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Un petit tour des ERIC

De retour à « Berthe » lundi 17 mai pour la deuxième semaine. Les résidents reprennent pied dans l’espace…numérique où les animateurs  de la  «Cyberseyne » les accueillent. L’équipe se répartit en deux : Anaïs et Corinne, accompagnées de Rosemonde, chargée de mission du service « territoire numérique » à Toulon Provence Méditerranée et de Djamila, stagiaire de ce même service vont rencontrer deux autres ERIC-Cyberbases. L’ une située à Brunet, l’autre à La Valette. Le lendemain c’est Julien et Corinne avec Pascal Peuchot, responsable du service numérique qui vont visiter la Cyberbase de Ste Musse, au cœur du Centre socio-culturel, sise dans un bâtiment tout neuf et très contemporain. Puis, direction La Garde, petite cellule enchâssée dans la médiathèque imposante du bâtiment du Conservatoire National de Rayonnement Régional.

Il s’agit de faire un petit tour d’horizon des usages, projets, difficultés liés à ces espaces très hétérogènes dans leur profil, malgré la louable initiative de TPM d’harmoniser et de soutenir activement ces lieux.

La semaine de résidence s’annonce très dense avec trois temps forts autour d’ateliers. Le premier a lieu mercredi avec les utilisateurs de la Cyberseyne, asso du quartier, créateurs d’entreprises, jeunes du centre « Nelson Mandela » et d’autres qui, par l’entremise des animateurs, ont reçu l’info, de bouche à oreille. Il s’agit d’un moment de créativité prospective, animé par les résidents avec la contribution active de nos designers bien rôdés au Workshop. Le second aura lieu demain, jeudi avec un pique-nique d’ouverture. Il est à l’instigation de la Région PACA et organisé par l’agence Proposition, avec laquelle il sera animé. L’objectif : imaginer, faire turbiner les neurones (hémisphère créativité), se projeter et projeter les ERIC de demain.

Les politiques publiques, Régions, Europe, collectivités territoriales s’interrogent en effet sur les inflexions à donner aux services numériques un peu partout sur les territoires. De leur côté, les animateurs, les Espaces Publics Numériques dans leur ensemble se questionnent et interpellent les pouvoirs publics sur leur devenir, leur rôle dans les reconfigurations des politiques publiques. Ce travail de remue-méninges tente donc de se saisir de ces préoccupations, à cheval sur les frontières institutionnelles et tendues entre un futur incertain et un présent « chronophage » et submergé de soucis quotidiens : contexte économique et social très préoccupant, zonages accentuant les discriminations par des politiques d’empilement de dispositifs, course effrénée aux financements, réponses à appels d’offres pour ceux qui « savent faire », gestion des demandes des utilisateurs pour lesquels ces espaces représentent bien souvent une bouée de secours, des lieux de sociabilité dans le désarroi où les laissent les organismes publics comme le Pôle-Emploi ou la Caf, dans l’incapacité de répondre aux demandes les plus élémentaires et besoins des « demandeurs d’emploi », etc. Bref, les « Cyber Shiva », n’ont pas assez de tous leurs bras pour  prendre en compte ces situations d’urgence !

Pour cet atelier créatif,  l’effet réseau des ERIC est sollicité pour coordonner les initiatives innovantes (pas forcément high tech, d’ailleurs) et en impulser de nouvelles en essaimant. Mais comment se distancier du quotidien et se prêter à l’exercice de se propulser dans un futur plus ou moins proche sans faire le « grand écart » ? Véritable défi pour des enjeux actuels car, en matière de numérique tout va très, trop vite et la fracture sociale risque de devenir abyssale aux différents niveaux de gouvernance territoriale.

L’ ERIC Cyber-base TPM de La Seyne-sur-Mer Berthe entre en résidence, 5e jour: Workshopday

Préparation du Workshop

Jeudi soir, nos résidents ont veillé tard pour préparer le workshop du lendemain avec Laurent Ciavatti, coordinateur des Cyberbases de l’IFAPE, Rosemonde Savi de TPM et les animateurs de la Cyberbase. L’objectif de cet atelier : dégager des thématiques et des pistes de projets porteuses tant au niveau de leur faisabilité que de l’implication des acteurs « pros ».

A partir de nos observations, interviews et discussions informelles, 9 thématiques sont sélectionnées par notre équipe et proposées aux participants du workshop :

1-« ERIC et Mobilité »

2-« ERIC et Créativité/ Expérimentation »

3-« Accueil des publics dans les ERIC »

4-« Réseau des ERIC »

5-« ERIC et Formation »

6- « Visibilité des ERIC »

7-« ERIC et Citoyenneté »

8-« ERIC comme Plateforme/ Centre de Ressources »

9-« ERIC et Mixité des Usagers »

Sur un moodboard, les résidents « adossent » à ces grandes thématiques des idées issues de leurs propres réflexions et reformulent celles des acteurs interrogés pendant la semaine. Le dispositif est prêt, reste à en définir les règles et se repartir les tâches.

Il est décidé que le workshop dure 1h 30, soit 10 minutes par thématique. En maître de cérémonie, c’est Julien Defait qui orchestrera cette « tempête de cerveaux » en guidant les participants sur tel ou tel thème  selon la tournure des débats. Les autres résidents participeront activement à l’atelier en essayant de « booster » le débat tout en prenant des notes et en s’assurant de la bonne gestion du temps. Chaque idée nouvelle ou complémentaire d’une thématique sera « post-ité », de même pour les réserves et objections.  A la fin de l’atelier, les participants pourront voter pour deux thématiques de leur choix.

Workshop : Et le grand gagnant du jour est … Visibilité

A 8h du matin, nos résidents et les participants au workshop se retrouvent à l’ERIC-Cyberbase de Berthe, l’atelier débute.

Julien en explique succinctement les règles et les débats commencent. Sans entrer dans le détail des discussions, nous pouvons tirer plusieurs enseignements de ce premier workshop.

Quatre thématiques n’ont pas accroché nos participants. Le thème « ERIC et Citoyenneté » n’a pu être traité, faute de temps. Celui de la plateforme « centre de ressources » ainsi que la question de la « visibilité » des projets réussis et porteurs ayant occupé le centre des débats. Les ERIC-Cyberbases  comme « incubateurs  citoyens » ou « outils de la démocratie participative locale » apparaissent peu impliquants  en terme d’idée ou de projets.

La deuxième thématique peu « disputé » est celle de l’ « Accueil des ERIC-Cyberbase » mais il semble qu’elle s’intègre en fait dans une autre thématique plus transversale celle de la « Visibilité » Idem pour celle du « Réseau ERIC. »

Quant à la thématique « ERIC et Mixité des Usagers », le thème n’a pas pu être abordé non plus approfondi, faute de temps.

La thématique des  « ERIC comme plateformes/Centre de Ressources »  proposée à la discussion par nos résidents a fait débat mais n’a pas emport2 l’adhésion des animateurs et des représentant de l’Ifape et de TPM

L’idée des ERIC comme :

-Plateformes pour les associations du quartier

Détecteurs d’innovations ascendantes

-Incubateurs  de microprojets

-Forces de proposition dans des démarches d’innovation ouverte type « livingLabs »

…N’est pas « judicieuse »  pour Laurent Ciavatti et les animateurs   étant donné la forte concurrence dans ce domaine par des structures qui l’assument déjà. Les animateurs soulignent aussi le fait qu’ils ont déjà« la tête dans le guidon. »

La thématique qui a emporté l’ensemble des suffrages, est celle  de la « visibilité des ERIC ». Il y a un véritable consensus chez les animateurs comme pour Laurent Ciavatti de l’IFAPE et Rosemonde Savi de TPM : « les ERIC souffrent d’un manque de visibilité de leurs actions réciproques. » Les animateurs ajoutent qu’au sein des structures, il faut davantage « communiquer sur les activités et les compétences des ERIC. » Plusieurs idées sont avancées pour pallier ce manque :

-Mettre en place une signalétique adaptée à l’intérieur des  espaces et à l’extérieur

-Créer une « Fête des ERIC » qui serait l’occasion pour les acteurs de PACA de se rencontrer, d’échanger sur leurs projets

-Développer des  réseaux  d’ « ERIC  spécialisés » par exemple dans l’emploi

-Valoriser les projets via des dispositifs d’affichages numériques dans les Cyberbases

Les trois dernières thématiques ont été moins prolifiques  en terme d’idées ou de projets mais reste néanmoins intéressantes à creuser pour les prochains ateliers. Quelques réflexions et pistes :

-La question des ERIC-mobiles est évoquée par les animateurs avec l’idée d’ « un animateur qui se déplacerait chez les personnes âgées, malades ou handicapées, dans les prisons et hôpitaux, par exemple pour leur donner des cours d’initiation au numérique »  style réunion Tupperware.

-La question de la mobilité des animateurs est abordée avec l’idée de mettre en place des « résidences d’animateurs » dans d’autres ERIC de la région à fin qu’ils étoffent leurs compétences et échangent leurs méthodes.

-Nos résidents proposent aussi l’idée d’une « Cyberbase volante » qui travaillerait sur un mode « One-shot » ou sur des problématiques spécifiques.

-Rosemonde Savi de TPM propose l’idée sur la thématique « ERIC et Créativité/Expérimentation », de généraliser le rôle  des « ERIC comme  lieu d’expérimentation des usages de NTIC dans le cadre de la constitution d’écosystème d’innovation ouvert de type  livinglabs »

Sur la thématique « ERIC et Formation », les animateurs ont fait valoir leur souhait de « monter en compétences » et développer une véritable politique de formation afin de  répondre aux demandes de certains usagers. La question de cours sur un usage « raisonné » des technologies a également  été débattue.

Un pas vers les « usagers-exemplaires » de l’ERIC-Cyberbase

Cet atelier nous a permis de mettre en avant les thématiques porteuses en terme de consensus chez les  acteurs institutionnels et pros. Si la problématique de la visibilité des ERIC-Cyberbases doit être un des axes forts de notre réflexion tant au niveau micro que méso, nous ne devons pas perdre de vue  l’approche « ascendante » de la 27e et le potentiel créatif  des « vrais gens », premiers utilisateurs et critiques de la Cyberbase car nous pensons que c’est de la confrontation des points de vue qu’émerge des projets innovants collaboratifs et pérennes. Mais dans le contexte qui est le nôtre avec des premiers usagers  « volatiles » et peu impliqués, comment faire ? Ce thème est évoqué en « off » à la fin du workshop  et c’est là qu’arrive à point nommé ce que l’on pourrait appeler un « utilisateur-exemplaire »

Habib a travaillé pendant plus de dix ans dans une entreprise de plomberie. Un jour, il est licencié pour raison économique. Pendant plus de trois mois, il cherche du travail et n’en trouve pas. Comme il le dit lui-même : « J’aurais pu tourner mal » C’est à ce moment là que « Momo », animateur, l’incite à participer au projet «  E-tpme » et l’aide dans ses premiers pas de créateur d’entreprise.

Aujourd’hui chef d’entreprise, Habib est un de ces « usagers-exemplaires » que nous nous devons de rencontrer pour mener à bien cette résidence. Nous l’invitons à participer à un atelier créatif lors de notre prochaine semaine de résidence. Il accepte. Nous demandons ensuite aux animateurs de prendre contact avec d’autres « utilisateurs-exemplaires » comme Habib, ce qu’ils s’engagent  à faire. Ouf, l’approche « Bottom-up » est sauve !

L’ ERIC Cyber-base TPM de La Seyne-sur-Mer Berthe entre en résidence, 4e jour: Feedback “Accrochage” et réajustements

Retour sur l’ « accrochage »  de la veille, entre nous, résidents, d’abord et aussi avec les animateurs. Sans satisfecit complaisant, tous ont trouvé que « pour une amorce et une première sensibilisation à la méthode », c’est plutôt une réussite. Bien sûr, « il aurait fallu aussi inviter les assos du quartier » mais le temps nous a manqué et, rétrospectivement, nous pensons que faute de les avoir rencontrées avant, il vaut mieux prévoir une petite « com » à destination des acteurs partenaires pour la seconde semaine qui sera relayée par les animateurs.

Nos designers ont donc fabriqué des petits flyers sympas, avec des photos de l’accrochage du mercredi prises sur le vif. En fait, il s’agit de les inviter à participer à la résidence dans les temps de coopération, d’accrochage, mini événements. Momo, Chéhrazed et Mohamed se chargeront de les distribuer auprès des assos  mais aussi à des figures locales, créateurs, demandeurs d’emploi en phase de création d’entreprise.

Anaïs et Julien ont continué leur carto des acteurs. But du jeu : l’afficher dans le hall d’accueil et inviter les usagers et asso partenaires à la compléter pendant notre absence de 2 semaines. Corinne a assisté à une séance d’atelier de recherche d’emploi, animée par Chéhrazed et poursuivi les entretiens informels.

Puis Julien et Corinne ont rencontré un conseiller général, également attaché territorial chargé de développement économique à la ville de la Seyne-sur-Mer. Plus qu’un « institutionnel », Patrick Martinenq, avec son background est aussi une mine de contacts avec des jeunes, créateurs, personnalités du quartier qui ne fréquentent pas forcément la Cyber-base de Berthe mais qui représentent un potentiel d’initiatives : rappeurs, bloggers, une sociologue née ici et qui a fait un travail sur la mémoire du quartier. Il nous propose une liste de contacts incontournables.

Il nous a brossé aussi sa vision prospective des développements majeurs sur les plans économique et technologique déjà en cours à la Seyne où la Cyberbase pourrait jouer un rôle d’incitation à la prospective participative, en proposant des ateliers citoyens autour des grandes mutations en urbanisme. A suivre…

L’ ERIC Cyber-base TPM de La Seyne-sur-Mer Berthe entre en résidence, 3e Jour : Mise en place d’un dispositif de dialogue inter-acteurs et événement de mi-parcours

Cela fait maintenant trois jours que notre équipe est en immersion dans l’ERIC-Cyberbase de Berthe. Nos objectifs: co-concevoir, en lien avec les acteurs concernés, des projets ou dispositifs adaptés aux enjeux actuels des CBB. Les deux premiers jours ont été consacrés  principalement à la découverte de la CBB, de son environnement et de ses acteurs via l’utilisation d’interviews-portraits des animateurs et des représentants de TPM (Toulon Provence Mediterrannée) ou de l’IFAPE.

Hier, notre équipe de designers a voulu donner de la visibilité à la résidence en détournant le lieu par des dispositifs visuels.  Cette installation a davantage suscité l’attention des usagers de la Cyberbase sur notre démarche.

Des objets frontières, instruments de dialogue inter-acteurs

Pour une plus grande implication des usagers dans la résidence, notre groupe se penche sur la question d’« objet-frontières » capables d’instaurer le dialogue entre l’équipe de résidents, les animateurs, les usagers et les partenaires. A partir du matériau tiré des premiers interviews et des observations, un « dispositif impliquant » est mis en place :

  • Une cartographie sociale des inter-relations de la CBB avec son environnement

  • Une googlemap-like représentant la CBB, les associations du quartier, les usagers et les collectivités

Mais aussi :

  • Des portraits d’animateurs sur le mode du « Story-telling »
  • Une synthèse des thématiques abordées depuis le début de la résidence

Ce dispositif  se veut  être un révélateur des problématiques du lieu et des points d’accords et de tensions. L’ objectif: permettre aux résidents d’approfondir le débat sur le futur de la CBB lors d’un mini-évènement organisé à 17 h. Par nature évolutifs, les outils de ce dispositif seront affichés dans l’espace de la CBB et ouverts aux « hacks » des acteurs du lieu qui pourront pendant les trois mois de la résidence enrichir les réflexions et expérimentations.

Nos deux designers dans une logique « quick and dirty » imposée par le timing serré (une journée) se mettent au travail tandis que le reste de l’équipe s’occupe de la communication et de la logistique de l’évènement avec le concours motivé des animateurs.

L’ERIC- Cyberbase de Berthe est de sortie

Le choix du lieu est important. Les résidents avec l’accord des animateurs decident de faire  « sortir la Cyberbase » et d’installer l’évènement à l’extérieur pour un maximum de visibilité. Les cartographies, portraits et « moodboard » sont accrochés sous les arcades, des tables avec nourriture et boissons sont installées . « Just in time », l’ensemble du dispositif est prêt.

Le mini-évènement est une réussite et a rassemblé une vingtaine de personnes :  représentants  de structures  comme Laurent Ciavatti de l’Ifape ou Rosemonde Savi de TPM, des animateurs de plusieurs CBB, des usagers et des habitants de Berthe intéressés. Les portraits des animateurs accrochés aux arcades et la googlemap-like ont constitué des éléments forts de discussions pendant la soirée et ont permis d’ échanger de façon informelle sur le pourquoi et le comment de la résidence.

Après l’évènement, les résidents organisent un « after » pour débriefer et faire émerger  de nouveaux points de reflexion qui pourraient alimenter le workshop du vendredi matin avec les animateurs et les représentants de l’Ifape et de TPM.

L’ ERIC Cyber-base TPM de La Seyne-sur-Mer Berthee entre en résidence, 2e Jour : Premières observations et portraits

Pour ce deuxième jour de résidence dans l’ERIC-Cyberbase de Berthe, le programme est chargé  pour nos  résidents. Après la présentation par Laurent Ciavatti  et notre première prise de contact avec l’équipe d’animateurs, il est temps pour nous de rentrer dans le vif du sujet.

Un contexte social particulier et des problématiques hyper-locales

Tout l’enjeu de notre démarche orientée sur la participation et la collaboration multi-acteurs pour réfléchir aux devenir des ERIC-Cyberbase, doit passer par une implication forte des utilisateurs des services de la CBB. Or, le contexte particulier de cette résidence rend difficile cette approche.

Edifiée à la fin des années 50 dans le sillage de la reconstruction d’après-guerre et de l’activité navale, la cité de Berthe a vécu jusqu’au déclin de celle-ci, à la fin des années 70, en bonne harmonie.  Le départ des classes moyennes vers les quartiers sud de la ville, le chômage, la concentration de populations d’origine immigrée ont progressivement paupérisé la cité.

Emploi, mixité sociale, insertion, développement économique sont des préoccupations très fortes ici. Les usagers, avec lesquels nous avons pu discuter succintement, sont empêtrés dans leurs soucis et ont beaucoup de mal à prendre du recul pour s’impliquer dans le processus. Ils ne voient pas directement le lien entre notre démarche, la CBB et leurs attentes au quotidien. Comment les impliquer, leur permettre de s’exterioriser et d’imaginer un futur pour leur Cyberbase qui serait aussi transposable pour les autres CBB de la Région ? Voilà notre première priorité.

Les résidents sont dans la place

Cette deuxième journée est placée sous le signe de la visibilité de la résidence  et de l’échange avec les animateurs du lieu. Cette étape est un maillon essentiel vers la création d’un climat confiance avec les publics, acteurs indispensables aux réflexions futures et à la co-construction de projets « bottom-up »

La visibilité de la résidence est donc au coeur de nos préoccupation. Nos designers installent une signalétique pour informer les usagers de la résidence en cours. Ils réalisent un marquage au sol, des panneaux d’affichages, des banderoles et une présentation de l’équipe invitant les usagers à échanger avec nous.

L’espace choisi pour installer notre « QG » est délibéremment au coeur de la CBB au milieu des usagers. La transparence est le maître-mot de notre démarche, un rétro-planning est installé sur le mur ainsi qu’un « mur à idées » accessible à tous.

Petits portraits « made in Berthe »

Face à la difficulté des usagers de se « livrer », nous décidons d’aborder les différentes problématiques du lieu avec les animateurs de la CBB à qui Corinne Ielh demande de se raconter.

Plus que de simples animateurs, Chéhrazed, Mohamed, Germinal, Kais et Momo comme on les appelle ici, sont des figures bien connues du quartier et en connaissent  parfaitement les rouages et les habitants.

Entre les aides à la création d’entreprise, les formations multimédias à destination des enfants, personnes agées et demandeurs d’emplois ou le montage de projets autour du numérique, ils écoutent, conseillent et « connectent » les gens entre eux.  Sans leur  soutien « complice », cette résidence serait une mission très difficile voire impossible à mener.

Petits extraits choisis…

Chéhrazed, spécialiste emploi à la Cyberbase

« Jai fait une licence pro en Management des technologies, et jai été en stage ici, à Berthe dès la création de la Cyberbase. Du coup, jai participé au montage du projet et puis jai été embauchée dans la foulée par lIFAPE. »

« On a passé une convention avec le Pôle Emploi depuis avril 09 et qui court jusqu’à avril 2011. En fait, on faisait ça déjà mais de façon informelle et cette convention nous a permis d’être reconnus pour cette mission. » Dans ses ateliers sur la création de cv par exemple, elle accueille 12 personnes au maximum, ce qui lui permet de développer un rapport plus proche avec ses auditeurs. « Les outils et contenus du Pôle-emploi ? Ils me paraissent complètement inadaptés aux besoins de la population de Berthe : on aménage les documents pour les adapter à notre population. »

Seule femme de l’équipe, elle s’assume complètement mais regrette le manque de présence féminine dans l’espace. « Ben, oui, ici je suis la seule femme et il faut bien dire qu’il n’ y en a pas beaucoup dans la cyberbase même si c’est le jour et la nuit par rapport au départ » Pour elle, il faudrait un espace plus convivial, avec un petit salon, du café, un coin plus accueillant pour les faire venir…

Kais Tayari, chef de projet FEDER

Arrivé il y a 6 mois à la cyberbase, Kaîs est chef de projet FEDER (Fond Européen de développement régional) et monte un projet de plateforme web de recherche et d’offres d’emploi type Pôle Emploi. « Le site de Pôle Emploi n’est pas adapté à ceux qui maîtrisent peu l’outil informatique, l’idée est de faire un site plus simple, plus accessible et hyper-local »

Pour lui, les problèmes majeurs que rencontre la cyberbase actuellement sont ceux de la fidélisation des publics et l’image qu’elle renvoie: « Les gens viennent ici, tissent des liens mais ne font rien de plus en dehors. Ils fréquentent l’espace comme une administration, dans une logique one-shot »

La question de la mixité des publics est aussi une de ses préoccupations, «  Il faut faire venir des gens du reste de la ville dans le quartier. A part les personnes envoyées par le Pôle Emploi, il n’ y a personne qui vient d’en dehors du quartier »

Mohamed Boumetloua, spécialisé dans les partenariats et les relations extérieures

Présent sur le quartier de Berthe depuis une dizaine d’années où il a travaillé comme animateur socio-culturel pour l’association Nelson Mandela, Mohamed est aussi animateur dans la cyberbase depuis son ouverture en 2007. Infographiste de formation, ce jeune homme enthousiaste, rêve d’une cyberbase comme d’un véritable centre de ressources où « l’on rentre pour une chose et on en ressort avec 10  »

Très impliqué dans la vie de Berthe, il pense la cyberbase comme une plateforme physique et virtuelle permettant de mettre en contact des personnes qui sans elle ne se seraient jamais rencontrés : entrepreneurs et chercheurs d’emplois, étudiants et personnes agées, hommes et femmes…

L’avenir de la cyberbase, il le voit comme une maison de services avec des formations en e-administration données par le Pôle emploi ou la Caf  voire comme un véritable « centre de formation du numérique »  Mohamed croit beaucoup dans une CBB-mobile « qui se déplace chez les gens » car il pense qu’il y aurait une « forte demande des publics captifs de leurs appartements comme les personnes agées, malades ou handicapées. »

Mohamed Bejaoui, figure emblématique de Berthe et animateur

« Momo » est une figure du quartier de Berthe. Dès 1998, c’est lui qui amene internet dans le quartier en créant un cybercafé. Il a parallèlement travaillé comme animateur spécialisé en informatique dans les écoles. Quand la cyberbase de Berthe a été créé, le choix de son recrutement s’est fait tout naturellement pour l’IFAPE.

« Les activités de la Cyberbase tournent surtout autour de l ’emploi et des retraités : on les initie à l’internet pour la recherche d’emploi, la création de boîtes mail etc , ou encore pour les retraités à la retouche photos ou la rédaction de billets. »

Pour Momo, l’accès à internet  s’est globalement démocratisé. Aujourd’hui, les jeunes ont souvent un ordinateur à la maison mais c’est le problème des compétences et de l’utilisation du numérique qui se pose: « Les jeunes utilisent msn, youtube ou facebook mais lorsqu’ils doivent envoyer un cv par mail, ils sont largués car il ne savent pas créer un cv, certains même utilisent des adresses mail complêtement fantaisistes du type scarface@gmail.com »

La question des femmes et des NTIC est une question compliquée ici: « certaines (agées) ne savent ni lire ni écrire et avant de se servir du numérique, il faut d’abord leur apprendre à parler la langue » Elles ne sont pas pour autant exclues du dispositif: «  on travaille avec les femmes…par ex, pour la retouche de photos, on travaille avec le centre social Nelson Mandela. On préfère aussi passer par des associations, comme Femmes dans la cité. » Pour Momo, il ne faut pas faire des femmes une marchandise du genre : « tiens on va faire des choses juste pour elles ! Faut pas faire de discrimination positive »

La richesse du matériau produit par les portraits va permettre à  nos résidents de mettre en exergue les premières problématiques du lieu, points d’accords et de tensions  et les différentes pistes de réflexions sur ce que pourrait être le futur d’une cyberbase. Au programme demain: Cartographie sociale des acteurs, représentation spatiale de la CBB de Berthe et mini-évènement avec présentation des premières observations.



L’ ERIC Cyber-base TPM de La Seyne-sur-Mer Berthe entre en résidence, 1er Jour: Arrivée et premiers contacts

C’est dans l’ERIC-Cyberbase de Berthe à la Seyne-sur-mer que s’installe la 27e Région et ses résidents composés de Corinne Ielh, Sociologue, Léo Guinard, étudiant en science de l’info-com et Julien Defait, Anaïs Triolaire designers.

Avant d’en venir au pourquoi ou au comment de cette résidence, un topo bref et nécessaire s’impose: Que sont une Cyberbase, un espace publics numériques ou un ERIC (Espaces régionaux internet citoyen)? Il s’agit de labels (NetPublic pour l’Etat, ERIC pour la Région PACA etc…) qui recouvrent une seule et même volonté des pouvoirs publics depuis le développement  d’internet : celle de lutter contre la fracture numérique via des structures d’accueils adaptées. Leurs missions: initier et aider les citoyens dans leurs pratiques du numérique.

Dans les années 2000, la problématique principale de ces Espaces publics numériques etait de permettre aux populations un accès le plus large possible aux technologies avec la mise à disposition des outils nécessaires comme des ordinateurs, des connexions internet. Avec le développement extraordinaire de la Société de l’information et la démocratisation de l’usage d’internet la donne a changé. Cela implique une nécessaire remise en cause des approches et des missions de ces espaces.

Les objectif de la résidence ?

– Co-esquisser  avec les collectivités, associations de quartier, animateurs et publics-usagers, le futur de ces espaces publics numériques.

-Expérimenter de nouvelles pistes plus en phase avec les  désirs et  besoins de ses utilisateurs.

-Essaimer les pistes dégagées dans  cette résidence  dans d’autres espaces ERIC de la région.

Présentation de l’ERIC-Cyberbase de Berthe et contexte de la résidence

Dès notre arrivée, nous sommes chaleureusement accueillis par l’équipe composée de quatre animateurs et un chef de projet. Nous sommes ensuite reçus par Laurent Ciavatti, coordinateur des ERIC-Cyberbases pour l’IFAPE (Association spécialisée dans la formation, l’emploi, l’éducation qui regroupe 5 Cyberbases dont celle de Berthe) Il nous présentent la Cité de Berthe, la  « CBB »  ( pour Cyberbase) et ses missions.

La CBB est implanté au coeur de la cité de Berthe à  la périphérie de la Seyne-sur-Mer. Crée en 2007, grâce au soutient fort de la Région Provence Alpes Côte d’Azur, Toulon Provence Mediterrannée (TPM), la Caisse des dépôts et consignations et l’IFAPE. Cette CBB est la deuxième de France par sa superficie et son parc d’ordinateurs.

« Dans un quartier en pleine réhabilitation où vivent plus de 2000 habitants dont 40% au chomage, les missions de la CBB vont au delà de la simple initiation au numérique et à internet. » Pour Laurent Ciavatti, « emploi et développement économique via les TIC sont aujourd’hui  deux vecteurs forts du redéploiement du rôle des ERIC sur les territoires .» La CBB développe toute une série d’ateliers  transversaux « e-emploi » et « e-entreprise » qui vont de la prise en main de systèmes d’exploitation comme Windows jusqu’à la réponse à un appel d’offre en ligne, en passant par l’utilisation de suites bureautiques.

L’exemple du projet E-tpme est emblématique de cette nouvelle politique « du faire émerger, les entrepreneurs qui s’ignorent. » Ce projet mené par la CBB se veut un accompagnement de micro-projets un appui à la fois technique, stratégique et relationnel pour les tpe et pme, sur la zone. Dans les « tuyaux » de l’IFAPE, d’autres projets sont en cours: un projet de micro-crédit en partenariat avec Planète Finance ou encore le projet d’une plateforme web pour favoriser la rencontre entre demandeurs d’emplois et entrepreneurs sur Berthe.

Il reste pour Laurent Ciavatti des manques à combler comme, entre autres, le problème de la mixité des usagers, le manque de liens entre les associations du quartier ou le problème de la visibilité  des lieux et des actions de la CBB.

Le reste de la journée est consacré à l’installation physique de nos résidents au sein de la CBB, à la prise de rendez-vous avec les animateurs et aux premiers contacts informels avec les publics.