Archives mensuelles : janvier 2009

De nouveaux résidents pour la 27e région

Nous cherchions des résidents pour participer à nos « territoires en résidence » … Nous les avons trouvés. Une quinzaine de militants associatifs, étudiants en design, consultants, chercheurs ont répondu à notre invitation et se sont réunis dans les locaux de l’ARF, le 14 janvier. Stéphane Vincent et Romain Thévenet ont d’abord présenté le rôle de « laboratoire des politiques publiques » de l’association, et son projet phare,
les territoires en résidence, et ses ambitions : une quinzaine de projets dans les deux années à venir. Puis, François Jégou, designer associé à l’équipe de la 27e Région, a expliqué le « mode d’emploi » des « territoires en résidence ». Une méthode en cours d’élaboration. Trois semaines d’immersion dans un territoire, entrecoupée par des respirations de quinze jours. La première semaine est consacrée à « identifier un problème soluble dans les temps imparti ». Puis, après discussion avec des experts, la seconde semaine est consacrée à une « co-élaboration d’une réponse, avec les acteurs locaux, où les designer a un rôle de facilitateur », et enfin, la troisième à une communication sur les résultat, là aussi élaborée avec les acteurs concernés.

Trois mois, c’est court ! Pour la plupart, les participants ont réagi avec enthousiasme, et sont partants pour participer à des résidences ou pour proposer des lieux. Certains ont reconnu une proximité avec leurs propres projets, comme Jean Sébastien Poncet, pour Pomme Z, un collectif d’artistes, et Ninon Bardet, du collectif ville campagne. De fait, tous ont déjà commencé à apporter leur contribution, par leurs réflexions, lors du débat animé qui a succédé aux explications de François Jégou. Sur la durée de la résidence, par exemple, Olivier Auber, fondateur d’un laboratoire culturel, A+H, est habitué à des projets qui vont de deux à cinq ans ! L’occasion de recadrer l’objet de la « résidence ». Non pas assistance à maitrise d’ouvrage, mais proposition d’idées créatives. Il s’agit de « poser un élément modeste, mais qui va gêner, pour que le lieu ne puisse pas continuer à fonctionner comme avant » analyse François Jégou. Autre sujet longuement débattu : la nécessité de « documenter » la résidence, tout à la fois parce que l’enjeu d’une résidence réside autant dans la démarche que dans ses résultats, et aussi parce qu’il s’agit de constituer une boite à outil, qui permette de reproduire et d’adapter les résidences. Quant à la manière dont les résidents abordent le territoire « il ne faut pas arriver avec un regard critique » propose Serge Pouts-Lajus, pour Education et Territoires.

Délivrables des Territoires en résidence, relations avec les décideurs locaux, rôles des experts… la rencontre s’est close bien au delà de l’heure prévue, et augure des collaborations fructueuses.

Etaient présents :

Nous rencontrons d’autres participants potentiels dans les prochains jours : Le collectif bordelais Le bruit du frigo (Gaby Farage), Interaction Design Sight & Lab (Nicolas Gaudron), le collectif d’architectes Didattica (Léa Longeot), l’école de Design de Nantes Atlantique (Frédéric Degouzon), l’école de design Strat Collège (Olivier Beune), Sarah Eimmerich, conseillère à l’innovation à la Mairie de Paris, etc.

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Territoires en Résidences : deux lycées candidats en Champagne-Ardennes

Cette semaine, visite de deux lycées candidats à l’accueil d’une résidence d’innovateurs, en compagnie de Matthew Marino, designer (et auteur des photos qui illustrent ce billet), Bertrand Rigal et de Sylvain Petit de la Région Champagne-Ardennes, et moi-même. Nous étudions la possibilité d’y mettre en oeuvre une résidence durant le premier trimestre 2009.

Le lycée viticole d’Avize près d’Epernay, tout d’abord. Près de 400 lycéens et apprentis y apprennent les pratiques viticoles les plus récentes pour produire un fabuleux nectar : le champagne ! Les affaires tournent plutôt bien : pour un diplômé, trois offres d’emploi en moyenne.

Mais le proviseur du lycée regrette un déficit de vie social au sein de l’établissement. La configuration de l’établissement actuel, il est vrai, y concourt largement : De nouvelles salles de classes, des étages d’internat, un parking et de nouvelles annexes ont été ajoutés dans le périmètre du bâtiment d’origine (aujourd’hui consacré à l’équipe de direction) sans réflexion ni souci d’améliorer le confort des lycéens et du personnel. Le foyer des lycéens est situé de l’autre côté de la route. Et se repérer dans l’établissement constitue un défi pour le nouvel arrivant… Le proviseur cherche également à promouvoir une culture participative et expérimentale, mobilisant davantage les lycéens. Une autre grande question réside dans l’intégration de l’informatique dans la vie de l’établissement ; chacun sent bien qu’un nouveau cap doit être franchi, mais l’hésitation est grande, entre libérer l’utilisation de l’informatique, et en encadrer massivement les usages : l’établissement promeut l’usage d’un extranet, mais il n’existe que 4 ordinateurs en libre accès ; les élèves pourraient apporter leurs ordinateurs lorsqu’ils en ont, mais la réticence à l’installation du Wifi est forte ; ou encore, beaucoup de professeurs mobilisent l’informatique dans leurs cours, mais l’unique salle est fermée à clé.

A Revin, au nord des Ardennes, c’est un lycée flambant neuf qui verra le jour en 2013, en lieu et place des bâtiments actuels du lycée Jean Moulin devenus vétustes et inadaptés. Mais le proviseur du lycée et son équipe n’ont pas l’intention d’attendre le premier coup de pioche pour amorcer le travail de transformation des mentalités qui devra accompagner ce grand chantier.

Car les interrogations sont nombreuses, et comme au lycée d’Avize, elles n’appellent pas seulement des réponses d’ordre architectural, mais aussi d’ordre culturel, social, organisationnel, serviciel -toutes interdépendantes. L’accès au lycée et l’ouverture vers l’extérieur sont des enjeux prioritaires : Les lycéens doivent souvent se lever dès 6h pour rejoindre l’établissement… Comment traiter ce problème de transport ? Comment mieux articuler l’établissement avec le centre-ville, distant de plusieurs kilomètres et en contrebas ? Comment améliorer l’accès au lycée et l’organisation des transports ? Comment ouvrir davantage le lycée vers le tissu associatif, économique, vers les parents et vers toute la communauté locale ?

La mobilisation des lycéens, le réechantement de la vie collective au lycée sont d’autres préoccupations majeures, dans un territoire aussi fragile : Comment redonner aux adolescents l’envie de venir au lycée et d’apprendre ? Comment mieux prendre en compte les nouvelles pratiques éducatives et l’irruption du numérique dans la vie des adolescents (voir par exemple ce blog créé par les élèves) ? Comment donner la parole aux élèves, les responsabiliser et les associer à la vie du lycée ? Comment changer les regards ?

La question du temps est apparue essentielle : Où trouver le temps pour recréer du collectif, partager des expériences communes, transcender les disciplines ? Le besoin de décloisonnement transcende toutes les problématiques du lycée : Comment faire tomber les silos de la vie administrative ou éducative ? Les enjeux environnementaux se font également plus pressants : comment réussir la mise en œuvre d’une démarche environnemental, alors que l’application du programme Eco-Ecole n’a pas soulevé l’enthousiasme pour l’instant ?

A Revin comme à Avize, le principe de résidence est perçu comme une occasion, même modeste, d’amorcer progressivement un travail de transformation, de repartir de l’expérience du lycéen pour imaginer de nouvelles façons de vivre le lycée, d’inventer des méthodes nouvelles avec la communauté locale, et d’en tirer des solutions créatives pour répondre aux besoins des lycéens et de la population locale.