Archives de Tag: Cyberbase

Transfo Pays de la Loire / Semaine 5 / Jour 3 : Tester et prendre du recul


Mercredi 13 novembre

L’équipe se retrouve pour un début de débrief au petit matin, rapidement écourté pour retrouver Anne Bassinet, Directrice Générale Déléguée Stratégie et Territoires, et, pour nous, « directrice référente » puisque régulièrement rencontrée et responsable de la direction prospective.  A nouveau, nous nous séparons : la moitié de l’équipe part au RDV, l’autre moitié met ce temps à profit pour synthétiser, en billet de blog et en schéma, ce qui a été dit et produit jusqu’alors.

Le rendez-vous : obtenir d’avoir des agents « permanents »

Le rendez-vous est pour nous un moment important. Nous ramons depuis trop longtemps à faire participer des agents à nos semaines, alors même que nous avons pu compter très rapidement sur la grande aide de quelques alliés dans la maison. Nous cherchons donc activement des moyens de dépasser le stade des chasses aux participants répétées avant chaque semaine pour pérenniser notre démarche. Une bonne part de l’entretien sera donc tourné vers ce but. Nous repartons avec une liste de directions/personnes fléchées et l’accord pour transmettre et appuyer nos futures demandes vers ces « cibles ». A nous d’envoyer au plus vite un premier calendrier de la semaine de février ! Calendrier auquel nous travaillons justement…

Par ailleurs, ayant eu vent d’une nouvelle commande politique qui semble nous concerner, nous cherchons à comprendre ce qu’il en est et à nous affirmer comme interlocuteur bienveillant sur le sujet. Tendres ingénus, nous découvrons encore cette possibilité qu’une demande politique intervienne sans crier gare au milieu du travail des administratifs. Or il faut bien s’y faire ! Et si cela nous inquiète un peu de prime abord compte tenu des efforts que nous déployons pour réfléchir sur la méthode, le principe que les élus se saisissent au plus vite d’une question leur semblant primordiale sans attendre qu’elle colle à l’agenda administratif n’en est pas moins compréhensible. Nous nous mettons donc d’accord pour nous rapprocher des agents saisis de la demande et voir avec eux comment nous pouvons participer à la réponse.

Plus généralement, cet épisode montre bien comment le fonctionnement théorique entre politique et administratif est différent dans les faits, comment les aspects transversaux sont complexes à gérer et enfin comment des équipes travaillant sur un sujet peuvent ne pas être consultées sur une question pourtant directement en lien avec leur travail. L’analyse des causes de ce fonctionnement (travaux méconnus, manque de temps pour identifier les compétences à associer, culture du travail par directions…) et la proposition d’alternatives devra forcément apparaître quelque part dans notre production au bout du programme… De façon plus précise, nous sommes, à un moment où nous nous le demandions justement, directement alertés sur les questions de « gouvernance de la fonction innovation ». Qui décide d’utiliser cette fonction ? Qui pose le sujet dont elle se saisit ? Quelles compétences sont alors activées et comment ?

Parallèlement, production de synthèse

Synthétiser la réflexion, la mettre en forme pour y voir plus clair voilà ce à quoi s’attèle le reste de l’équipe.

11h > 12H30 : un temps commun de partage des avancées de la veille avec les agents

Suite à la séparation des équipes, et au fait que certains agents n’aient pas pu se libérer pour la phase de test sur le terrain, nous nous remettons à niveau avec ceux qui ont pu prendre le temps de nous rejoindre. Les designers de l’équipe expliquent les mises en formes réalisées (les idées « prototypées » ainsi que la synthèse de la réflexion sous forme de schéma), mais aussi les réactions recueillies lors de la soumission de ces idées à l’animatrice de l’ERN Médiagraph rencontrée la veille. Cette remise à niveau collective permet de relancer la discussion, d’affiner les propositions… et même de faire naitre de nouvelles idées.

15h > 17h : immersion dans une maison de quartier

L’après midi, le coeur joyeux et l’esprit chantant, nous nous rendons dans le quartier du Breil et plus particulièrement à l’espace multimédia de la maison de quartier.

Certains d’entre nous discutent avec l’animateur pendant que d’autres interviewent les adolescents présents : raison(s) de leur présence, relation à l’animateur, ambiance du lieu, et… orientation ! Nos discussions sont intéressantes, mais aborder avec le sujet de l’orientation est délicat: ils sont très jeunes (5e et 4e) et n’ont pas encore trop d’idées, ne savent pas encore à qui ils vont s’adresser , ni comment ils vont s’y prendre, ni si Daniel_ l’animateur_ sera leur interlocuteur. Bref, la discussion n’est pas facile à mener et nous avons l’impression de leur demander de s’exprimer sur des choses dont ils n’ont pas grand chose à nous dire.

Le deuxième temps de notre visite sera plus intéressant : nous descendons d’un étage voir la personne de l’accueil de la maison de quartier.

Elle nous réconforte d’emblée : « Je suis la porte ouverte du service public ». « On me demande tout, caf, stage de 3e, aide au CV, horaire de la piscine … ». Nous sommes donc fasse à une véritable « Passeuse », c’est à dire, pour nous, une personne qui est en relation avec le public cible de l’orientation mais qui n’est pas forcément compétente en la matière.

Partageant notre vision des choses, elle nous confirme son manque d’outils, de méthodes et de savoirs pour orienter ces gens vers les « bonnes personnes ».

Nos idées lui paraissent intéressantes mais peut-être encore trop vagues. Grâce à notre discussion, c’est elle qui nous permettra d’aller plus loin en nous montrant des outils qu’elle a l’habitude d’utiliser : le guide des associations de son quartier (un livret-annuaire édité par la mairie de quartier). Voilà qui nous intéresse. Quel serait l’équivalent nommé « Guide des acteurs de l’orientation du quartier du Breil » ?

Car oui, tous nous l’ont dit : « un annuaire des professionnels c’est bien, mais il faut qu’il soit à l’échelle du quartier car les gens ici n’ont pas de voitures et ne feront pas l’effort d’aller à l’autre bout de Nantes pour rencontrer la personne ou la structure indiquée. Il faut qu’on les oriente vers des professionnels proches » 

Voilà une des difficultés : comment la Région peut-elle se saisir, avec ses partenaires bien sur, de la question et contribuer à inventer des outils pour des échelles si fines?

Nous laissons la questions en suspens. Une chose est sûre : outiller les passeurs semble être une bonne idée, et même un impératif. Reste à savoir comment. Avec un annuaire local des professionnels ?  un temps de formation?la mise en place d’un réseau des passeurs ? Nous n’avons pas encore LA solution (et elle est certainement multiple) mais l’immersion aura confirmée que la zone d’action est la bonne !

Sur ce, rendez-vous demain pour un dernier atelier sur le sujet qui consistera à mettre en mots les propositions afin de les présenter aux élus vendredi.

Publicités

Transfo Pays de la Loire / Semaine 5 / Jour 2 : Prototyper et anticiper

Mardi 13 novembre

Ce matin, notre petit groupe mêle des agents issus de directions différentes (Labo des mutations, Prospective, Lycées, Apprentissage) mais aussi des « extérieurs » (Onisep, Carif-Oref, CIO). Avec eux, nous attaquons ce deuxième jour par 3 heures d’atelier créatif. L’objectif de la séance est ambitieux : faire émerger, au sein de l’éco-système de l’orientation, des pistes d’amélioration et développer des prototypes permettant de tester ces pistes sur le terrain.

Comme souvent, nous repartons du matériau récupéré la veille en atelier comme support de la réflexion. L’effort de synthèse opéré par l’équipe laisse apparaître des « points cardinaux » qui révèlent une répartition des compétences entre les dispositifs généraux dédiés à l’orientation et les ERN en tant que structure de médiation, tout en localisant de potentielles zones d’impact des « signaux faibles » identifiés par la prospective.

Le premier travail d’identification des nœuds et de dépliage des questionnements est long mais essentiel, et il faut savoir prendre le temps de le faire aboutir collectivement (du moins c’est ce que nous nous efforçons de faire). Nous savons que le temps passé cette fois-ci à première phase d’analyse a été très court et l’équipe appréhende donc un peu des réactions face à cette simplification graphique. Au contraire, l’idée générale qui en ressort est plutôt partagée et le schéma re-raconté par les participants avec notamment une vision sous un autre angle : « l’axe vertical, là où les structures identifiées sont bien positionnées, c’est l’axe de la commande publique et l’axe horizontal, là où les espaces numériques sont positionnés, c’est l’axe de la mission territoriale ». Décidément, un schéma, ça se partage !

Si le constat de certains dysfonctionnements importants au sein du système actuel de l’orientation est assez largement partagé, il est parfois difficile d’admettre que : « nous ce n’est pas là que nous pourrons agir ». Nous nous obligeons donc à faire un « pas de côté », à explorer les marges de manœuvre existantes au sein de l' »espace gris » autour des dispositifs officiels. C’est là que nous pouvons intervenir, et c’est aussi cette échelle qui permet prendre du recul et de réfléchir aux usagers qui échappent encore aux mailles, un peu trop grosses sans doute, du filet institutionnel. Par contre, tout le monde s’accorde sur la multiplicité des dispositifs : l’enjeu n’est pas d’en créer un nouveau, mais plutôt d’éclairer les chemins possibles au sein du système global en essayant d’identifier les « grains de sable » pour, si possible, les éliminer.

Rapidement, les participants, répartis en deux groupes, esquissent quelques pistes:
– penser le rôle de « passeur » des professionnels des structures de médiation comme les ERN,
– fluidifier les parcours entre les différents dispositifs,
– valoriser l’essai-erreur et révéler le caractère itératif des cheminements individuels,
– permettre les échanges entre pairs,
– penser la place des outils numériques…

Et tout ça, concrètement, ça pourrait donner quoi ? Un « Marmiton.org » des « ingrédients » utilisés par chacun dans son propre parcours (mais aussi des erreurs de « cuisson » ou de « dosage », pour filer la métaphore) ? Un livre d’or qui valorise l’essai-erreur et l’aléa dans les parcours de chacun ? Un kit d’animation à transmettre aux « passeurs » ? Une cartographie pour se repérer dans cet éco-système complexe?

Pas de doute, il y a là de la matière pour développer des prototypes!

A mi-parcours du programme, nous continuons aussi de tirer les leçons de nos erreurs passées. Si une mobilisation forte d’agents issus de directions différentes est la condition sine qua non de la pérennisation de notre action, le processus de mobilisation prends du temps. Nous décidons donc d’anticiper au mieux les suites en profitant de notre présence sur place pour préparer la prochaine semaine, en février.

L’occasion, aussi, de se mettre à jour sur les avancées de chacun pendant notre absence et de reprendre contact avec des interlocuteurs importants : les prises de RDV se multiplient, et les « trous » de la semaine se remplissent peu à peu. Aujourd’hui, nous rencontrons Antoine Foucault (DPSDD) et Carole Bodenan (D4CAE, Mission méthode). Avancée de la démarche prospective, échecs et succès des « immersions », conceptualisation d’une exposition-restitution des Assises, réutilisation des enseignements tirés de notre expérience à la Flèche, transformation du Bureau des Méthodes en Mission Méthode, réflexions sur la fonction prospective au sein de la Région… Il s’en passe des choses en quelques semaines ! Mine de rien, l’acupuncture Transfo semble porter quelques fruits, et les agents s’autorisent de plus en plus à réutiliser certaines des méthodes déployées. Par ailleurs, nous prenons à nouveau conscience de l’importance du partage de l’information, loin d’être optimale, et de la difficulté de coordonner les calendriers de chacun… Pas toujours simple de faire coïncider le calendrier d’un programme sur deux ans en pointillés, avec des « trous » de plusieurs mois entre les semaines Transfo, et un agenda politique qui peut tout bousculer !

Pendant que le premier binôme enchaine les RDV, les designers de l’équipe mettent la main à la pâte pour mettre en formes des versions plus tangibles des idées du matin permettant de les tester au plus vite. Les temps sont malheureusement trop serrés car, au mieux, nous aurions bien partagé un peu plus ce travail avec les agents. Un jour viendra… En attendant, la fin d’après-midi approche, il est temps pour cette moitié d’équipe de retrouver les agents présents et de s’acheminer vers Médiagraph, ERN associatif situé en centre-ville de Nantes. Premier test in vivo des outils élaborés quelques heures plus tôt, et surtout confrontation au terrain pour les agents et à l’ambiance sur place. Puisque nous parlions de lien social et de l’importance des aspects humains le matin, nous sommes servis ! Médiagraph est un lieu de vie avec une cuisine où on se croise et où on partage ses expériences. Peut-on s’inspirer de cette réalité vivante et informelle, s’appuyer dessus, sans l’institutionnaliser, ce qui la tuerait sans doute ?

La journée fut bien remplie pour chacun, et il faut aussi trouver le temps de partager entre nous informations, expériences et questionnements soulevés par ces différentes rencontres…

Transfo Pays de la Loire / Semaine 5 / Jour 1 : Lancement

Lundi 12 novembre 2012

L’équipe Transfo est de retour à l’Hôtel de Région pour une 5ème semaine un peu particulière. D’une part parce que nous sommes (déjà !) à mi-parcours, et d’autre part parce que, si pour l’heure l’équipe retrouve sa composition habituelle (Jacky, Shah-Dia, Léonie, Magali), c’est aussi la dernière semaine de Léonie et Magali en tant que résidentes.

D’abord, quelques mots sur le contexte général. En Pays de la Loire, le but de la Transfo est de faire l’interface entre la prospective et les politiques régionales. Au cours de cette 5ème semaine, nous souhaitons donc mettre en avant la porosité entre ces deux éléments trop souvent dissociés. Comment ? En s’attaquant à l’amélioration d’un dispositif régional à l’aide des tendances prospectives construites par la DPSA21 (devenue Direction de la Prospective, des Schémas et du Développement Durable, DPSDD) et le Labo des mutations.

Pour cela, nous avons choisi de nous saisir d’un dispositif qui, s’il n’est pas spécifiquement dédié à l’orientation, se retrouve souvent à accompagner les usagers dans ce processus, sans forcément être outillé pour : les espaces régionaux numériques (ERN). Objet à la fois physique, technique et humain, les ERN reflètent bien l’enjeu de l’adaptation constante des services publics aux évolutions des pratiques sociétales.

Finalisation de l’architecture de la semaine

Au bout de cinq semaines, des processus de travail commencent à se stabiliser. Comme à l’accoutumée, la journée démarre par un premier temps de travail interne à l’équipe.

A l’ordre du jour de cette matinée:

  • re-définir collectivement les objectifs de la semaine IN (mettre en œuvre et transmettre la méthode du prototypage appliquée aux questions d’information et d’orientation tout au long de la vie)
  • finaliser le déroulé de la semaine IN (moyens de réalisation, répartition des rôles)
  • re-définir  collectivement les objectifs de la semaine OFF (préparer la semaine 6) et organiser son déroulé (moyens de réalisation, répartition des rôles, prises de RDV)
  • finaliser le déroulé de l’atelier de lancement et les outils d’animation ad’hoc (un déroulé formalisé et mis à l’écrit, une première d’organisation pour nous!)

Travaux pratiques

Avec un tel programme, l’heure de l’atelier est vite arrivée. Nous nous dirigeons vers un espace du campus régional encore inexploré (oui, s’immerger dans la Région c’est aussi explorer de nouveaux lieux au gré des salles de réunions réservées). Peu à peu, c’est finalement 12 personnes qui viennent nous rejoindre, avec des profils très divers : des agents issus de directions différentes (Labo des mutations, Prospective, Lycées, Apprentissage) mais aussi des « extérieurs » (Rectorat, Carif-Oref, Fongécif, CIO, PING).

Le temps que tout le monde s’installe, notre atelier commence finalement à 16h au lieu de 15h30.  30 minutes de moins, auxquelles s’ajoute un tour de table qui prend finalement un peu plus de temps que prévu. Eh oui, créer de l’interconnaissance et de la transversalité prends du temps, et nous ne l’avons pas forcément assez anticipé en se fixant des objectifs plutôt ambitieux pour 2h de réunion…

Avant d’entrer dans le détail, un petit retour en arrière s’impose pour mieux comprendre le déroulé de cet atelier : lors de l’élaboration du programme, nous avons pensé qu’une contribution des agents en amont permettrait d’enrichir notre séance de lancement. Ce « passage de relai » nous a semblé très important car il répond à l’un des objectifs de long terme de la Transfo : la mise en œuvre autonome des méthodes utilisées dans le programme. Nous avons donc « passé commande » aux agents, en leur demandant des contributions de deux ordres: des « paroles d’experts » sur l’orientation, la prospective et les ERN; et les retours d’une petite enquête de terrain réalisée en amont. Conscients des plans de charges de chacun, nous avons cependant pris le soin de tenter de réduire au maximum le temps de travail demandé en le facilitant par l’envoi de consignes précises.  Après un temps de présentation de la démarche par l’équipe puis un tour de table, nous leur passons donc le relai pour ces présentations introductives.

Nous commençons par une présentation rapide et à plusieurs voix des objectifs de l’orientation, complétée par un panorama des dispositifs existants en la matière à l’aide d’un support graphique proposé par Olivier Ryckewaert, du Laboratoire des mutations.

En images, cela donne ça:

Chartlotte Rautureau, chargée de mission chez PING qui accompagne la Région dans sa réflexion sur l’avenir des ERN, nous présente ensuite cet objet un peu particulier.  Elle confirme rapidement notre intuition. Si les ERN ont bien été conçus comme outils de lutte contre la fracture numérique, aujourd’hui, l’augmentation du niveau d’équipement numérique des ménages – entre autres –transforme leurs missions. Ils sont, de fait et comme beaucoup d’autres structures, amenés à faire de l’aide à l’orientation. Les ERN, qui regroupent usagers et praticiens parfois démunis sur le sujet, constituent donc un espace pertinent pour tester nos prototypes. Ce premier diagnostic est rapidement complété par les apports du terrain, grâce à un reportage photo réalisé par deux agents et qui rend compte de leur visite de l’ERN du BreilEnfin, diaporama à l’appui, 2 agents (DPSDD et Labo des mutations) nous présentent les 4 (devenus 5) signaux faibles pouvant impacter les dispositifs d’aide à l’orientation qu’ils ont pu identifier grâce à leur travail prospectif :

  • ludification (développer des formes appropriables pour faire passer des contenus informatifs et répondre au déclin de l’écrit)
  • individuation (développement de l’offre personnalisée grâce à l’utilisation de données sur la personne)
  • robotisation (systématisation de la gestion des tâches répétitives par des systèmes informatiques ou mécaniques)
  • humain (développement des métiers à caractère « social », rôle du sensible, de l’empathie, des rapports humains…)
  • proximité (relocalisation et économie du partage)

Maintenant que chacun a bien en tête ces éléments, les participants sont répartis en 2 groupes pour réaliser, armés de post-it et à partir des présentations et des discussions, un travail collectif de synthèse. Pour identifier des nœuds solides pour penser l’évolution de la fonction orientation, nous tentons de répertorier les usages des ERN et des dispositifs institutionnels d’aide à l’orientation, tout en essayant d’y injecter les points de vigilances qui découlent des signaux faibles présentés auparavant.

Chaque groupe avance à son rythme, mais la petite demi-heure qui nous reste à disposition semble un peu courte. Un des groupes prend pourtant le temps d’ébaucher un classement qui permet de problématiser la réflexion et d’identifier des « pôles » d’usages et de compétences, qui ne sont pas forcément les mêmes pour les deux « morceaux » étudiés. Nous récoltons une matière première dense, qu’il va falloir « détricoter » pour qu’elle puisse servir de base à la réflexion en vue du prototypage…

A l’issue de l’atelier, nous prenons aussi le temps d’échanger en off sur la stratégique générale de la Transfo avec Olivier Ryckewaert, notre principal allié au sein de la structure. Nous en tirons des questionnements partagés, des débuts de réponses, en tout cas des éléments qui permettent de nous projeter sur les semaines suivantes en tenant compte des objectifs généraux du programme (vus de la Région et vus de l’équipe) et du contexte politico-administratif.

Malgré la fatigue de fin de journée, nous regagnons enfin nos pénates pour une dernière séance de travail d’équipe. Comment retravailler la matière récoltée durant l’atelier pour préparer l’atelier du lendemain en fonction des objectifs fixés le matin ? RDV demain pour voir le résultat !

Jour de Workshop à l’ERIC-Cyberbase de Berthe : 4 projets se démarquent

En ce jeudi 20 mai, le programme est chargé pour nos résidents avec un workshop d’une petite trentaine de participants du réseau ERIC-Cyberbase. A la fin de cette journée, les résidents sélectionneront et adapteront les idées et projets pour les prototyper en troisième semaine.

Rendez-vous est donné à midi pour un pique-nique devant l’ERIC-Cyberbase. Se retrouvent pour le déjeuner, les animateurs de la Cyberbase, des représentants de l’IFAPE, de TPM, de la région PACA ainsi que des étudiants, consultants et responsables d’autres ERIC.

A 14h, l’atelier commence…

Une présentation rapide de la résidence et du déroulé de l’atelier est faite par Stéphane Vincent secondé par Corinne Ielh et Julien Defait. Les participants sont ensuite répartis en quatre groupes (Emploi-activité, Environnement-tourisme, Santé Numérique et Réseau ERIC).

Les trois temps de l’atelier :

Le premier temps de 40 minutes est consacré à la prospection à partir des scénarii « catastrophe » déjà testés la veille. L’objectif de cette phase est de produire un maximum d’idées. Au cours de l’atelier, les animateurs proposent les fiches-idées produites la veille pour « doper »  la réflexion. A la fin de ce temps, les participants accrochent les fiches-idées sur le mur et votent pour les idées de projets des autres équipes qui ont le plus de potentiel d’innovation.

Sur la base des votes des participants, les animateurs sélectionnent les deux ou trois thèmes les plus porteurs qu’ils font retravailler à leur groupe.

L’objectif de cette seconde phase de 40 minutes est de s’éloigner du contexte prospectif et d’inscrire le projet dans la réalité. Quelle serait la version bêta de ce projet ? Comment, avec qui le mettre en place ? Quels sont les obstacles à sa concrétisation ? De nouvelles fiches-projets sont mises à la disposition des participants de chaque groupe.

A la fin de ce temps, un porte-parole est désigné dans chaque groupe. Il présente en 1 minute le ou les projets-phares de l’atelier aux autres participants. Cette restitution est filmée par nos résidents.


Le rendu du workshop : les fiches projets

THÉMATIQUE ENVIRONNEMENT-TOURISME

THÉMATIQUE  SANTÉ NUMÉRIQUE

THÉMATIQUE  RÉSEAU ERIC

THÉMATIQUE EMPLOI-ACTIVITE

Synthèse des ateliers du mercredi et jeudi

Après le départ des participants, c’est l’heure du bilan de ces deux jours d’atelier pour nos résidents. Il est temps de sélectionner les projets à réaliser en prenant en compte le caractère de faisabilité des projets et la double dimension locale et  réseau des ERIC-Cyberbase. Pour aider à la décision, nos designers créent une arborescence des différents projets qui ont émergé pendant ces deux jours.

Après réflexion, quatre pistes sérieuses de réalisation se profilent :

-2 concernant l’emploi : « Parcours de vie » et la « Cyber-coopérative »
-1 concernant l’environnement : la « Cyberbase se met au vert » dont une variante est la cyberbase sous-marine
-1 concernant le réseau :  » l’ E-charte »

Suite au prochain billet…

De la Cyberbase SOUS-MARINE…

Mercredi 19 mai, c’est aujourd’hui jour workshop avec les animateurs et les usagers à l’ ERIC-Cyberbase de Berthe.

L’objectif du jour:

Sortir des idées et des pistes de projets à partir des scénarios réalisés par nos résidents pendant l’inter-résidence et issus des grands thèmes sélectionnés. Ces scénarios prospectifs sont volontairement extrêmes pour susciter des réactions parmi la quinzaine de participants réunis. Quatre scénarios ont été élaborés sur les thématiques de l’Emploi-Formation, du réseau ERIC, Santé Numérique et le Tourisme-développement durable.

Des outils sont aussi mis à la disposition des participants : photos illustratives, « cartes-tag » et des fiches-idées pour noter les réflexions. L’ atelier se fera sous la forme d’un brainstorming de 30 minutes par thème, soit 2h. A la fin, les participants votent pour les idées ou projets avec lesquels ils ont le plus d’affinités.

Ces pistes de projet vont permettre d’approfondir l’atelier du lendemain avec les animateurs des ERIC, représentants de structures comme TPM ou de l’IFAPE, des chercheurs et des étudiants.

Extraits des scénarios : « Super Eric, sauve le monde »

EMPLOI ET FORMATION

 » Nous sommes en 2018 et le paysage de l’emploi en France s’est métamorphosé. Les réformes successives du Pole Emploi ont complètement changé sa mission. Alors qu’autrefois il accueillait les chômeurs et les orientait dans leurs recherches et leurs démarches, il a aujourd’hui un rôle de contrôle des chômeurs et de production de statistiques sur l’emploi. Il est donc devenu impossible pour les chômeurs de pouvoir rencontrer un conseiller car ceux-ci, faute de temps et de disponibilité, ne communiquent avec eux plus que par l’interface du Pôle Emploi. Les chômeurs sont donc de plus en plus isolés et coupés du monde professionnel.Les petites et moyennes entreprises ont quasiment complètement disparues, soit qu’elles aient été, petit à petit, absorbées par de plus grosses, soit qu’à force de vouloir réduire les charges et de rendre flexibles leurs salariés, les dirigeants les aient métamorphosé en auto-entrepreneur. Ainsi le télé-travail s’est particulièrement développé : chacun travaille de chez soi, avec les outils numériques. De ce fait, une grande part de la population connait des périodes de travail alternées avec des périodes de chômage sans trouver d’aide pour développer ses activités. L’individualisation des comportements désagrège petit à petit le lien social
Les Eric se sont saisis de cette question et proposent aujourd’hui aux chômeurs comme aux actifs de se regrouper afin de renouer le lien entre les personnes, tant au niveau professionnel qu’au niveau personnel. Ces cyber-coopératives professionnelles, dont le maillage sur le territoire rend leur activité particulièrement efficace tant au niveau local qu’au niveau régional, mettent à disposition des usagers des espaces et des outils : mise en commun des locaux et des moyens (internet, électricité, matériel informatique…), réseau de mise en relation, annuaire de contacts… « 

ENVIRONEMENT ET TOURISME

 » Nous sommes en 2018 et la Région PACA est saturée de touristes. Forte de son patrimoine et de ses atouts naturels, elle a toujours été une destination idéale pour les touristes français comme pour les touristes étrangers. Mais aujourd’hui cette attractivité est fortement compromise par ce tourisme de masse qui consomme plutôt qu’il ne découvre. Les côtes sont surfréquentées, la mer est polluée, les massifs forestiers sont dénaturés et le territoire perd de sa biodiversité. Ce qui fait l’attractivité de notre territoire est petit à petit en train de le tuer. Faut-il laisser cette diversité nous échapper et voir s’asphyxier notre région alors même que le tourisme représente une part importante de notre économie ? Comment responsabiliser les touristes pour qu’ils continuent à profiter d’un patrimoine exceptionnel et original tout en garantissant les emplois et les activités des habitants de la région ? Le réseau des ERIC se penche sur ces problèmes…

LE RÉSEAU ERIC :

 » Les ERIC ont perdu leur idée de réseau et fonctionnent chacun dans leur coin. Une masse pléthorique d’informations et d’initiatives éparpillées saturent les Cyber-Bases qui ne peuvent plus les traiter ni les exploiter. « Trop d’infos tuent l’info ». Pour revivifier le réseau des ERIC et valoriser les initiatives existantes, les acteurs du réseau proposent des projets avec la participation des utilisateurs pour revivifier le réseau.

SANTE ET NUMERIQUE

« Qui l’aurait cru en 2010 ? Soit dix ans plus tôt, l’internet est mis à l’index par l’ensemble du corps médical: depuis le succès massif du piercing communiquant en 2013, l’usage prolongé des «technologies de l’immédiateté permanente» est devenu la première cause d’arrêt du travail, et une hantise pour les enseignants. Tout va trop vite! Partout dans le monde, les « burning-out » sont monnaie courante dans toutes les catégories professionnelles, et les ados ne parviennent plus à décrocher du réseau, du tchat et des jeux en ligne. Comment reprendre la main sur le tsunami technologique, sans renier tous ses acquis ? la Cyberbase de Berthe y a répondu dès 2015, en devenant espace de reconnexion. « Notre priorité, c’est d’aider les habitants à resynchroniser leurs vies !». »

Les outils de l’atelier

Après une heure et demi d’atelier, trois thématiques sont traitées, celle de l' »Emploi-Formation », de l' »Environnement-tourisme » et celle du « Réseau ERIC ». La thématique de la Santé Numérique n’a pas pu être traitée faute de temps.

Les idées-projets du workshop avec les usagers et animateurs

Thématique « Emploi-formation »

Thématique « Environnement-tourisme »



Thématique « faire vivre le réseau ERIC« 

Restitution, vote et affichage des fiches-idées

A la fin de l’atelier, les projets sont affichés et nos participants votent avec des gomettes colorées pour leurs idées préférées dans chaque thématique. Le projet de la « Cyberbase Sous-marine », du « Book video » et d’une « Fête des ERIC »  sont plébicités. Puis tous nos participants se sont retrouvés autour d’un verre pour échanger informellement autour des projets lors du traditionnel « accrochage  » du mercredi.

…Suite du petit tour : portraits des ERIC-Cyberbases

La première base, au cœur de la petite ville de Brunet, dans la rue commerciale et tranquille, accueille un public surtout composé de personnes retraitées, avec l’atelier senior de la commune. Abdel est d’ailleurs en train d’animer ce petit atelier d’initiation à notre arrivée : « Bon, alors, pour naviguer et faire vos recherches, vous devez ouvrir un nouvel onglet, sinon ça va vous emmener dans un espace trop vaste et vous serez perdus ! Et, si moi, je veux aller loin, justement dans l’espace ? » s’exclame une dame toute frétillante. Ici, peu de jeunes et d’enfants fréquentent le lieu excepté en accès libre par quelques jeunes du collège. Il y a aussi un partenariat avec le lycée « Georges Cisson » pour des ateliers en direction des « primo arrivants ». Ce sont des élèves d’origine étrangère qui ne maîtrisent pas la langue française et pour lesquels un apprentissage est proposé en vue d’obtenir le « PIM », le passeport internet multimédias. Il y a aussi de l’aide aux devoirs dans le cadre du Contrat Local d’Accompagnement scolaire (CLAS).

La particularité de cet espace est qu’il est corrélé avec celui de Ste Musse, tout proche et qui travaille en étroite coopération avec le Centre socioculturel (CSC) flambant neuf. Frédéric Fallot coordonne les deux espaces pour lesquels un planning commun est élaboré. La typologie des usagers est très différente entre les deux mais les statistiques révèlent une fidélisation croissante des publics. En file active, la base de Brunet représente 900 personnes. Cela dit, il y a un problème de com en général : « certains habitants ont découvert par hasard l’existence de la Cyber-base, alors qu’ils passaient devant tous les jours ! ».

La proximité avec le Centre social et culturel renforce les relations au travers de projets transversaux. Concernant l’emploi, par exemple, l’espace Cyber-base de Ste Musse a mis en place une plateforme de permanences, dédiées à l’accompagnement des demandeurs d’emploi, mutualisée entre plusieurs asso telles que la Mission locale, CESAM, l’AFIJ, le CEDIS, organismes déjà missionnés sur ces fonctions avec chacune sa spécificité. Les publics sont accueillis sur rendez-vous pour des séances individualisées de recherche par le numérique.

Le bâtiment de la « Maison des services publics », inauguré en septembre dernier, trône sur la place accueillante au cœur du quartier de Ste Musse avec son drapeau bleu-blanc rouge de la République. Autant dire qu’il s’agit vraiment d’un service public qui impressionne un peu. Très contemporain, l’espace, vaste et entièrement blanc ressemble un peu à un centre d’art contemporain. Frédéric regrette seulement que l’architecture n’ait pas été conçue en concertation avec les utilisateurs. « On ne peut rien toucher, ni punaiser…et les usagers ne peuvent pas vraiment l’habiter ! ». Cela dit, la médiathèque qui jouxte l’ERIC Cyber-base est vraiment un « plus » pour resserrer les liens entre les divers publics et booster la collaboration sur des projets. D’ailleurs 3 postes de consultation des bases de données de la médiathèque occupent un petit espace dès l’entrée et il est question d’y intégrer un portail avec des liens fléchés « culture » : visites virtuelles de musées, programmation culturelle de Toulon, etc. Perle, animatrice à la cyber-base nous montre aussi quelques productions créatives réalisées avec des enfants. Petit aperçu sur le lien : lacartoonerie.com


Une petite spécificité dont s’enorgueillit Frédéric, coordonnateur des deux espaces numériques, c’est la Cybermobile : « C’est une mallette avec des ordi portables pour aller au devant de publics handicapés et personnes âgées. L’idée est de développer ce concept sur tous les quartiers Est de l’agglo pour introduire ces pratiques numériques dans les hôpitaux, les maisons de retraite et autres établissements spécialisés. « La merveille, explique Frédéric, c’est que des personnes âgées de la maison de retraite qui ne parlaient plus, se sont remises à parler et ont recréé des modes de sociabilité ! »

Autre lieu, autre décor, autres publics aussi : l’espace de La Valette situé au cœur d’une ZAC et d’un centre commercial est géré par l’association « Horizon multimédias ». Michèle Blain nous accueille dès notre arrivée et nous guide tout de suite vers l’Espace Ouvert d’Education Permanente, initié par la Région PACA. IL s’agit d’un libre accès aux ressources documentaires offertes aux salariés entre 35 et 45 ans en reconversion professionnelle, avec un accompagnement pour les guider dans leurs recherches. Ici aussi, un réseau d’organismes spécialisés dans l’emploi s’est constitué de façon informelle pour coordonner leurs efforts : Mission locale pour les 16-25 ans, PLIE (plateforme d’insertion par l’économique) pour l’orientation et la formation, le CFA (centre de formation des apprentis), juste à côté, à La garde. Les autres activités et partenaires ? Une toute récente, la « Cyber bébé », prévoit d’intervenir dans une crèche pour le bain numérique précoce…et ludique ! Une activité aussi en lien avec une asso d’artistes à Revest, une autre avec une école primaire, également à Revest pour la préparation au B2I (Brevet d’initiation à l’informatique), et une autre encore autour de la « cyber-dépendance » et d’outils de prévention dans les écoles pour lutter contre l’addiction à l’internet. Bien sûr, une foultitude d’activités et de projets sont aussi dans les tuyaux ou déjà en cours.

Mais le « must », réside sûrement dans la formation BPJEP/TIC. Cette formation diplômante, agrée Jeunesse et Sports et unique en son genre au sein du réseau des ERIC, offre 1340 h de connaissances approfondies liées aux EPN avec des stages en alternance et des projets collectifs pour les futurs animateurs. Une rencontre avec le groupe de stagiaires réunis au moment de notre venue, est organisée de façon impromptue. La présentation du dispositif de « Territoires en résidence » suscite pas mal de questions de la part des futurs animateurs des espaces numériques. Ils se montrent vraiment intéressés et souhaitent participer à l’aventure. Rendez-vous est pris avec eux pour une séance de tournage avec « O2zone » le lundi 21 juin de la 3e semaine. L’idée serait de les associer dans le cadre de prototypages de projets prévus à ce moment là, sous la forme de teasers mettant en scène des micro-fictions.

Direction La garde, commune proche de La Valette. La Cyber-base ERIC, gérée par l’IFAPE, est elle aussi encastrée dans une méga médiathèque, au sein d’un bâtiment communal hébergeant aussi le Conservatoire National à rayonnement Régional. Pourtant aucune relation n’existe entre ces 3 entités. IL s’agit seulement d’une cohabitation. Cette petite cellule est animée par 2 animateurs pour des ateliers d’aide à la recherche d’emploi, en lien avec le Bureau Municipal de l’Emploi et le Bureau d’Information Jeunesse. De fait, l’IFAPE a répondu à un appel d’offres avec « Initiative », (société de conseil pour le reclassement, l’ »outplacement », couveuse d’entreprises, etc.) pour un programme national, décliné au niveau territorial, de répartition des rôles entre le Pôle-emploi et les Cyber-bases, dans le cadre d’une convention avec la « Caisse des Dépôts et Consignations ». La Cyber-base dispose aussi d’un espace dans la maison des associations d’à côté, davantage fréquentée et où d’autres ateliers sont proposés, en direction de différents publics, scolaires, retraités, habitants. Pour Nadia, animatrice, les activités sont assez diversifiées mais souffrent d’un déficit de communication, constat partagé par ailleurs par tous les interlocuteurs des Cyber-bases ERIC rencontrés. De plus les animateurs n’ont pas assez de visibilité du fonctionnement de l’IFAPE pour être réellement des acteurs forces de propositions. Ils jouissent d’une réelle autonomie en matière d’organisation de leur travail mais ne disposent pas vraiment d’informations concernant la gestion.

Ce petit tour d’horizon, très incomplet, nous a donné la mesure de la richesse et de la complexité de ces EPN. Tous sont en prise avec leur environnement social et doivent passer par les fourches caudines des dispositifs de politiques publiques territoriaux. Or, au niveau local, ces dispositifs, dans le maquis et l’opacité des acronymes qui en sont le reflet, représentent souvent la seule source de financements dans ces logiques de zonage et de discrimination sociale : « CUCS », « CLAS », « PLU », etc. réservés aux « initiés » et représentent des parts de marché potentiels pour ces acteurs sociaux. Ils militent souvent pour un mieux être social mais se retrouvent du coup aussi dans une concurrence entre eux. Ces circuits, « chasse gardée », incitent peu les projets de coopération entre organismes ; dès lors, comment imaginer la plus-value apportée par la formation aux outils numériques pour rendre presque évidente aux yeux des élus et acteurs institutionnels, l’intérêt d’une coopération aux différentes échelles territoriales.

Un autre constat ressort de ces rencontres ainsi que des observations et discussions informelles : la dimension réseau n’a pas de réalité au niveau quotidien. Manque de temps ? Effet de concurrence ? D’espaces de réflexion, centralisme de gestion pour les gros organismes ? De fait, peu de projets collaboratifs à l’initiative des Cyber-bases ERIC entre elles voient le jour. Les événements, à la faveur de l’animation du réseau et à l’initiative de La région PACA ou de TPM, sont de réelles occasions d’échanges féconds mais, chacun retourne ensuite à son turbin de gestion au quotidien….Il est patent qu’une démarche collaborative stimulée à l’échelle du réseau régional mais à l’initiative des ERIC eux-mêmes, permettrait d’exploiter et de rendre visible la richesse des projets, des activités et la multiplicité des utilisateurs de ces espaces numériques. Le handicap supplémentaire, lié à la difficulté de répondre aux appels à projets, soit par manque de savoir-faire, soit par déficit de temps et aussi par la mise en concurrence des candidats ne favorise pas la dynamique de réseau et sa plus-value potentielle. Ainsi, dans les scenarii possibles, des centres de ressources numériques, plus localisés et avec les moyens idoines, auraient, entre autres fonctions, celle d’accompagner les porteurs de projets réunis au sein de collectifs d’acteurs. Une piste à explorer ?

Un petit tour des ERIC

De retour à « Berthe » lundi 17 mai pour la deuxième semaine. Les résidents reprennent pied dans l’espace…numérique où les animateurs  de la  «Cyberseyne » les accueillent. L’équipe se répartit en deux : Anaïs et Corinne, accompagnées de Rosemonde, chargée de mission du service « territoire numérique » à Toulon Provence Méditerranée et de Djamila, stagiaire de ce même service vont rencontrer deux autres ERIC-Cyberbases. L’ une située à Brunet, l’autre à La Valette. Le lendemain c’est Julien et Corinne avec Pascal Peuchot, responsable du service numérique qui vont visiter la Cyberbase de Ste Musse, au cœur du Centre socio-culturel, sise dans un bâtiment tout neuf et très contemporain. Puis, direction La Garde, petite cellule enchâssée dans la médiathèque imposante du bâtiment du Conservatoire National de Rayonnement Régional.

Il s’agit de faire un petit tour d’horizon des usages, projets, difficultés liés à ces espaces très hétérogènes dans leur profil, malgré la louable initiative de TPM d’harmoniser et de soutenir activement ces lieux.

La semaine de résidence s’annonce très dense avec trois temps forts autour d’ateliers. Le premier a lieu mercredi avec les utilisateurs de la Cyberseyne, asso du quartier, créateurs d’entreprises, jeunes du centre « Nelson Mandela » et d’autres qui, par l’entremise des animateurs, ont reçu l’info, de bouche à oreille. Il s’agit d’un moment de créativité prospective, animé par les résidents avec la contribution active de nos designers bien rôdés au Workshop. Le second aura lieu demain, jeudi avec un pique-nique d’ouverture. Il est à l’instigation de la Région PACA et organisé par l’agence Proposition, avec laquelle il sera animé. L’objectif : imaginer, faire turbiner les neurones (hémisphère créativité), se projeter et projeter les ERIC de demain.

Les politiques publiques, Régions, Europe, collectivités territoriales s’interrogent en effet sur les inflexions à donner aux services numériques un peu partout sur les territoires. De leur côté, les animateurs, les Espaces Publics Numériques dans leur ensemble se questionnent et interpellent les pouvoirs publics sur leur devenir, leur rôle dans les reconfigurations des politiques publiques. Ce travail de remue-méninges tente donc de se saisir de ces préoccupations, à cheval sur les frontières institutionnelles et tendues entre un futur incertain et un présent « chronophage » et submergé de soucis quotidiens : contexte économique et social très préoccupant, zonages accentuant les discriminations par des politiques d’empilement de dispositifs, course effrénée aux financements, réponses à appels d’offres pour ceux qui « savent faire », gestion des demandes des utilisateurs pour lesquels ces espaces représentent bien souvent une bouée de secours, des lieux de sociabilité dans le désarroi où les laissent les organismes publics comme le Pôle-Emploi ou la Caf, dans l’incapacité de répondre aux demandes les plus élémentaires et besoins des « demandeurs d’emploi », etc. Bref, les « Cyber Shiva », n’ont pas assez de tous leurs bras pour  prendre en compte ces situations d’urgence !

Pour cet atelier créatif,  l’effet réseau des ERIC est sollicité pour coordonner les initiatives innovantes (pas forcément high tech, d’ailleurs) et en impulser de nouvelles en essaimant. Mais comment se distancier du quotidien et se prêter à l’exercice de se propulser dans un futur plus ou moins proche sans faire le « grand écart » ? Véritable défi pour des enjeux actuels car, en matière de numérique tout va très, trop vite et la fracture sociale risque de devenir abyssale aux différents niveaux de gouvernance territoriale.