Archives de Catégorie: Résidence au lycée Gabriel Fauré à Annecy – Habiter le lycée

mars à mai 2010

Fin de la résidence au lycée Gabriel Fauré: premier bilan

Nous touchons à la fin de la résidence de la 27e Région au lycée Gabriel Fauré d’Annecy. C’est l’heure d’un premier bilan sur les réalisations et sur la poursuite des projets au-delà de la résidence.

Le kit de speed dating

La fabrication du kit speed dating

La première réalisation des résidents consiste en un kit de speed dating pour lycéens. Il contient des t-shirts pour le staff, un sifflet, un chronomètre, des plots, une ligne de démarcation, un fanion et un mode d’emploi. Il est mis à disposition des élèves dans le bureau de la vie scolaire de l’internat. Les objets ont en eux-mêmes un fort pouvoir de transmission. La matérialité du kit devrait favoriser l’appropriation de l’idée du speed dating par les élèves et le personnel du lycée. C’est en soi un dispositif très simple, et le kit permet de le mettre en place en un clin d’œil à la récréation ou à la pause déjeuner. C’est l’exemple parfait du type de micro action que nous préconisons.

Kit speed dating

Le projet de signalétique poétique et critique

Le projet de signalétique poétique a été prototypé et testé avec une classe et son professeur de français. Lors de cette expérimentation, les plaques de rues avaient été figurées par des feuilles de papier. Il s’agissait alors de tester la capacité des élèves à identifier des espaces spécifiques dans l’établissement et à les renommer. Cet atelier d’écriture poétique a encouragé les élèves à s’interroger sur leur perception du lycée. L’action d’aller rebaptiser chaque couloir en accrochant une plaque de rue a renforcé leur sentiment d’appropriation des lieux.

Pour que le projet se poursuive, il faut désormais passer à la réalisation des plaques de rues en bois. Cela représente un budget peu élevé et l’équipe de la maintenance du lycée a les outils et les compétences pour le réaliser. Mais l’impulsion doit venir de la direction pour que l’intendance fasse partir un devis. Or, le proviseur, à qui le projet a été soumis, ne l’a pas rejeté mais n’a pas pour autant dit qu’il allait le mettre en œuvre.

Le trombinoscope : rendre visible les invisibles

Le trombinoscope a été une expérimentation lancée en fin de deuxième semaine et a reçu un accueil mitigé. Les élèves n’ont pas immédiatement perçu l’enjeu de cette représentation commune de l’ensemble des « habitants du lycée », visibles et invisibles, des lycéens jusqu’aux agents. Pourtant, en fin de troisième semaine, on voit encore quelques élèves s’arrêter devant le trombinoscope. En revanche, au regard des photos émouvantes que nous avons prises des agents techniques traversant en groupe le hall du lycée pour venir regarder le trombinoscope, on peut dire que ce travail de représentation a produit quelque chose : une émotion, un événement, et peut-être plus ?

Le micro : vers un partage de la parole entre administration et lycéens

Le micro dans le bureau de la vie scolaire

A la suite des débordements qui ont suivi l’expérimentation du micro dans le hall, le dispositif a été déplacé dans le bureau de la vie scolaire. Le contenu et la fréquence des messages a été entièrement modifié par ce déménagement. Nous avons entendu, uniquement au moment des pauses, des appels pour s’inscrire à la soirée des terminales et pour donner des vieux meubles pour aménager le foyer. Seulement, le micro utilise pour le moment la ligne téléphonique d’une CPE en congé maladie. Un autre CPE suggère de rendre disponible la ligne dont se sert le bureau de la vie scolaire aux élèves, du moment qu’il s’agit de messages informatifs ou créatifs. Il aura donc fallu que nous installions un micro dans le hall pour faire évoluer certains usages. Quoiqu’il en soit, l’expérimentation de mercredi n’aura pas été vaine : elle a révélé le besoin qu’ont les élèves de s’exprimer. Entendre les élèves se souhaiter leur anniversaire ou le souhaiter à un surveillant introduit plus d’humanité et de quotidienneté dans l’établissement.

Le projet du foyer : évoluer vers des protocoles de micro action

Myriam à la réunion chantier

Le projet du foyer, comme expliqué dans le billet précédent, est désormais dans les mains d’une CPE, Myriam. C’est la transformation de l’association du Foyer Socio-Educatif en Maison des Lycéens qui est à l’origine du réveil du projet d’aménagement du foyer. Un professeur très investi dans le FSE et qui est à l’origine de la journée Kulte partage sa perception de la réunion du 20 mai, dédiée à l’aménagement du foyer. Au contraire de Myriam, il ne croit pas que ce changement de nom du FSE va changer quoi que ce soit. En revanche, il est convaincu par le protocole de micro action que nous avons proposé. « C’est fou ce que les élèves sont procéduriers » dit-il. « Il y a ce mythe d’un protocole administratif qui donnerait la bataille gagnée d’avance. » Il est maintenant convaincu que l’important est de faire venir les élèves dans le foyer pour que le processus d’aménagement s’enclenche : « On habite les lieux avec plus de pertinence au bout d’un certain temps. » Il reconnaît aussi que Kulte a placé la barre de la conduite de projet très haut, au risque de couper le lien avec les élèves susceptibles de se l’approprier. Des actions plus modestes et ponctuelles peuvent susciter des envies. « On a un protocole qui est né de votre passage » conclue-t-il.

Une conclusion mitigée

Alors que nous nous apprêtons à partir, nous sommes assez brutalement confrontés à la réalité du lycée Gabriel Fauré. La direction aura été peu à l’écoute et n’a garanti la réalisation d’aucun de nos projets qui, dans un autre contexte, auraient pu être mis en place très rapidement car ils demandent peu d’argent et peu de savoir-faire. La signalétique comme le trombinoscope restent en suspens.

Arrivés au lycée par l’intermédiaire d’un professeur de philosophie frondeur et atypique, fatigué de se heurter aux blocages administratifs qui accompagnent chaque projet, nous avons été confrontés aux mêmes difficultés. Nous espérons que la poursuite de la discussion avec la région Rhône-Alpes prolongera le travail accompli pendant la résidence.

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Gérer le foyer du lycée comme une auberge espagnole

Une réunion sur l’aménagement du foyer

Voilà plus de trois ans que le foyer destiné aux lycéens de Gabriel Fauré est laissé dans un état d’abandon. Les élèves n’y viennent pas et pour cause : le lieu est sans âme, parsemé de chaises en bois dur, et, paraît-il, il y fait très froid l’hiver. De surcroît, le lieu se trouve à l’écart des flux de circulation les plus importants du lycée.

Une CPE de l’établissement, Myriam, a décidé de s’emparer du problème. Elle convie les résidents de la 27e Région à participer à une réunion sur l’aménagement du foyer, en présence des représentants du CVL, ceux du FSE, des professeurs principaux de seconde, du proviseur adjoint et des élèves d’arts plastiques qui ont travaillé à des projets d’aménagement du foyer.  Nous profitons de cette occasion pour exposer notre projet pour le foyer auquel nous avons longuement réfléchi.

Notre proposition : responsabiliser les lycéens

David raconte son expérience d'aménagement des toilettes du lycée

A travers la référence au film L’Auberge Espagnole, nous proposons de gérer le foyer comme une colocation. Cette proposition est née du constat que le foyer doit répondre à des attentes parfois contradictoires de la part des étudiants et lycéens. Les élèves de BTS veulent un lieu où déjeuner. Les lycéens veulent un lieu confortable où se détendre. Les salles de musique étant adjacentes au foyer, il faut également tempérer entre le bruit que font les élèves en pause et le bruit des instruments de musique. La colocation implique l’idée de cohabitation mais aussi de responsabilité. Si je suis locataire d’un espace, j’ai certaines responsabilités : je l’aménage et je l’entretiens. Dans une colocation, personne ne décide de l’aménagement global de l’appartement, mais chacun apporte ses meubles et le tout s’organise dans un joyeux désordre.

Nous proposons un moyen concret d’initier la colocation : doter chaque classe d’un chèque cadeau de 20 euros destiné à l’achat d’un meuble ou d’un élément de décoration ou de n’importe quel objet destiné au foyer. Si une classe souhaite acheter un objet plus coûteux, elle doit s’organiser avec d’autres classes. Les délégués seraient responsables, avec le prof principal, d’organiser la délibération entre les élèves.

La prise de décision collective, une utopie ?

Première réaction d’une élève de Première L « Le collectif, c’est une utopie. C’est toujours un petit groupe de personnes qui prend les décisions. » Derrière notre proposition, il y a la volonté de faire participer même les élèves qui n’ont pas l’habitude de s’engager dans des projets. Investis de la responsabilité de décider quoi faire avec leur dotation, l’ensemble des élèves serait de fait confronté à la question de l’aménagement du foyer. Nous touchons ici à une question centrale : faut-il impliquer tous les lycéens ou seulement les élèves les plus motivés dans le processus de décision concernant l’aménagement du foyer ?

La professeure d’arts plastiques quant à elle insiste : « Il faut d’abord aménager ce lieu pour qu’on puisse y habiter » Mais ce point est discutable. Faut-il aménager le lieu pour faire venir les lycéens ou faire venir les lycéens puis aménager le lieu ? Notre proposition part du principe qu’il faut d’abord mobiliser les lycéens, et que les questions d’aménagement se règleront dans la foulée.

La professeure d'arts plastiques partage son point de vue

Selon le proviseur adjoint, « en hiver, le foyer est vide car il y fait très froid. On ne pourra jamais rien faire tant qu’il ne sera pas mieux isolé. C’est par là qu’il faut commencer. » Romain, designer de la 27e Région, intervient. « Il y a trois catégories : ce qui relève du gros œuvre (isolation), ce qui relève du matériel (meubles, lampes…) et ce qui relève de la décoration (peintures, cadres…). Toutes sont importantes mais il faut choisir par laquelle commencer ». Par exemple, si de plus nombreux élèves investissent le foyer, la demande pour engager des travaux d’isolation auprès de l’administration sera plus pressante.

Privilégier le mode opératoire plutôt que le résultat

Les élèves d'art plastique montrent leur projets d'aménagement du foyer

Cette discussion met en lumière les différentes façons comment la démarche de la 27e Région diffère de la façon dont les problèmes sont généralement abordés au lycée. Les élèves d’arts plastiques montrent leurs projets d’aménagement du foyer. L’un a conçu un projet sur le thème du western, l’autre a développé le thème du home sweet home…ce sont des projets qui s’attachent avant tout à définir des univers décoratifs cohérents. Les professeurs comme les élèves présents sont d’ailleurs tous préoccupés davantage par l’aménagement final que par la recherche du levier qui permettra de démarrer la mise en œuvre du projet. Des élèves de seconde proposent « Il faut des canapés. Il faut jouer sur les lumières. ». Mais ce ne sont pas les projets d’aménagement qui manquent. Ce qui fait défaut, c’est de comprendre comment passer à l’action.

C’est pourquoi notre proposition propose un mode opératoire et non un projet d’aménagement de l’espace. Il cherche à définir comment amener les lycéens vers une gestion autonome du foyer, sans se prononcer sur le choix des meubles ou le découpage de l’espace. Difficile de trouver un compromis entre les deux démarches qui pourtant ne sont pas incompatibles. Mais Miriam, la CPE, est décidée à guider les élèves vers un travail collectif.

Un micro mis à la disposition des lycéens dans le hall de l’établissement

« Composez le 313 et adressez-vous à tout le lycée. À n’utiliser qu’en dehors des heures de cours. »

Installé en fin de journée mardi, le dispositif du micro était prêt aujourd’hui pour l’arrivée des lycéens vers 7h30. L’idée à l’origine de ce projet était de faciliter l’expression des lycéens en mettant à leur disposition un micro. Initialement, le projet avait été conçu avec une seule règle « À  n’utiliser que pour le bénéfice de tous. » Finalement, le dispositif consiste en un téléphone posé dans le hall contre un pilier soigneusement recouvert de papier kraft d’un bleu éclatant, accompagné d’une affichette disant simplement « Composez le 313 et adressez-vous à tout le lycée. À n’utiliser qu’en dehors des heures de cours. »

Le micro dans le hall du lycée

Arrivés tôt ce matin, nous observons les lycéens qui traversent sans se presser le hall pour gagner leurs salles de cours. Aucun ne semble remarquer le micro. Mais alors que nous sommes en train de prendre notre petit déjeuner à la cantine, nous entendons tout d’un coup les trois notes qui comme dans un aéroport indiquent qu’une annonce va être diffusée. Puis une voix jeune qui entonne « Je ne veux pas travailler » de Pink Martini. Le chant est joli, le timing judicieux. Nous observons du coin de l’œil les surveillants sourire. Le dispositif promet de bien fonctionner.

« Allo ? Allo ? Allo ? »

Très vite, le signal d’aéroport recommence et l’on entend une voix juvénile annoncer « Nadine est attendue à l’accueil. » Bon. Pourquoi pas. Le signal encore, puis des rires étouffés. Encore des rires. Encore un message qui réclame que Guillaume ou Léa ou Julie gagne le hall immédiatement. Plus tard, au moment de la récré, un groupe de filles utilise le micro pour souhaiter l’anniversaire d’une amie. Nous sommes loin des communications sur des concerts ou autres évènements que nous avions espérés, plus loin encore des messages poético-politiques que je m’étais laissée aller à imaginer. Mais dans l’ensemble, malgré quelques fous rires, quelques « Allo ? allo ? allo ? », les lycéens semblent apprivoiser l’outil.

Jean-Sébastien Poncet en embuscade dans la loge

Une réaction hostile

Après la récréation, alors que les élèves sont retournés en cours, je me fais alpaguer par un membre du personnel du lycée: « Vous êtes bien de la 27e Région ? Vous demandez souvent l’avis des gens, non ? Et bien moi, je vais vous donnez mon avis sur la 27e Région : Vous n’avez rien à faire ici. »  Alors que je le presse pour obtenir plus d’explications, il répète « Nous n’avons rien à nous dire, je vous l’ai dit, la 27e Région n’a rien à faire ici. » Je pressens que le micro n’est pas pour rien dans cette agressivité soudaine quand il lâche « Vous et moi, nous ne faisons pas le même métier. Moi, je travaille, vous… » Voilà, c’est dit. Lui, à longueur d’années, il travaille à contenir les lycéens, et nous, à peine arrivés, nous ouvrons les digues.

La bérézina

Il me semble que c’est à partir de là, comme pour lui donner raison, que les lycéens ont commencé à se servir sans interruption du micro pour des messages de moins en moins audibles et de plus en plus déconcertants. Un terminale colle son téléphone au micro pour partager un morceau de rap qu’il aime bien, mais on n’entend qu’un grésillement. Une élève annonce « Je t’aime. » Avant de conclure « Va te faire foutre Chloé. » Une autre encore « Je veux pas aller en chinois. Le chinois, c’est de la merde. » A chaque message, ces trois notes d’aéroport, aigues et intrusives. Les messages se suivent à intervalles resserrés alors que des cours ont lieu au même moment. À chaque débordement, nous nous sentons de plus en plus démunis face à la manière dont les lycéens se sont emparés du micro pour un usage que nous n’aurions pas imaginé.

Des lycéennes hésitent près du téléphone-micro

Encore un coup du 27e bataillon

Après la pause déjeuner, je me poste avec Marie-Claude, une sociologue qui nous rend visite, dans un coin du hall. J’observe des lycéens tourner autour du micro sans se décider, tandis que d’autres s’en emparent sans hésiter une seconde. J’interroge Walid, qui monopolise depuis un certain temps le micro, sur ce qu’il pense du dispositif « Ah, vous êtes du 27e bataillon ? Vous posez beaucoup de questions. » Je lui répète que nous sommes La 27e Région, mais il persiste, nous sommes « le 27e bataillon », et nous lui sommes sympathiques. Pour lui, l’installation du micro est un geste politique : nous offrons aux lycéens le moyen de la confrontation. Le contenu des messages n’est pas remarquable, mais leur fréquence, leur énergie, témoigne d’un désir très vif de transgression.

Des lycéens diffusent de la musique via le téléphone micro

Une jeune fille avoue avoir eu beaucoup de plaisir à entendre sa voix résonner ainsi dans tout le lycée. Pourtant, au début, elle pensait que c’était une installation des élèves d’art plastique et n’avait pas idée que son message allait être diffusé. Faudrait-il alors rajouter plus d’explications et des mises en garde du type « Pas d’insultes » ? « Surtout pas, ca pourrait nous donner des idées » prévient-elle.

La possibilité d’un apprentissage citoyen ?

Malgré les perturbations inattendues et presque continues provoquées par le micro, nous décidons de pousser l’expérience jusqu’au bout. Cette décision est le fruit d’une concertation entre les résidents. Nous le le débrancherons pas. Au bout de quelques jours, quelques semaines, croyons-nous, les lycéens vont apprendre eux-mêmes à s’en servir. Le proviseur n’aura pas eu cette patience. Le micro disparaît au cours de l’après-midi, sur sa décision.

Il se laisse cependant convaincre de le réinstaller, mais cette fois-ci dans le bureau de la vie scolaire. Lui aussi croit que ce dispositif peut être l’outil d’un apprentissage citoyen. Sous le regard des surveillants, les lycéens auront peut-être un usage plus réfléchi du micro.

Le test d’aujourd’hui aura été riche d’enseignements. La démarche de la 27e Région peut être mal perçue par certains usagers du lycée. Venus de l’extérieur, sans expérience du lycée, avec une démarche résolument créative, les résidents s’imposent et bouleversent. Mais cette façon de fonctionner à tâtons, en restant en permanence à l’écoute des habitants du lycée, sans craindre de proposer des projets qui ne trouveront pas leur forme idéale d’emblée, a la capacité de réveiller l’envie d’expérimenter au lycée.

Prototypage du projet de signalétique poétique : une expérimentation avec la classe de seconde 11

L’enjeu : renforcer le sentiment d’appropriation des lieux

M.Duport, professeur de lettres, nous invite à participer à son cours avec la classe de seconde 11 pour mettre en œuvre le projet de signalétique poétique, qui consiste à faire écrire aux élèves, sur des plaques de rues en bois peintes à la peinture à craie, des noms de rues imaginaires. L’enjeu de ce dispositif est de matérialiser le lien des élèves à l’établissement et de renforcer le sentiment d’appropriation des lieux. C’est aussi une façon de caractériser visuellement des espaces scolaires relativement uniformes.

Les résidents travaillent avec la seconde 11 et leur professeur de lettres

Nous expliquons aux élèves : C’est un peu comme si vous étiez le maire de la ville, et que vous deviez nommer les lieux pour qu’on puisse se repérer ». A la question « Avez-vous des expressions bien à vous pour parler de certains lieux du lycée, comme le hall, la cantine, certains couloirs ? », peu de réactions se font entendre. Nous cherchons à les guider : « Quand tu es à la cantine, qu’est-ce que tu ressens ? Faire la queue, c’est un peu fastidieux non ? » Mais leur enseignant habitué à gérer sa classe, organise immédiatement les cadres du travail collectif. Par groupes de trois, les élèves cherchent des expressions pour qualifier une sélection de lieux. Ensuite, chaque groupe lit ses trouvailles et les écrit au tableau.

Les élèves travaillent en groupes

Des noms de rues imaginaires

Les élèves suggèrent de renommer la cantine, « Place de la Nécessité » ou « Place du Marché ». Le coin fumeur devient la « Rue Gainsbourg ». Le couloir de maths provoque la controverse : « C’est la Rue de la Perdition ! » « La Rue sans Issue »  tandis qu’une élève s’oppose « C’est la Rue de l’Amour ». Mystérieux. Le bureau de la vie scolaire est unanimement condamné « C’est le commissariat », la « Rue de la Fin, parce que quand t’y vas, c’est la fin de tout et le début des problèmes. » Ici, M.Duport suggère que nous laissions la vie scolaire en dehors de l’exercice.

Les élèves inscrivent leurs trouvailles au tableau

Accrochage des panneaux de rue dans le lycée

Les élèves s’accordent sans trop de peine sur les noms de rue qu’ils souhaitent retenir. Chaque groupe se charge de dessiner sur une feuille blanche un panneau de rue temporaire, et nous partons pour un tour du lycée. Le choix de l’endroit où accrocher le panneau est à chaque fois médité et discuté. Tout le monde s’accorde sur le fait qu’il faut un endroit bien visible, mais qui respecte la signalisation des rues traditionnelles. Alors que nous sommes en train de baptiser la cantine, nous rencontrons le chef cuisinier, qui s’enthousiasme. Il avait fait des jeux similaires quand il travaillait en colonie de vacances « Pour sécuriser les gamins qui avaient peur d’aller d’un endroit à l’autre, on rebaptisait les lieux. Vous pourriez changer le nom de la cantine selon le menu ! Restaurant italien par exemple ! »

Les toilettes sont rebaptisées Place du Soulagement

Quelle suite au prototype ?

Quelle suite pour ce prototype ? La réalisation des plaques de rue est simple, et nous allons voir jusqu’à quel point les porteurs de projets potentiels veulent porter l’expérimentation.

Le choix de l'emplacement, une décision collective

Coup d’envoi de la troisième semaine de résidence au lycée Gabriel Fauré d’Annecy

De la conception à la réalisation des projets

Aujourd’hui commence la troisième et dernière semaine de résidence au lycée Gabriel Fauré d’Annecy qui aura lieu du 17 au 21 mai 2010. Cette semaine doit voir la mise en œuvre de réalisations concrètes. Les résidents vont aussi s’efforcer de transmettre à des potentiels porteurs de projet le désir de faire aboutir des chantiers sur le long terme.

A l’occasion de la réunion inter-résidences qui a eu lieu la semaine dernière à la Cantine avec l’équipe de la 27e Région, les résidents ont sélectionné, parmi la dizaine de projets ébauchés au cours des semaines précédentes, quatre projets qu’il paraît ambitieux – mais réaliste – de mettre en œuvre cette semaine. En fin de semaine, nous serons en mesure de présenter certaines réalisations achevées, tandis que d’autres seront simplement scénarisées et traduites dans un cahier des charges. Nous laisserons aux porteurs de projets le choix de les finir.

Affichage sur la réunion publique du mardi 18 mai

Qui osera inaugurer le micro?

Parmi les projets que les résidents souhaitent réaliser cette semaine, se trouve l’installation d’un micro destiné à ce que chacun s’exprime, installé dans la loge. Il faut installer une ligne téléphonique indépendante du standard du lycée pour que le micro fonctionne. Les deux designers rencontrent l’intendant du lycée pour aborder les questions de câblage.

Que mettre dans le kit de speed dating?

Le speed dating que nous avions organisé lors de la deuxième semaine de résidence au Pâquier avait eu beaucoup de succès auprès des lycéens. Certains avaient même exprimé le désir de reproduire ce dispositif au sein même du lycée, durant la pause. Les CPE et surveillants de l’internat ont aussi imaginé utiliser ce moyen pour favoriser l’intégration des élèves durant les premières semaines après la rentrée pour favoriser l’intégration des élèves. Les résidents décident de concevoir et de réaliser un kit du speed dating lycéen, comprenant t-shirts pour les organisateurs, sifflet, chrono et un petit guide d’utilisation.  Ce projet est motivé que les objets possèdent un fort pouvoir d’incitation et de transmission.

La signalétique poétique en voie de réalisation

Les résidents vont aussi mettre en œuvre une partie de projet de signalétique dans le lycée. Il s’agit d’inscrire des panneaux de rue en bois peints à la peinture à craie pour que les lycéens inscrivent leur propre terminologie descriptive du lycée. Ce procédé simple devrait être un vecteur fort d’appropriation du lycée. Il pose cependant de nombreuses petites questions de réalisation : quelle couleur pour la peinture ? Faut-il imiter la forme des panneaux de rue ou choisir une forme moins mimétique et contraignante ? La signification du projet en est-elle alors modifiée ? Où stocker les craies ? Un professeur de lettres s’est déjà emparé de ce projet. Il a fait travailler sa classe de seconde sur des inscriptions possibles selon les thématiques du programme, comme par exemple le romantisme. Ces mêmes élèves ont eux-mêmes proposé de rédiger une charte d’utilisation du micro.

Pérenniser le projet test du trombinoscope?

Le trombinoscope était le projet test proposé en fin de deuxième semaine de résidence : il donnait à voir un inventaire des différentes catégories d’ «habitants » du lycée et était composé de toutes les photographies qu’il avait été possible de rassembler en mêlant trombinoscope et shooting sauvage. Les résidents l’ont retrouvé abîmé, griffonné – signe qu’il n’a pas laissé indifférent. Faut-il le pérenniser sous une forme plus durable ? Mathieu, élève en terminale, a aimé l’idée. Mais il regrette que la plupart des élèves aient simplement constaté l’apparition du trombinoscope sans s’interroger sur sa signification. « C’est incroyable l’inertie des élèves ici ! » s’exclame-t-il.

Le trombinoscope deux semaines après son installation

La plupart des projets survivront à notre résidence au lycée sous forme scénarisée. Il faut donc aussi les développer, les approfondir, les tester – en somme, concevoir un cahier des charges. Projets, préconisation, réalisations,  l’équipe des résidents naviguera cette semaine entre différents formats et différents outils, avec en ligne de mire la volonté d’initier une dynamique de changement durable, d’offrir des modes d’action et des réalisations concrètes.

Projet test: Le trombinoscope géant

Jeudi a eu lieu la journée Kulte au lycée Gabriel Fauré. Nous profitons de ce contexte particulier pour tester un projet que nous caressons de puis plusieurs jours : installer un trombinoscope géant dans le hall d’entrée du lycée.

Les invisibles du lycée

Ce projet est né de plusieurs constats. Le lycée Gabriel Fauré abrite 2242 habitants. La plupart ne se connaissent pas. Philippe Ducrey, CPE, nous a confié qu’il ne connaissait pas tous les professeurs, or il a souvent besoin de les rencontrer pour discuter du cas d’un élève. « C’est un peu gênant de débarquer en salle du personnel à la recherche de tel ou tel enseignant sans moyen de l’identifier. » Les élèves se plaignent aussi de ne pas se connaître entre eux – « Ce n’est pas facile de rencontrer des gens à Fauré » entend-t-on souvent. Enfin, plusieurs membres du personnel, notamment le chef cuisinier et le chef des travaux, dénoncent l’invisibilité à laquelle sont cantonnés les agents techniques et de nettoyage. Le trombinoscope peut pallier le problème de visibilité dont souffrent certaines catégories d’habitants du lycée et renforcer le lien à travers la communauté lycéenne. Pour nous, il répond aussi à un besoin de rendre visible les liens entre le territoire du lycée et les destins individuels qui le traversent.

Le processus de fabrication

Installation du trombinoscope près du bureau de la vie scolaire

Pour recenser le nombre d’habitants, l’équipe des résidents s’adresse aux CPE, à l’intendance, à l’administration, au chef des travaux, mais aussi au secrétariat du CFA. Le bureau de la vie scolaire transmet les trombinoscopes dont il dispose, soit un ensemble de photographies très incomplet. Jean-Sébastien y ajoute des photographies d’agents et de surveillants prises dans l’après-midi.

Le trombinoscope géant se compose de plusieurs petits trombinoscopes et de feuilles blanches qui représentent ceux qui ne sont pas en photo. Il est légendé ainsi : « Il y a 2242 habitants au lycée Gabriel Fauré. Dont beaucoup d’invisibles. » Vers 20h, nous l’accrochons dans le hall principal, près du bureau de la vie scolaire.

Des réactions diverses

Le lendemain matin, lorsque les élèves arrivent, nous guettons les réactions.  Que pensez-vous du trombinoscope leur demandons-nous? Les réponses sont mitigées « C’est bien, ça me permet de voir des têtes que je ne connais pas » ou encore « Il faut que j’aille passer mon oral d’espagnol mais je compte bien retourner voir le trombinoscope ». Certains élèves de STG sont enthousiastes « Si on n’était pas en terminale on aurait aimé participer à cette initiative ». Certaines élèves qui attendent le début des cours assises sur un banc en face du trombinoscope sont plus réservées « – Qu’est ce que cela vous fait de vous voir en photo sur les murs du lycée ? – Bah, c’est pas très important. Les seuls qui cherchent notre photo sont ceux qui nous connaissent déjà. » « C’est bien, mais c’est dommage qu’il soit en noir et blanc car on ne reconnaît pas tout le monde. » « Ca ne me fait rien de me voir sur les murs du lycée. » Qui sont d’après eux les « invisibles » du lycée ? « Tous, ceux qu’on ne connaît pas et qu’on ne connaitra pas. »

Quant aux élèves qui ne sont pas représentés sur le trombinoscope, voudraient-ils rajouter leur photo ? Florian est catégorique : « Non. Je suis trop populaire. Tout le monde me connaît déjà. »

Il n’empêche, à l’heure de la récré, le trombinoscope provoque un embouteillage. « C’est quoi ce bordel ! », « Tu crois que tu es dessus ? » entend-t-on. Plusieurs agents viennent ensemble regarder les photos.

En revanche, les professeurs ne s’arrêtent pas pour regarder le trombinoscope. Dans la salle des profs, je les interroge. Le professeur de philosophie commente : « C’est très gros ! Il y a beaucoup d’images, ça prolifère ! J’aime bien cette idée. C’est une sorte de trombinoscope universel. » Le professeur de lettres répète songeur « La question des invisibles… »

Deux professeures reconnaissent avoir été « interpellées » par cette question des invisibles : « Je suis passée en coup de vent ce matin et je me suis demandée qui sont les invisibles? ». « C’est nous ! » lance une femme. « C’est nous les AVS (Assistants de vie scolaire). Ce serait bien que tout le monde sache qu’on existe,  qu’on est des précaires, et qu’on est utile. »

Les invisibles ne sont pas les mêmes selon que l’on est élèves, profs, agents…et il y a des catégories tellement invisibles que nous les avons oubliées dans notre recensement. C’est pourquoi nous ajoutons une note sur le trombinoscope « Et si on remplissait les blancs ? » en espérant que les habitants du lycée complèteront spontanément.

Ce projet test provoque des réactions. Il est à développer et à pérenniser. Se pose désormais la question du format, du matériau, de l’emplacement, de sa mise à jour…Son succès confirme un des axes forts de notre travail : rendre visible l’invisible – personnes, flux, tensions, savoirs, ressenti, imaginaire – au lycée Gabriel Fauré.

Mode d'emploi pour compléter le trombinoscope

De possibles porteurs de projets?

Alors que nous approchons de la fin de la deuxième semaine de résidence au lycée Gabriel Fauré d’Annecy et que nos propositions s’affinent, nous les présentons à plusieurs personnalités stratégiques de l’établissement qui seraient susceptibles de porter les projets sur le long terme.

La cour d'entrée du lycée, sous le soleil

Marion Coupat, CPE, travaille à la fois au lycée et à l’internat. Elle a une connaissance très précise des élèves et du lycée. Elle est en charge de gérer une aide financière de la région pour le « projet de vie » de l’internat. Dans ce cadre, elle réfléchit à des dispositifs et des actions qui visent à créer plus d’espaces de détente et de moments de convivialité au lycée. Il s’agit de répondre à la fuite des lycéens vers les cafés du centre ville. Marion réagit plutôt positivement à l’idée d’installer une grande table dans la cour du lycée mais « il faudrait s’assurer, pour des raisons de sécurité, qu’un grand camion puisse toujours entrer dans la cour. » Mais ce qu’elle réclame depuis des mois en vain, ce serait que « l’on installe des bancs sur le bord de la cour, protégés de la pluie par la bordure du toit des bâtiment. C’est trop bête que vous ayez toujours vu le lycée sous le soleil. En hiver, on mange à la cantine en doudoune, et il fait moins quinze dans le foyer. » Le speed dating lui a donné des idées : « C’est vrai que ce serait bien pour que les élèves de l’internat fassent connaissance en début d’année. »

Nous rencontrons aussi M.Olry, chef des travaux. Il est en charge de la direction technique et de la gestion de la partie matérielle du lycée : informatique, vidéos projecteurs, commandes de livres, câblage…Il travaille au lycée depuis six ans. Il est très sensible au problème des « gens transparents» au lycée : « Il y a un repas commun à tout le personnel en début d’année mais il n’y a pas vraiment de partage. Chacun reste entre soi. » Il regrette que ses collègues ne soient pas plus respectueux du personnel technique et de nettoyage. « Il y a un employé qui passe plus d’une heure chaque soir à s’assurer que les fenêtres sont bien fermées et les lumières éteintes. » Le trombinoscope collectif affiché au lycée pourrait être une réponse possible mais « il faudrait constamment l’actualiser. Beaucoup d’agents de nettoyage sont des contractuels envoyés par la région qui ne restent ici que peu de temps. »

Quand je lui montre les projets qui vise à libérer et encourager l’expression lycéenne, M.Olry rappelle la nécessité de « trouver un équilibre entre les droits et le devoirs. Une ouverture totale conduirait à du n’importe quoi. » Mais il a très envie que les élèves prennent d’eux-mêmes des initiatives pour aménager le lycée. « Si ça ne tenait qu’à moi, les élèves pourraient peindre sur tous les pans de murs blancs de la cour. »

La cantine du personnel. Parmi eux, des porteurs de projets?

Une rencontre avec les représentants de la fédération de parents FCPE Françoise Herveleu et Sophie Megani et avec la responsable de l’association Entraide, Lucrèce Teissier, qui mobilise les lycéens et étudiants de Gabriel Fauré pour donner des cours de soutien à domicile à des élèves de primaire, ouvre des perspectives. Les parents d’élèves sont sensibles au projet de parrainage – « C’est d’ailleurs déjà une forme de parrainage non formalisé qui a lieu avec la bourse aux livres » organisée conjointement par la FCPE et le FSE rappellent-elles. « Il y a beaucoup de communication entre les parents, beaucoup d’entraide parentale. » Pourraient-elles nous aider dans la mise en place du projet de parrainage ?

Les professeurs sont également des porteurs de projets potentiels : des professeurs de lettres, philosophie et d’éco-gestion sont d’accord pour faire réfléchir leur élève au projet de signalétique poétique et critique dans le cadre de leurs cours.

Où sont les porteurs de projets?

A ce stade de la résidence, nous jugeons nécessaire de tenir la région au courant de notre action. Jacky rencontre Jean-Pierre Delbegue et Cécile Ouvrier-Buffet, de la direction des lycées à la région Rhône Alpes. L’entretien consiste à leur expliquer la démarche de la 27e Région. La région ne s’impose pas aujourd’hui comme un véritable relais.

La réaction des « adultes » du lycée à nos projets sont dans l’ensemble positive. Il faut désormais créer le cadre dans lequel certaines personnalités pourraient se positionner comme porteurs de projets à moyen et long terme.