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Projet test: Le trombinoscope géant

Jeudi a eu lieu la journée Kulte au lycée Gabriel Fauré. Nous profitons de ce contexte particulier pour tester un projet que nous caressons de puis plusieurs jours : installer un trombinoscope géant dans le hall d’entrée du lycée.

Les invisibles du lycée

Ce projet est né de plusieurs constats. Le lycée Gabriel Fauré abrite 2242 habitants. La plupart ne se connaissent pas. Philippe Ducrey, CPE, nous a confié qu’il ne connaissait pas tous les professeurs, or il a souvent besoin de les rencontrer pour discuter du cas d’un élève. « C’est un peu gênant de débarquer en salle du personnel à la recherche de tel ou tel enseignant sans moyen de l’identifier. » Les élèves se plaignent aussi de ne pas se connaître entre eux – « Ce n’est pas facile de rencontrer des gens à Fauré » entend-t-on souvent. Enfin, plusieurs membres du personnel, notamment le chef cuisinier et le chef des travaux, dénoncent l’invisibilité à laquelle sont cantonnés les agents techniques et de nettoyage. Le trombinoscope peut pallier le problème de visibilité dont souffrent certaines catégories d’habitants du lycée et renforcer le lien à travers la communauté lycéenne. Pour nous, il répond aussi à un besoin de rendre visible les liens entre le territoire du lycée et les destins individuels qui le traversent.

Le processus de fabrication

Installation du trombinoscope près du bureau de la vie scolaire

Pour recenser le nombre d’habitants, l’équipe des résidents s’adresse aux CPE, à l’intendance, à l’administration, au chef des travaux, mais aussi au secrétariat du CFA. Le bureau de la vie scolaire transmet les trombinoscopes dont il dispose, soit un ensemble de photographies très incomplet. Jean-Sébastien y ajoute des photographies d’agents et de surveillants prises dans l’après-midi.

Le trombinoscope géant se compose de plusieurs petits trombinoscopes et de feuilles blanches qui représentent ceux qui ne sont pas en photo. Il est légendé ainsi : « Il y a 2242 habitants au lycée Gabriel Fauré. Dont beaucoup d’invisibles. » Vers 20h, nous l’accrochons dans le hall principal, près du bureau de la vie scolaire.

Des réactions diverses

Le lendemain matin, lorsque les élèves arrivent, nous guettons les réactions.  Que pensez-vous du trombinoscope leur demandons-nous? Les réponses sont mitigées « C’est bien, ça me permet de voir des têtes que je ne connais pas » ou encore « Il faut que j’aille passer mon oral d’espagnol mais je compte bien retourner voir le trombinoscope ». Certains élèves de STG sont enthousiastes « Si on n’était pas en terminale on aurait aimé participer à cette initiative ». Certaines élèves qui attendent le début des cours assises sur un banc en face du trombinoscope sont plus réservées « – Qu’est ce que cela vous fait de vous voir en photo sur les murs du lycée ? – Bah, c’est pas très important. Les seuls qui cherchent notre photo sont ceux qui nous connaissent déjà. » « C’est bien, mais c’est dommage qu’il soit en noir et blanc car on ne reconnaît pas tout le monde. » « Ca ne me fait rien de me voir sur les murs du lycée. » Qui sont d’après eux les « invisibles » du lycée ? « Tous, ceux qu’on ne connaît pas et qu’on ne connaitra pas. »

Quant aux élèves qui ne sont pas représentés sur le trombinoscope, voudraient-ils rajouter leur photo ? Florian est catégorique : « Non. Je suis trop populaire. Tout le monde me connaît déjà. »

Il n’empêche, à l’heure de la récré, le trombinoscope provoque un embouteillage. « C’est quoi ce bordel ! », « Tu crois que tu es dessus ? » entend-t-on. Plusieurs agents viennent ensemble regarder les photos.

En revanche, les professeurs ne s’arrêtent pas pour regarder le trombinoscope. Dans la salle des profs, je les interroge. Le professeur de philosophie commente : « C’est très gros ! Il y a beaucoup d’images, ça prolifère ! J’aime bien cette idée. C’est une sorte de trombinoscope universel. » Le professeur de lettres répète songeur « La question des invisibles… »

Deux professeures reconnaissent avoir été « interpellées » par cette question des invisibles : « Je suis passée en coup de vent ce matin et je me suis demandée qui sont les invisibles? ». « C’est nous ! » lance une femme. « C’est nous les AVS (Assistants de vie scolaire). Ce serait bien que tout le monde sache qu’on existe,  qu’on est des précaires, et qu’on est utile. »

Les invisibles ne sont pas les mêmes selon que l’on est élèves, profs, agents…et il y a des catégories tellement invisibles que nous les avons oubliées dans notre recensement. C’est pourquoi nous ajoutons une note sur le trombinoscope « Et si on remplissait les blancs ? » en espérant que les habitants du lycée complèteront spontanément.

Ce projet test provoque des réactions. Il est à développer et à pérenniser. Se pose désormais la question du format, du matériau, de l’emplacement, de sa mise à jour…Son succès confirme un des axes forts de notre travail : rendre visible l’invisible – personnes, flux, tensions, savoirs, ressenti, imaginaire – au lycée Gabriel Fauré.

Mode d'emploi pour compléter le trombinoscope

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De possibles porteurs de projets?

Alors que nous approchons de la fin de la deuxième semaine de résidence au lycée Gabriel Fauré d’Annecy et que nos propositions s’affinent, nous les présentons à plusieurs personnalités stratégiques de l’établissement qui seraient susceptibles de porter les projets sur le long terme.

La cour d'entrée du lycée, sous le soleil

Marion Coupat, CPE, travaille à la fois au lycée et à l’internat. Elle a une connaissance très précise des élèves et du lycée. Elle est en charge de gérer une aide financière de la région pour le « projet de vie » de l’internat. Dans ce cadre, elle réfléchit à des dispositifs et des actions qui visent à créer plus d’espaces de détente et de moments de convivialité au lycée. Il s’agit de répondre à la fuite des lycéens vers les cafés du centre ville. Marion réagit plutôt positivement à l’idée d’installer une grande table dans la cour du lycée mais « il faudrait s’assurer, pour des raisons de sécurité, qu’un grand camion puisse toujours entrer dans la cour. » Mais ce qu’elle réclame depuis des mois en vain, ce serait que « l’on installe des bancs sur le bord de la cour, protégés de la pluie par la bordure du toit des bâtiment. C’est trop bête que vous ayez toujours vu le lycée sous le soleil. En hiver, on mange à la cantine en doudoune, et il fait moins quinze dans le foyer. » Le speed dating lui a donné des idées : « C’est vrai que ce serait bien pour que les élèves de l’internat fassent connaissance en début d’année. »

Nous rencontrons aussi M.Olry, chef des travaux. Il est en charge de la direction technique et de la gestion de la partie matérielle du lycée : informatique, vidéos projecteurs, commandes de livres, câblage…Il travaille au lycée depuis six ans. Il est très sensible au problème des « gens transparents» au lycée : « Il y a un repas commun à tout le personnel en début d’année mais il n’y a pas vraiment de partage. Chacun reste entre soi. » Il regrette que ses collègues ne soient pas plus respectueux du personnel technique et de nettoyage. « Il y a un employé qui passe plus d’une heure chaque soir à s’assurer que les fenêtres sont bien fermées et les lumières éteintes. » Le trombinoscope collectif affiché au lycée pourrait être une réponse possible mais « il faudrait constamment l’actualiser. Beaucoup d’agents de nettoyage sont des contractuels envoyés par la région qui ne restent ici que peu de temps. »

Quand je lui montre les projets qui vise à libérer et encourager l’expression lycéenne, M.Olry rappelle la nécessité de « trouver un équilibre entre les droits et le devoirs. Une ouverture totale conduirait à du n’importe quoi. » Mais il a très envie que les élèves prennent d’eux-mêmes des initiatives pour aménager le lycée. « Si ça ne tenait qu’à moi, les élèves pourraient peindre sur tous les pans de murs blancs de la cour. »

La cantine du personnel. Parmi eux, des porteurs de projets?

Une rencontre avec les représentants de la fédération de parents FCPE Françoise Herveleu et Sophie Megani et avec la responsable de l’association Entraide, Lucrèce Teissier, qui mobilise les lycéens et étudiants de Gabriel Fauré pour donner des cours de soutien à domicile à des élèves de primaire, ouvre des perspectives. Les parents d’élèves sont sensibles au projet de parrainage – « C’est d’ailleurs déjà une forme de parrainage non formalisé qui a lieu avec la bourse aux livres » organisée conjointement par la FCPE et le FSE rappellent-elles. « Il y a beaucoup de communication entre les parents, beaucoup d’entraide parentale. » Pourraient-elles nous aider dans la mise en place du projet de parrainage ?

Les professeurs sont également des porteurs de projets potentiels : des professeurs de lettres, philosophie et d’éco-gestion sont d’accord pour faire réfléchir leur élève au projet de signalétique poétique et critique dans le cadre de leurs cours.

Où sont les porteurs de projets?

A ce stade de la résidence, nous jugeons nécessaire de tenir la région au courant de notre action. Jacky rencontre Jean-Pierre Delbegue et Cécile Ouvrier-Buffet, de la direction des lycées à la région Rhône Alpes. L’entretien consiste à leur expliquer la démarche de la 27e Région. La région ne s’impose pas aujourd’hui comme un véritable relais.

La réaction des « adultes » du lycée à nos projets sont dans l’ensemble positive. Il faut désormais créer le cadre dans lequel certaines personnalités pourraient se positionner comme porteurs de projets à moyen et long terme.

Journée Kulte: la parole aux lycéens

La journée Kulte

Le lycée Gabriel Fauré est aujourd’hui entièrement investi par le festival organisé par les lycéens membres du FSE (association du foyer socio-éducatif). C’est une journée banalisée : les cours sont annulés et les élèves sont invités à assister à des spectacles et des concerts qui reflètent la variété des pratiques culturelles ayant lieu au sein du lycée. La programmation a été conçue par les lycéens.

Danse à la journée Kulte

Thiphaine, élève en horaires aménagés danse, s’est beaucoup impliquée dans l’organisation de Kulte. Elle met le feu pendant une bonne partie de la matinée avec d’autres jeunes danseurs de hip hop sur une scène installée dans la cour de récré. Alors que cet espace est d’habitude déserté par les élèves, ils sont aujourd’hui nombreux à s’y être rassemblés pour applaudir les artistes.  Au cours de l’après-midi on peut assister à un concert de jazz dans le foyer de l’espace Gabriel Fauré, qui revêt un aspect totalement différent d’à l’accoutumée. Le lourd rideau de velours noir qui bloque la lumière lui confère une atmosphère chaleureuse. On peut aussi préférer assister au défilé des élèves du CFA qui présentent leurs créations coiffure. Des évènements ont lieu simultanément pour que chacun choisisse selon ses goûts.

Retour sur le speedating

Des groupes d’élèves sont tranquillement assis ici ou là, en particulier autour des tables de jardin qui ont été installées dans la cour pour l’occasion. C’est le moment idéal pour aller à leur rencontre et les interroger sur ce qu’ils retiennent de nos projets, notamment de l’événement speed dating d’hier, et sur ce qu’ils perçoivent de l’action de la 27e Région. Olivia, interne, élève de seconde en horaires aménagés musique, est un peu incertaine quand je l’interroge : « Vous posez des questions. Vous vous intéressez pour améliorer des choses. » En revanche, quand il s’agit de décrire le speed dating d’hier auquel elle a participé, les mots lui viennent plus facilement : « C’était marrant. Surtout, c’était pratique, enfin, utile. Ca a permis de rencontrer des gens. Il y a des filles de l’internat à qui c’était la première fois que je parlais. C’est pas le genre de filles avec qui je traîne d’habitude. »

Rebecca, qui était venue avec elle, qualifie le speed dating de « drôle » et « trop court ». « C’est dommage que tout le monde se soit dispersé à la fin » regrette-t-elle. Je l’interroge sur ce dont elle a discuté lors du speed dating : « On a parlé du lycée, de nos options et de ce qu’on voudrait faire plus tard. On a comparé les lycées avec des élèves de Lachenal. » Sur la 27e Région : Vous organisez des choses entre lycéens. Vous répondez à nos attentes. Vous améliorez les choses. »

La cour de récré le jour de la journée Kulte

Que fait l’équipe de Territoires en Résidences selon vous?

Jonathan élève trompettiste, a participé aux deux réunions d’information que nous avons organisées au lycée. Décrire l’action de la 27e Région en trois mots ? « Innovation, engagement, changement. » Il précise ce qu’il entend par innovation : « L’innovation ça va avec le changement. C’est apporter du nouveau et une nouvelle façon de voir les choses. Au sein du lycée on manque de recul. Parmi vos projets, il y a des idées auxquels on n’aurait pas pensé. J’aime en particulier ceux qui visent à améliorer la communication, la grande table, le speed dating… »

Chloé est élève en première S2 avec l’option audiovisuel. Elle nous a accompagnés hier au Pâquier pour filmer le speed dating. Avec d’autres élèves, elle réfléchit déjà à comment l’organiser elle-même. « Il nous faudrait un créneau de 15/20 minutes pour que les gens puissent continuer de discuter ensuite. La pause c’est un peu court. » Si pour elle, la 27e Région, c’est « de l’animation pour tous publics», pour Angelina, élève en terminale STG, « c’est une approche…une visualisation…une analyse des points forts et des points faibles de toute la structure du lycée. » Elle est à l’internat et elle a entendu parler du speed dating d’hier. « Ca a l’air sympa » dit-elle. Je lui demande son avis sur notre projet de signalétique poétique et critique. A propos des plaques de rues peintes à la peinture à tableau sur lesquelles les élèves pourraient inscrire leurs propres dénominations, elle s’enthousiasme : « C’est une idée innovante ! ». Pour le grand escalier, on parle souvent de « l’escalier du milieu. » L’accueil vitré dans le hall du lycée c’est « l’aquarium », la salle R300 c’est « la salle des langues. » L’idée de marquer des itinéraires et des tags au mur l’emballe moins – « ce serait vite dégradé ».  Quant à la grande table placée dans la cour « Ca ne changerait rien. Les groupes d’amis resteraient entre eux. »

Le lycée, un terrain complexe

Aller au contact des élèves, tester des idées auprès d’eux, imaginer d’autres projets au cours de la discussion, est le travail quotidien de l’équipe de Territoires en Résidences. Nous n’oublions pas cependant que les élèves ne sont pas les seuls destinataires de notre action. Professeurs, personnel administratif, mais surtout agents techniques et agents de nettoyage sont aujourd’hui au cœur de notre réflexion. Le lycée, qui comprend des catégories de personnes dont les perceptions varient beaucoup, est un terrain de travail complexe. Traiter ses habitants comme un tout ou spécifier les attentes des différentes communautés consiste presque en une décision politique.

Projet test : Le speed dating lycéen

Une vision, des projets

Alors que nous arrivons à la moitié de notre résidence au lycée Gabriel Fauré d’Annecy, nous avons formulé une vision intitulée « Habiter le lycée ».  Habiter ne signifie pas uniquement passer du temps dans un lieu, y vivre, y dormir, y manger. Cela implique d’aménager un espace physique et de se l’approprier symboliquement. Nous allons donc programmer des actions qui encouragent la convivialité, facilitent les relations humaines et favorisent l’expression subjective des élèves dans établissement. Mais surtout, nous souhaitons que les lycéens puissent prendre en charge la mise en forme physique et symbolique de leur environnement. Nous décidons de tester sur-le-champ un dispositif qui pourrait faciliter les rencontres entre lycéens: le speed dating. En ce mercredi après-midi ensoleillé, nous savons les lycéens rassemblés au bord du lac, sur la vaste pelouse appelée le Pâquier. C’est un terrain propice à l’expérimentation.

Le fanion de Territoires en Résidences

La plupart des lycéens que nous avons interrogés durant la résidence se sont plaints de la difficulté qu’ils ont à rencontrer d’autres élèves au sein même de leur lycée et encore plus des élèves d’autres lycées anneciens. Cette action sans prétention nous paraît pertinente car elle est susceptible de renforcer le lien social et par là même de mettre la communauté en capacité d’agir.

Une mise en place rapide

L’évènement est rapide à organiser. Nous recrutons plusieurs internes pour nous aider. Un professeur d’EPS très coopératif nous prête cordes, plots et éléments de marquage au sol pour que nous puissions délimiter un terrain de jeu sur la pelouse du Pâquier. Nous partons équipés d’un drapeau qui signale « Territoires en résidence. Speed dating lycéen. »

Un groupe de quatre lycéens en option audiovisuel nous accompagne avec caméra et trépied pour documenter ce moment dans le cadre d’un travail scolaire.

Speed dating au Pâquier

Une expérience concluante

Une fois sur place, il nous faut à peine deux minutes pour installer une corde au sol qui sépare les deux rangées de participants et quelques plots qui délimitent des espaces individuels. Nous organisons deux vagues de speed dating. L’événement prend en soi peu de temps. Deux rangées de participants se font face et ils ont deux minutes pour faire connaissance avant de se décaler d’un cran vers la gauche. En revanche, nous passons beaucoup de temps à convaincre les lycéens du Pâquier de tenter l’expérience. Des élèves de seconde du lycée Gabriel Fauré nous aident dans cette tâche et essuient bravement de nombreux refus. Mais tous les lycéens qui se prêtent au jeu sont ravis d’avoir participé.

Les élèves d'audiovisuel documentent le speed dating

A la fin de chaque série, nous interrogeons chacun des participants. Tous ont passé un super moment et nous remercient. Oui, ils seraient prêts à le refaire, pourquoi pas dans la cour du lycée, et pourquoi pas avec des profs, des surveillants et d’autres membres du personnel.

Un projet à développer

Nous sommes nous-mêmes enthousiasmés par l’efficacité du dispositif et la facilité avec lequel nous l’avons mis en place. Mais est-ce une expérience purement festive ou a-t-elle un effet plus profond ? Comment lui donner plus de sens? Pourrait-on imaginer un speed dating parrainage entre les professeurs en début d’année ? Ces questions restent ouvertes mais quelques élèves séduits par le procédé sont déjà prêts à prendre en charge l’organisation d’autres sessions de speed dating au sein du lycée.

Speed dating au Pâquier

Que pensez-vous de nos projets pour le lycée Gabriel Fauré?

Mardi soir a lieu une réunion avec les habitants du lycée Gabriel Fauré au cours de laquelle nous présentons plusieurs propositions de projets. C’est un moment crucial car les avis recueillis vont nous conduire à réajuster certains projets, à en écarter d’autres et enfin à formuler une vision globale.

Réunion dans le foyer de l'espace Gabriel Fauré

Que faire du foyer?

La discussion collective se concentre sur la question de l’aménagement du foyer. Beaucoup de projets de réaménagement du foyer proposés au cours des dernières années n’ont pas abouti pour diverses raisons. Certains invoquent des blocages administratifs, d’autres des raisons plus concrètes : le foyer n’attire pas les élèves car il y fait très froid en hiver et il se situe en dehors des flux de circulation. Comme un professeur de lettres le remarque, le bâtiment est tout en longueur et en hauteur. Quand on a cours au cinquième étage, on y reste même pendant la récré plutôt que de redescendre jusqu’au foyer.

Très attendus sur la question de l’aménagement du foyer, nous avons suggéré de le transformer en lieu d’expérimentation permanente. Mais cette proposition fait débat. Le professeur de philosophie s’enthousiasme sur la possibilité de faire du foyer un lieu autogéré par les élèves. Mais les élèves eux-mêmes lui opposent la difficulté de mobiliser les lycéens sur un projet commun. Ils rappellent que les élèves désertent peu à peu le conseil de vie lycéenne (CVL) et que l’emblématique journée Kulte est portée à bout de bras par une poignée d’élèves et de professeurs. Nous avons aussi beaucoup réfléchi aux outils qui permettent d’impliquer et de responsabiliser les lycéens, tout en reconnaissant leur droit à se tenir en retrait.

Pour certains élèves présents à la réunion, le foyer doit être aménagé en espace de détente, ce dont manque cruellement le lycée Gabriel Fauré. « Il nous faut un endroit où l’on puisse se poser » est une demande lancinante. « On se fait engueuler toute la journée par les profs et à la maison ça se passe pas forcément bien…il nous faut un lieu où l’on puisse se détendre » est un cri du cœur auquel nous sommes sensibles. Les lycéens « se posent » la plupart du temps dans les couloirs et dans quelques recoins de la cour. Ils s’en font souvent déloger par le personnel. Mais la plupart ils s’en accommodent et filent dès qu’ils le peuvent hors du lycée, au Pâquier, dans les cafés…Installer quelques canapés dans le foyer semble alors un palliatif bien léger.

Très justement, un élève de l’internat souligne : plutôt que d’aménager le foyer, vous devez créer les conditions pour que les élèves viennent. Ils aménageront ensuite eux-mêmes le foyer. Créer les conditions sous-entend créer des outils qui fluidifient la communication entre les élèves et l’administration.

Affichage des histoires projectives

Récupérer des projets endémiques ou proposer des solutions nouvelles?

Cette discussion collective place l’équipe de la 27e Région devant des questions importantes :

–       Faut il faire le choix de récupérer des projets endémiques ou proposer des solutions nouvelles ? Le foyer a déjà suscité des projets qui n’ont pas aboutis. Les reprendre peut-il garantir que les anciens porteurs de projets auront toujours le désir d’agir? Faut-il au contraire proposer des solutions inexplorées jusqu’à présent ?

–       Comment mobiliser les élèves ? Doit-on les provoquer en annonçant que faute de projets de la part des lycéens, le foyer va être réutilisé comme salle de classe ? Faut-il mettre un tas de terre au milieu pour bien marquer l’état de « chantier » ? Proposer des éléments d’aménagements souples en carton ? Comment faire pour que le foyer soit un lieu stimulant ?

Vers une vision: habiter le lycée

Le problème de l’aménagement du foyer cristallise une réflexion globale sur le lycée Gabriel Fauré: comment faire pour que les élèves investissent l’espace du lycée ? Comment articuler besoin de détente individuelle et action collective en un même lieu ?

La réunion de mardi soir nous conduit à formuler une vision qui irait vers la question de l’habiter. Nous l’avons pour le moment intitulée « Habiter le lycée ». C’est un programme qui nous paraît extrêmement riche : habiter, c’est donner forme physiquement et symboliquement à un lieu. Nous cherchons maintenant à mettre en forme les actions qui pourraient permettre aux lycéens de réellement « habiter le lycée. »

Pour voir les documents supports de notre dernière présentation, c’est ici :

Imaginer des histoires projectives au lycée Gabriel Fauré

En vue de la réunion d’information de ce soir, l’équipe de Territoires en Résidences s’essaie au storytelling. Nous reprenons chacun des projets que nous avons accrochés dans l’espace Gabriel Fauré et y associons des histoires projectives. C’est un moyen d’imaginer des variantes possibles, de prendre en considération les contraintes techniques de réalisation mais surtout de s’interroger sur la pertinence des propositions : les élèves de Gabriel Fauré oseront-ils s’asseoir tous ensemble à une table commune dans la cour de récré ? Sauraient-ils faire bon usage d’un micro mis à leur disposition pour faire passer des messages informatifs, politiques ou poétiques ?

Storytelling

Nous avions proposé la possibilité de mettre un trombinoscope sur la machine à café de la salle du personnel pour remplacer la photo stéréotypée qui la décore aujourd’hui. A partir de cette idée, on peut dérouler le scénario suivant :

« Pierre, prof fraichement débarqué à Gabriel Fauré, discute avec son collègue Laurent à la machine à café. Il a pu l’identifier grâce au trombinoscope affiché sur le devant de la machine. A son tour,  grâce à un polaroïd mis à disposition en salle du personnel, Pierre est pris en photo prenant son café. Ce portrait sera accompagné de son nom et prendra sa place parmi les autres photos du personnel du lycée. »

La transformation du foyer Gabriel Fauré en espace d’expérimentation permanente est un autre projet que nous cherchons à préciser à travers une histoire projective :

« Marc est au lycée depuis 3 ans. Lorsqu’il est arrivé, il a découvert le « foyer en chantier. » En somme, un grand espace libre peu utilisé par les élèves. La semaine dernière, il faisait mauvais temps et lui et deux amis en ont marre, alors ils ont ramené un vieux canapé dont ses parents voulaient se débarrasser. Ca n’a pas révolutionné l’espace mais ca pourrait donné des idées à certains… »

Un moment de conception à part de la vie du lycée

Ces bribes de narration pourraient paraître anecdotiques. Mais les projets ne résistent pas au test de la mise en situation: le scénario fonctionne, ou pas.

Coup d’envoi de la deuxième semaine de résidence au lycée Gabriel Fauré

Le programme d’une semaine rythmée

L’équipe de Territoires en Résidences est de retour au lycée Gabriel Fauré pour une semaine d’immersion du 26 au 30 avril 2010. La semaine s’annonce rythmée. Mardi, nous organisons une réunion d’information publique pour discuter des projets laissés derrière nous en fin de première semaine de résidence. Mercredi, il sera temps de définir une vision, c’est à dire de formuler une problématique globale dans laquelle pourront s’inscrire l’ensemble des projets. Dès lors, il faudra passer à la mise en œuvre des projets. Enfin, jeudi aura lieu au lycée Gabriel Fauré la journée Kulte, festival dédié aux pratiques artistiques organisé par le FSE. Nous réfléchissons à la façon de participer à cette journée banalisée tant attendue par les élèves.

Les résidents assistent à une réunion préparatoire de la journée Kulte

Objectif de la première journée : communiquer !

Les résidents travaillent dans la salle du personnel

Les objectifs de cette première journée sont les suivants : prendre des rendez-vous avec acteurs importants du lycée que nous n’avons pas encore rencontrés ; réinscrire notre présence dans le lycée ; communiquer sur la réunion d’information prévue pour le lendemain ; retravailler les projets formulés et esquisser une vision.

Parce que la porosité entre le lycée et l’espace public est un des axes majeurs de notre démarche, nous cherchons à rencontrer des personnalités qui font le pont entre Gabriel Fauré et le monde extérieur. Nous prévoyons de rencontrer le chef des travaux qui s’occupe des relations avec les entreprises pour les formations du secteur tertiaire. Nous prenons également contact avec les représentants de parents d’élèves et la responsable de l’association Entraide Jeunes qui regroupe des lycéens qui acceptent de faire du soutien scolaire à des enfants de primaire.

Les projets de la première semaine de résidence passés au crible

Nous voulons connaître l’avis des habitants du lycée sur les projets que nous avons affichés dans l’espace Gabriel Fauré avant d’avancer plus concrètement vers leur réalisation. C’est pourquoi nous désirons rassembler le plus de monde possible à la réunion d’information publique de mardi. Notre stratégie de communication se décline en trois actions: mailing d’un flyer ; affichage dans les couloirs et passage dans toutes les classes pour transmettre de vive voix l’invitation. Nous n’hésitons pas à préciser qu’il y aura à boire et à manger pour susciter l’intérêt des élèves, quitte à être qualifiés de démagos. Les professeurs nous accueillent chaleureusement et les élèves nous écoutent avec toute l’attention dont ils sont capables. Quand nous refermons la porte, nous entendons parfois la discussion sur la présence de la 27e Région au lycée se poursuivre entre le professeur et les élèves. C’est une méthode qui paie !

Passage des résidents dans les classes

Demain, nous présenterons nos projets. Ce ne sont pas des projets définitifs, mais en les examinant aujourd’hui, nous constatons qu’ils ébauchent des directions qui nous paraissent justes et que nous désirons approfondir. Dès à présent, nous cherchons à les tester et à les étoffer en imaginant des scénarios d’usage. L’examen des projets conçus en fin de première semaine est l’occasion de tenter de formuler une vision d’ensemble qui organise de façon cohérente notre action au lycée Gabriel Fauré.

L’ébauche d’une vision pour la résidence au lycée Gabriel Fauré

Les projets passés au crible

L’ensemble des projets que nous avons proposé ont en commun de mettre en jeu la subjectivité des individus. Qu’il s’agisse du projet de parrainage, du projet de fête inter-lycées, ou du micro mis à disposition des élèves dans le hall de l’établissement, il est question de valoriser le ressenti des habitants du lycées et les relations interpersonnelles dont est tissée la communauté lycéenne. Le lycée Gabriel Fauré se présente comme un agrégat de milliers d’élèves et de centaines d’enseignants. Il est constitué d’autant d’histoires individuelles. Nous réfléchissons à une éventuelle vision qui pourrait s’intituler « 2314 x Gabriel Fauré : penser la complexité du lycée » et dont le but serait de valoriser les histoires individuelles et les subjectivités qui constituent Gabriel Fauré. 2314 est une estimation complètement arbitraire que nous faisons du nombre d’habitants du lycée (élèves et personnel compris) et vous êtes invités à la corriger ! Nous en sommes venus à penser le lycée à travers ses individus à partir du constat suivant : une communauté ne peut fonctionner que si chacun de ses membres y est identifié et valorisé. Pour que chacun des habitants du lycée inscrive sa présence au lycée, nous pensons à leur faire créer une signalétique critique et subjective, à dessiner la façon dont ils se représentent le lycée…Les outils auxquels nous allons avoir recours ne sont pas encore définis. La suite dans le prochain billet!