est dommage qu’il soit en noir et blanc car on ne reconnaît pas tout le monde. » « Ca ne me fait rien de me voir sur les murs du lycée. » Qui sont d’après eux les « invisibles » du lycée ? « Tous, ceux qu’on ne connaît pas et qu’on ne connaitra pas. »

Quant aux élèves qui ne sont pas représentés sur le trombinoscope, voudraient-ils rajouter leur photo ? Florian est catégorique : « Non. Je suis trop populaire. Tout le monde me connaît déjà. »

Il n’empêche, à l’heure de la récré, le trombinoscope provoque un embouteillage. « C’est quoi ce bordel ! », « Tu crois que tu es dessus ? » entend-t-on. Plusieurs agents viennent ensemble regarder les photos.

En revanche, les professeurs ne s’arrêtent pas pour regarder le trombinoscope. Dans la salle des profs, je les interroge. Le professeur de philosophie commente : « C’est très gros ! Il y a beaucoup d’images, ça prolifère ! J’aime bien cette idée. C’est une sorte de trombinoscope universel. » Le professeur de lettres répète songeur « La question des invisibles… »

Deux professeures reconnaissent avoir été « interpellées » par cette question des invisibles : « Je suis passée en coup de vent ce matin et je me suis demandée qui sont les invisibles? ». « C’est nous ! » lance une femme. « C’est nous les AVS (Assistants de vie scolaire). Ce serait bien que tout le monde sache qu’on existe,  qu’on est des précaires, et qu’on est utile. »

Les invisibles ne sont pas les mêmes selon que l’on est élèves, profs, agents…et il y a des catégories tellement invisibles que nous les avons oubliées dans notre recensement. C’est pourquoi nous ajoutons une note sur le trombinoscope « Et si on remplissait les blancs ? » en espérant que les habitants du lycée complèteront spontanément.

Ce projet test provoque des réactions. Il est à développer et à pérenniser. Se pose désormais la question du format, du matériau, de l’emplacement, de sa mise à jour…Son succès confirme un des axes forts de notre travail : rendre visible l’invisible – personnes, flux, tensions, savoirs, ressenti, imaginaire – au lycée Gabriel Fauré.

Mode d'emploi pour compléter le trombinoscope

Projet test : Le speed dating lycéen

Une vision, des projets

Alors que nous arrivons à la moitié de notre résidence au lycée Gabriel Fauré d’Annecy, nous avons formulé une vision intitulée « Habiter le lycée ».  Habiter ne signifie pas uniquement passer du temps dans un lieu, y vivre, y dormir, y manger. Cela implique d’aménager un espace physique et de se l’approprier symboliquement. Nous allons donc programmer des actions qui encouragent la convivialité, facilitent les relations humaines et favorisent l’expression subjective des élèves dans établissement. Mais surtout, nous souhaitons que les lycéens puissent prendre en charge la mise en forme physique et symbolique de leur environnement. Nous décidons de tester sur-le-champ un dispositif qui pourrait faciliter les rencontres entre lycéens: le speed dating. En ce mercredi après-midi ensoleillé, nous savons les lycéens rassemblés au bord du lac, sur la vaste pelouse appelée le Pâquier. C’est un terrain propice à l’expérimentation.

Le fanion de Territoires en Résidences

La plupart des lycéens que nous avons interrogés durant la résidence se sont plaints de la difficulté qu’ils ont à rencontrer d’autres élèves au sein même de leur lycée et encore plus des élèves d’autres lycées anneciens. Cette action sans prétention nous paraît pertinente car elle est susceptible de renforcer le lien social et par là même de mettre la communauté en capacité d’agir.

Une mise en place rapide

L’évènement est rapide à organiser. Nous recrutons plusieurs internes pour nous aider. Un professeur d’EPS très coopératif nous prête cordes, plots et éléments de marquage au sol pour que nous puissions délimiter un terrain de jeu sur la pelouse du Pâquier. Nous partons équipés d’un drapeau qui signale « Territoires en résidence. Speed dating lycéen. »

Un groupe de quatre lycéens en option audiovisuel nous accompagne avec caméra et trépied pour documenter ce moment dans le cadre d’un travail scolaire.

Speed dating au Pâquier

Une expérience concluante

Une fois sur place, il nous faut à peine deux minutes pour installer une corde au sol qui sépare les deux rangées de participants et quelques plots qui délimitent des espaces individuels. Nous organisons deux vagues de speed dating. L’événement prend en soi peu de temps. Deux rangées de participants se font face et ils ont deux minutes pour faire connaissance avant de se décaler d’un cran vers la gauche. En revanche, nous passons beaucoup de temps à convaincre les lycéens du Pâquier de tenter l’expérience. Des élèves de seconde du lycée Gabriel Fauré nous aident dans cette tâche et essuient bravement de nombreux refus. Mais tous les lycéens qui se prêtent au jeu sont ravis d’avoir participé.

Les élèves d'audiovisuel documentent le speed dating

A la fin de chaque série, nous interrogeons chacun des participants. Tous ont passé un super moment et nous remercient. Oui, ils seraient prêts à le refaire, pourquoi pas dans la cour du lycée, et pourquoi pas avec des profs, des surveillants et d’autres membres du personnel.

Un projet à développer

Nous sommes nous-mêmes enthousiasmés par l’efficacité du dispositif et la facilité avec lequel nous l’avons mis en place. Mais est-ce une expérience purement festive ou a-t-elle un effet plus profond ? Comment lui donner plus de sens? Pourrait-on imaginer un speed dating parrainage entre les professeurs en début d’année ? Ces questions restent ouvertes mais quelques élèves séduits par le procédé sont déjà prêts à prendre en charge l’organisation d’autres sessions de speed dating au sein du lycée.

Speed dating au Pâquier

Imaginer des histoires projectives au lycée Gabriel Fauré

En vue de la réunion d’information de ce soir, l’équipe de Territoires en Résidences s’essaie au storytelling. Nous reprenons chacun des projets que nous avons accrochés dans l’espace Gabriel Fauré et y associons des histoires projectives. C’est un moyen d’imaginer des variantes possibles, de prendre en considération les contraintes techniques de réalisation mais surtout de s’interroger sur la pertinence des propositions : les élèves de Gabriel Fauré oseront-ils s’asseoir tous ensemble à une table commune dans la cour de récré ? Sauraient-ils faire bon usage d’un micro mis à leur disposition pour faire passer des messages informatifs, politiques ou poétiques ?

Storytelling

Nous avions proposé la possibilité de mettre un trombinoscope sur la machine à café de la salle du personnel pour remplacer la photo stéréotypée qui la décore aujourd’hui. A partir de cette idée, on peut dérouler le scénario suivant :

« Pierre, prof fraichement débarqué à Gabriel Fauré, discute avec son collègue Laurent à la machine à café. Il a pu l’identifier grâce au trombinoscope affiché sur le devant de la machine. A son tour,  grâce à un polaroïd mis à disposition en salle du personnel, Pierre est pris en photo prenant son café. Ce portrait sera accompagné de son nom et prendra sa place parmi les autres photos du personnel du lycée. »

La transformation du foyer Gabriel Fauré en espace d’expérimentation permanente est un autre projet que nous cherchons à préciser à travers une histoire projective :

« Marc est au lycée depuis 3 ans. Lorsqu’il est arrivé, il a découvert le « foyer en chantier. » En somme, un grand espace libre peu utilisé par les élèves. La semaine dernière, il faisait mauvais temps et lui et deux amis en ont marre, alors ils ont ramené un vieux canapé dont ses parents voulaient se débarrasser. Ca n’a pas révolutionné l’espace mais ca pourrait donné des idées à certains… »

Un moment de conception à part de la vie du lycée

Ces bribes de narration pourraient paraître anecdotiques. Mais les projets ne résistent pas au test de la mise en situation: le scénario fonctionne, ou pas.

Coup d’envoi de la deuxième semaine de résidence au lycée Gabriel Fauré

Le programme d’une semaine rythmée

L’équipe de Territoires en Résidences est de retour au lycée Gabriel Fauré pour une semaine d’immersion du 26 au 30 avril 2010. La semaine s’annonce rythmée. Mardi, nous organisons une réunion d’information publique pour discuter des projets laissés derrière nous en fin de première semaine de résidence. Mercredi, il sera temps de définir une vision, c’est à dire de formuler une problématique globale dans laquelle pourront s’inscrire l’ensemble des projets. Dès lors, il faudra passer à la mise en œuvre des projets. Enfin, jeudi aura lieu au lycée Gabriel Fauré la journée Kulte, festival dédié aux pratiques artistiques organisé par le FSE. Nous réfléchissons à la façon de participer à cette journée banalisée tant attendue par les élèves.

Les résidents assistent à une réunion préparatoire de la journée Kulte

Objectif de la première journée : communiquer !

Les résidents travaillent dans la salle du personnel

Les objectifs de cette première journée sont les suivants : prendre des rendez-vous avec acteurs importants du lycée que nous n’avons pas encore rencontrés ; réinscrire notre présence dans le lycée ; communiquer sur la réunion d’information prévue pour le lendemain ; retravailler les projets formulés et esquisser une vision.

Parce que la porosité entre le lycée et l’espace public est un des axes majeurs de notre démarche, nous cherchons à rencontrer des personnalités qui font le pont entre Gabriel Fauré et le monde extérieur. Nous prévoyons de rencontrer le chef des travaux qui s’occupe des relations avec les entreprises pour les formations du secteur tertiaire. Nous prenons également contact avec les représentants de parents d’élèves et la responsable de l’association Entraide Jeunes qui regroupe des lycéens qui acceptent de faire du soutien scolaire à des enfants de primaire.

Les projets de la première semaine de résidence passés au crible

Nous voulons connaître l’avis des habitants du lycée sur les projets que nous avons affichés dans l’espace Gabriel Fauré avant d’avancer plus concrètement vers leur réalisation. C’est pourquoi nous désirons rassembler le plus de monde possible à la réunion d’information publique de mardi. Notre stratégie de communication se décline en trois actions: mailing d’un flyer ; affichage dans les couloirs et passage dans toutes les classes pour transmettre de vive voix l’invitation. Nous n’hésitons pas à préciser qu’il y aura à boire et à manger pour susciter l’intérêt des élèves, quitte à être qualifiés de démagos. Les professeurs nous accueillent chaleureusement et les élèves nous écoutent avec toute l’attention dont ils sont capables. Quand nous refermons la porte, nous entendons parfois la discussion sur la présence de la 27e Région au lycée se poursuivre entre le professeur et les élèves. C’est une méthode qui paie !

Passage des résidents dans les classes

Demain, nous présenterons nos projets. Ce ne sont pas des projets définitifs, mais en les examinant aujourd’hui, nous constatons qu’ils ébauchent des directions qui nous paraissent justes et que nous désirons approfondir. Dès à présent, nous cherchons à les tester et à les étoffer en imaginant des scénarios d’usage. L’examen des projets conçus en fin de première semaine est l’occasion de tenter de formuler une vision d’ensemble qui organise de façon cohérente notre action au lycée Gabriel Fauré.

L’ébauche d’une vision pour la résidence au lycée Gabriel Fauré

Les projets passés au crible

L’ensemble des projets que nous avons proposé ont en commun de mettre en jeu la subjectivité des individus. Qu’il s’agisse du projet de parrainage, du projet de fête inter-lycées, ou du micro mis à disposition des élèves dans le hall de l’établissement, il est question de valoriser le ressenti des habitants du lycées et les relations interpersonnelles dont est tissée la communauté lycéenne. Le lycée Gabriel Fauré se présente comme un agrégat de milliers d’élèves et de centaines d’enseignants. Il est constitué d’autant d’histoires individuelles. Nous réfléchissons à une éventuelle vision qui pourrait s’intituler « 2314 x Gabriel Fauré : penser la complexité du lycée » et dont le but serait de valoriser les histoires individuelles et les subjectivités qui constituent Gabriel Fauré. 2314 est une estimation complètement arbitraire que nous faisons du nombre d’habitants du lycée (élèves et personnel compris) et vous êtes invités à la corriger ! Nous en sommes venus à penser le lycée à travers ses individus à partir du constat suivant : une communauté ne peut fonctionner que si chacun de ses membres y est identifié et valorisé. Pour que chacun des habitants du lycée inscrive sa présence au lycée, nous pensons à leur faire créer une signalétique critique et subjective, à dessiner la façon dont ils se représentent le lycée…Les outils auxquels nous allons avoir recours ne sont pas encore définis. La suite dans le prochain billet!