Champagne Ardenne SEMAINE 4 / JOUR 4 : de la réalité au rêve…

Au risque de nous répéter, cette semaine 4 est définitivement un moment pivot. Point d’étape entre réflexion concrète et projection, entre animation des seuls résidents et véritable co-animation, entre recherche guidée et tâtonnement franc.

Débriefing

DU LANGAGE COMMUN AUX CODES DE LA RÉGION

« Quand on parle d’immersion, ça ne signifie pas la même chose pour nos collègues. » Après un rapide débriefing sur le travail au corps des élus qui a eu lieu la veille, les agents questionnent à nouveau leur place au sein du Conseil Régional. En effet, chaque incursion du monde extérieur dans notre « parenthèse Transfo » est l’occasion de faire le point sur la façon dont l’expérience est perçue. « J’ai compris que j’étais attendue au tournant, il va falloir produire des résultats » souligne Maryline. Il est rapidement question de la communication à mettre en place entre élus et agents afin de mener le travail le plus efficacement possible. De la communication au langage, il n’y a qu’un pas : « il faut qu’ils comprennent qu’en face d’eux, nous ne sommes plus un service mais une équipe ».

La construction d’un langage commun se fait de plus en plus concrète : langage commun entre agents, langage commun entre élus et agents… et le langage de la Région ? Tirant les enseignements de nos moments de flottement du premier jour, nous nous constituons peu à peu un « glossaire Région » : ces éléments de contexte, en plus de la compréhension de la culture professionnelle administrative nous apparaissent aujourd’hui cruciaux. A quand la livraison du code source du Conseil Régional ?

Exposition

LA TRANSFO S’EXPOSE

Les moments d’expositions sont devenus un rite de la Transfo. Il faut donner à voir ce qui s’y passe et tenter de rendre explicite notre démarche ! La présence de partenaires extérieurs à la Région (Mission Locale, MJC, …) nous permet de s’interroger sur le format : trop de texte ? trop de post-it ? Cependant, nous constatons avec ravissement que nous sommes loin d’être seuls à réfléchir la place de chaque panneau. Malgré un timing très serré, les tâches se répartissent très rapidement. Les premiers visiteurs arrivent et les agents se chargent tout naturellement de les guider. Désormais leur implication leur semble bien plus claire : ils ont tous, sans se concerter, profité de ce moment pour savoir ce que chaque visiteur percevait de la démarche.

DES OUTILS POUR LES AGENTS

Une fois l’effervescence autour du buffet retombée, certains agents expriment leur difficulté à présenter des travaux auxquels ils n’ont pas participé. La question des outils opérationnels internes devient prégnante : pouvoir se tenir au courant des travaux en quelques minutes, faire le point en permanence sur le travail à répartir. En bref, être efficaces et opérationnels. Le programme de demain ?

Rêve ton labo !

LE LABO D’APRÈS-DEMAIN

Laissant de côté, pour un bref instant, les questions très opérationnelles, nous hackons délibérément la dynamique et proposons un temps de respiration : « Ce laboratoire de 2014, vous l’imaginez comment ? ». Pas besoin de lancer beaucoup la discussion, le rêve est rapidement au rendez-vous. « Et d’abord, pourquoi vous l’appelez labo ? » Du nom au nombre (« Et s’il y avait plusieurs labos ? »), les possibles s’envisagent : « Il faudrait que ce soit aussi un lieu de formation», « il serait est un ensemble de compétences et de ressources, à géométrie variable », « des permanents, du temps libéré pour les agents ? On dirait un syndicat ! ».

Et quitte à rêver, rêvons ! Françoise Bronner, spécialiste des espaces de créativité et d’innovation, vient apporter ses lumières : lieux existants, configurations, modalités, possibilités… Mais nos agents gardent les pieds sur terre : quelles expériences dans le service public ? Comment concilier ce type de démarche avec l’administration si française ?

Semaine 4, Jour 3 / Une rencontre avec les élus en perspective

Mise à niveau de l’information

Après un bref week-end, nous tirons les enseignements des deux jours premiers jours où il avait clairement manqué un temps de mise à plat du travail effectué entre les semaines de Transfo.

Nous proposons donc un temps de bilan afin de mettre à jour les absents. Comment restituer le travail pour que celui qui rejoint le groupe en marche puisse rester dans la boucle ? Cette question rejoint une question plus globale qui est celle de la visibilité et de la communication de ce qui est produit pendant les semaines de Transfo.

Après un court temps de réflexion individuelle, les langues se délient vite. Certains expriment de la frustration, des doutes mais une certaine satisfaction semble également établie. Nous sentons que les choses évoluent et avancent : les questions ne sont plus les mêmes. Ils se font plus concrets : liés à la gestion de l’inter-transfo, à la possibilité de réinterroger la commande politique, aux conditions de la co-élaboration. En définitive, ce qui est exprimé par les agents est plutôt raccord avec notre analyse et nos réflexions exprimées sur le blog à propos des deux jours passés.

Passage de relais

L’après-midi est un grand jour pour les référents : une dizaine d’élus de la majorité se rendent disponibles pour passer du temps à la Transfo. La rencontre est prise très au sérieux : elle devrait permettre, entre autres, d’avoir des réponses à une question cruciale « Comment travailler ensemble au choix des dispositifs qui entrent à la Transfo ? ».

Comme convenu avec les référents le vendredi, nous nous effaçons pour les laisser organiser cette rencontre. Certains prennent la main et commencent à mener le groupe pour tenter de faire un planning précis de l’après-midi. Ceux-ci se confrontent soudain à des questions très pragmatiques : mais combien seront-ils ? Combien de temps vont-ils rester ? Plusieurs scénarios s’échafaudent… On sent que les méthodes Transfo deviennent naturelles, le passage de relais n’est pas une illusion. À tel point que c’est un référent qui raconte ci-dessous son retour sur la rencontre avec les élus !

 Comment continuer à travailler ensemble, élus, agents et usagers ?

 La commande

Poursuivre le travail induit par la Transfo pose en premier lieu la question de la commande par les élus. Travailler sur la carte lycéO, ce n’est pas la même chose que travailler sur l’accès des jeunes à la culture. Par conséquent, c’est le positionnement du travail demandé, entre le dispositif, la politique et la stratégie qui est questionné. Sans remettre en cause l’organisation fonctionnelle de la Région, la co-construction de la commande induit un changement de posture.

Le public

Par extension, ce sont les points de contacts avec les utilisateurs qui doivent être éclaircis. A quels moments interviennent-ils, en amont, en aval, tout au long de la démarche (est-ce réellement nécessaire) ?

Construire une politique ou un dispositif avec les usagers, c’est avant tout, apprendre à se reconnecter avec l’utilisateur.

L’évaluation

L’introduction de nouvelles méthodes de travail, de nouvelles approches du sujet, de nouvelles postures méthodologiques des agents, des élus et des usagers, pose également la question d’une nouvelle conception de l’évaluation des politiques. Elle doit davantage être centrée sur la qualité de la conception du dispositif et non plus uniquement sur des critères de consommation. Le dispositif doit être évalué en tant que projet participant à une politique régionale et non plus uniquement comme un « objet » qui marche ou qui ne marche pas…

L’ensemble de ces questionnements, de ces remarques, de ces point durs qu’il faut travailler, serviront de fil rouge à la poursuite des chantiers engagés à la suite de la remise à plat du volet culture de la carte lycéO.

Les idées fusent déjà sur de nouvelles thématiques, de nouveaux dispositifs : la mobilité des jeunes, la prise en charge des licences sportives, etc. Les fiches actions réalisées lors de la troisième semaine deviennent alors des outils indispensables pour les agents, pour consigner les futurs possibles…

Champagne Ardenne SEMAINE 4 / JOUR 2 : Vous croyiez connaître la Transfo ?

Mise en place

En semaine 3 – du 2 au 6 avril dernier – nous avions pu mener l’ensemble de notre planning d’expérimentation quasiment au pied de la lettre. Il soufflait comme un air d’évidence, un constat de réussite partagé par tous les participants comme en témoignait notre dernier post. Nous comprenons aujourd’hui que ce qui semblait naturel était dû à quelques facteurs que nous analysons a posteriori :

  • Nous avions particulièrement planifié cette semaine,
  • La plupart des participants de la Région avaient fait l’expérience des deux premières semaines en septembre et janvier : pour eux, la démarche de la Transfo n’est pas une découverte,
  • L’objet de travail émanait d’une commande politique claire et motivée par un objectif à court terme : la rentrée scolaire 2012,
  • Le sujet d’expérimentation, LycéO, était très concret,
  • Le dispositif se prêtait particulièrement bien à l’exercice car l’enjeu d’amélioration de ce dispositif était relatif, Lycéo fonctionnant déjà plutôt bien.
    > La voie vers le laboratoire d’innovation nous semblait presque tracée !

Mais si nous revenons sur les conditions de notre satisfaction en semaine 3, c’est bien parce qu’elles ne sont pas toutes au rendez-vous en ce début de semaine 4. Dans le planning initial (pourtant tout aussi travaillé qu’en semaine 3), nous avions prévu de profiter des deux premiers jours pour aboutir le travail mené sur Lycéo. Les participants nous avaient en effet indiqué leur besoin d’expérimenter la démarche “jusqu’au bout”, de passer des idées aux actes. Nous souhaitions ensuite , durant les trois derniers jours, nous attacher à la préparation des prochains mois nous séparant de la prochaine semaine de Transfo (début octobre !) : outiller les participants, leur donner les moyens de fonctionner en autonomie.

Sauf que, surprise, nous mettons un certain temps à comprendre qu’ils ont si bien travaillé à passer des idées aux actes pendant notre absence… que notre planning si léché est déjà obsolète !
Une surprise qui transfo-rme !
Nous sommes l’après-midi du premier jour. Nous avons un train de retard. Qu’à cela ne tienne, rattrapons et… devançons ? Non. Et c’est précisément là que tout devient très intéressant.
En effet, ce qui nous est apparu comme un revirement de situation délicat à surmonter instantanément pendant la première journée, s’avère en réalité bien plus « esprit Transfo » que nos prévisions !

Nous atteignons manifestement le moment charnière. Alors que nous étions encore jusque là des « coordinateurs-référents-résidents-animateurs », voilà que nous touchons au “co”  que nous souhaitons si familier de « conception », « création », etc. Soudain, ce préfixe (parfois victime de la mode) prend tout son sens. Soyez prévenus, s’en suivent “émancipation” ou “autonomisation” ou encore “encapacitation” !
Il ne s’agit plus du tout de devancer, mais bien d’avancer « co »njointement.

Cartes sur table

LIVRER LE CODE SOURCE

“Comment sait-on si on doit travailler en petits groupes ou en grand groupe ?”
Au cours du déjeuner de vendredi, nous souhaitons tirer les enseignements de la veille et proposons de mettre cartes sur table (littéralement !). L’échange informel nous permet de comprendre combien le groupe a mûri et nous découvrons leur désir d’autonomie. Nous leur racontons les coulisses de la préparation : nos interrogations de la veille, notre (très) longue soirée de brainstorming pour élaborer le mode opératoire de la journée… “Avant aujourd’hui, nous ne pouvions pas vous livrer toutes les astuces au péril de votre confiance et votre implication : on devait créer de la surprise pour vous donner envie d’aller plus loin”. Aujourd’hui, ”…c’est le moment, nous sommes tous prêts à passer ce cap”.

Comment livre-t-on les ficelles de l’innovation ? Nous réalisons dans le train qui nous ramène vers Paris pour un week-end de break mi-Transfo que nous ne sommes pas réellement détenteurs de ce savoir si évolutif. Décidément le « co » revient à nouveau : dans ce travail de « co »élaboration de plus en plus égalitaire, quel est notre nouveau rôle ? Du travail en perspective mais le meilleur qui soit : l’invention.

Prise de recul sur quatre mois

LA POSTURE D’INDÉPENDANCE QUI PERMET LA FORCE D’INITIATIVE

Parallèlement, nous nous heurtons aussi à des différences fortes dues à nos cultures professionnelles parfois éloignées. De même que nous mettrons plusieurs heures à comprendre ce qu’une « note » signifie en langage administratif, nous nous interrogeons sur le rôle des agents par rapport à celui des élus.
« Proposer » est-il un acte qui ne revient pas aux agents car, intrinsèquement politique, il relèverait du pouvoir et de la légitimité des élus uniquement ?
Au fil de nos échanges, nous dressons des modes de fonctionnement possibles pour le futur labo :

  • répondre à une commande politique formulée par l’exécutif,
  • profiter du cadre de la commande pour investiguer librement le sujet et pouvoir proposer des réponses alternatives aux solutions préconisées par l’exécutif,
  • aller en immersion au contact des compétences régionales et proposer des sujets de travail, en auto-saisine.

Cette dernière proposition est très vite fortement controversée. Nous comprenons que le labo n’a – pour l’instant – aucune légitimité à “proposer”, il doit d’abord “résoudre” de manière innovante, c’est-à-dire en tenant compte du point de vue des usagers. “Les élus doivent valider, c’est leur rôle”. Les propos du Président de Région nous apparaissent sous un nouveau jour.

TRANSFO Champagne-Ardenne SEMAINE 4 / JOUR 1

Cette semaine, de nouveaux résidents arrivent. Un référent jeunesse d’une direction pas encore représentée dans la Transfo, un jeune stagiaire au cabinet du Président, un curieux sous l’effet produit par l’exposition de clôture de la semaine 3 et enfin un dernier qui…je ne sais pas.

Il est à noter que les semaines 3 et 4 sont très rapprochées. Et c’est tant mieux car les implémentations en vue d’améliorer le dispositif Lycéo connaissent un sort différent selon qu’elles soient plus ou moins techniques ou plus ou moins politiques. Et cela tombe bien, nous voulons connaître ce qu’il s’est passé depuis notre départ. Où en sommes-nous des améliorations jugées « faciles » pouvant être implémentées pour le mois de septembre ? Quel a été le fonctionnement des personnes concernées ? Est-ce que tous les résidents ont été sollicités ? Qu’est-ce qui a été décidé ?

Grille, outils et planning de la semaine 4

Réunion à la DLA avec les résidents

C’est donc naturellement à la Direction des Lycées et de l’Apprentissage, la fameuse DLA, que le storytelling de chaque fiche produites en semaine 3 s’écrit selon une grille de lecture que nous avions préparée. Les deux groupes formés se retrouvent à la fin de la matinée pour une mise en commun des travaux effectués.

Le déjeuner vite avalé, nous abordons la seconde phase de la journée : rédiger les “fiches actions” qui ne l’ont pas encore été.

Mais d’abord, les 9 premières fiches ayant connu un sort différent, nous tentons de définir les points d’étape incontournables pour que ces dernières puissent être validées le plus rapidement possible. Nous voulons faire un saut qualitatif, c’est un saut en arrière que nous faisons.

En effet, à la question, Qu’y a-t-il lieu de ne pas oublier de penser pour ne pas entraver la bonne marche en avant de telle ou telle action ?, quasi unanimement, la question de définir le processus de validation de chaque fiche se pose. Qui valide quoi ?, qui décide de quoi ?

Plusieurs discussions s’amorcent. Un flottement s’installe car nous finissons par identifier que nous sommes dans une phase de transition de la Transfo. La question de la gouvernance de la Transfo et donc du futur laboratoire d’innovation régional se pose de nouveau avec acuité . L’expérience menée jusqu’à maintenant ne permet pas encore au groupe de se sentir légitime pour faire des propositions directement aux échelons supérieurs de la hiérarchie régionale et aux élus alors même qu’ils en ont le mandat.

Qu’à cela ne tienne, l’écriture des fiches reprend. Et même si ce travail n’est pas terminé, nous avons suffisamment de matériau pour aller demain en immersion dans les directions qui sont impactées par les améliorations à apporter au dispositif.

Demain sera un autre jour pour faire un point et observer, représenter et critiquer le chemin parcouru ensemble jusque là. Un pas de côté nécessaire dans notre cheminement.

SEMAINE 4 – JOUR 5 – TRANSFO BOURGOGNE – ATELIER CREATIF VILLAGES RETRAITÉS

Réunir une soixantaine de participants, en cooptant ici et là les porteurs de projets, élus, collègues qui semblent intéressés par la question des retraites sur le territoire Bourguignon. Nous commençons par découvrir 10 projets – à retrouver sur notre Cartographie Dynamique des Initiatives – lors de notre traditionnel Midi Village : villages intergénérationnels, réseaux gérontologiques, espaces de ressources, lieux d’accueil de jour atypiques…

Nous nous installons ensuite autour de 5 tables : l’atelier commence. Chaque table propose un type de village différent : un bourg rural déclinant, un plus dynamique, un village rural isolé, un village rural éclaté, un village périurbain. Chacun choisit sa table en fonction de son lieu de vie ou de ses intérêts professionnels.

Nous commençons par construire en quelques 20 minutes, maisons en papier et playmobiles à l’appui, la physionomie de notre village, définissant aussi sa population, ses atouts, ses activités économiques et lieux de vie, fragilités…. Le maire est élu, un script désigné. L’animation est réalisée conjointement entre l’équipe 27ème Région et les agents du Conseil Régional devenus complices.

L’objectif de l’atelier est alors donné : comment améliorer la vie du village pour se projeter dans le futur. Des fiches idées permettent de consigner les projets inventés et débattus collectivement. Cinq grandes questions viennent étayer l’atelier et relancer les débats. Comment accompagner le vieillissement ? Comment mieux profiter des retraités actifs ? Comment mobiliser les habitants temporaires ? Comment améliorer l’intergénérationnel ? Quel rôle des collectivités ?

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L’atelier , tout à fait expérimental, est l’occasion de changer de rôles et de cadre, et de discuter de problème de fond. Des idées émergent aussi. Dans le village rural éclaté de Huits-bourgogne, on imagine pour profiter de tous les habitants, au delà des mobilités nombreuses,  la création d’une “conciergerie municipale” : lieu où chaque habitant peut savoir si un habitant temporaire (touriste, résident secondaire) est arrivé ou quand-a-t-il prévu d’arriver et pour combien de temps il sera présent. C’est le lieu des petites annonces, des échanges entre habitants. On imagine aussi la création d’un réseau social des habitants temporaires, se tenir au courant de la vie au village mais aussi de l’actualité des habitants temporaires dans leur vie quotidienne “hors du village” (ex : je suis à Paris cette semaine, je compte me rendre au salon du livre porte de Versailles, si quelqu’un du village souhaite que je lui rapporte une info, que j’aille sur un stand particulier…). Pour améliorer l’intergénérationnel, c’est la création d’un verger conservatoire, lieu pédagogique et d’échange entre anciens et jeunes qui semble aux habitants de ce village fictif le plus pertinent. Le lien avec la laiterie locale permet aussi l’investissement des anciens employés qui se font guides bénévoles. Pour améliorer le vieillissement et rompre l’isolement des personnes de grand âge dans les hameaux, la création de logement en centre bourg permet de les héberger confortablement en période d’hiver. Le reste de l’année ce sont des stagiaires et étudiants qui sont accueillis pour faire vivre le verger, ou pour travailler à la laiterie.  Le rôle des collectivités est repensé : on imagine plus de conseil et d’assistance technique que de financements directs. La création d’une fondation territoriale permet de capter l’épargne locale et de financer des micro projets locaux de manière plus réactive. Le Conseil Régional sert à capitaliser et diffuser les bonnes pratiques, organiser des voyages d’étude. Il accorde aussi un droit à l’expérimentation hors cadre règlementaire dans certains villages volontaires… Tous les ateliers proposent ainsi de nouvelles voies de développement que nous ne manquerons pas de conserver précieusement.

Transfo Bourgogne – SEMAINE 4 – JOUR 4 – IMMERSION EN PAYS NIVERNAIS MORVAN – Quel avenir pour les commerces Multiservices ?

Nous nous rendons avec Nicole, Arnaud et Paul Henri dans la Nièvre, accueillis par Benoît Lacroix du Pays Nivernais Morvan sur la place centrale de Villapourçon. Benoît a dessiné le programme du jour. Dans la thématique Village retraité, nous jugions intéressant d’interroger le rôle social des commerces multiservices de proximité et de leur pendant itinérant. Le Conseil Régional finance aujourd’hui différents projets de réhabilitation et d’aménagement dans le cadre du dispositif “Cœur de Village”, ou des aides à l’investissement pour les camions de tournées. Le Pays Nivernais Morvan mène une double politique d’accueil des porteurs de projets et aussi d’accompagnement au renouvellement des commerces et de l’artisanat… Benoît est donc au fait de ces questions et interrogera avec nous et avec les commerçants la manière de leur apporter un appui plus ciblé et plus adapté. Nous souhaitions imaginer comment pourraient muter ces activités pour répondre aux nouvelles pratiques de mobilité (travail en ville, résidents temporaires…) et pour permettre de maintenir des services de proximité dans les villages. Nous commençons par rencontrer avec Mr et Mme Lacombe, gérants d’un commerce d’alimentation générale, et assurant un service de tournées. Ils sont arrivés à Villapourçon, il y a 14 ans pour une reprise d’activité dont ils ont eu connaissance par petite annonce. « J’étais moniteur auto-école dans la banlieue Parisienne, ma femme avait de la famille dans la Nièvre. A 42 ans nous avons racheté le fond de commerce. Depuis ils ont développé leur commerce. La boutique du petit centre bourg (60 habitants à peine) est ouverte les matins, mais en fait  l’activité n’y est pas vraiment rentable. « 80% de mon activité est fait grâce aux tournées. » Pendant les tournées, Mr Lacombe rend de menus services aux personnes âgées (remplacement d’ampoules, réglage TV, rentrer le bois…) et discute beaucoup. L’isolement des personnes âgées dans les nombreux hameaux isolés est parfois grand. Alors quel commerce du futur ? “J’ai des doutes pour l’avenir, la situation reste tendue”. Ils ont beaucoup de travail et le nombre de clients est en baisse, proportionnellement au vieillissement de la population, puisqu’aujourd’hui nouvelles habitudes et mobilités transforment les pratiques. Nous sommes surpris de constater qu’alors ils ont un dépôt de pain dans le multiservice, la mairie a soutenu l’ouverture d’un second dépôt de pain juste en face, dans le dernier autre commerce du bourg, un café dont la patronne pourtant âgée continue de maintenir l’activité. Cela pose la question du rôle des collectivités locales parfois ambigüe.

Les tournées représentent 80% du chiffre d’affaire

En ce qui concerne les produits, l’épicerie se fournit dans différentes villes voisines. «  Il a peu de  grossistes dans le secteur. Je suis à la merci des fournisseurs qui me livrent quand ils veulent sans tenir compte de mes contraintes (départs en tournée). » Là encore, certains projet sont en gestation (avec le Parc Notamment) mais l’offre n’est pas encore structurée et aujourd’hui, le circuit court n’est pas d’actualité ! Arnaud évoque un film, le fils de l’épicier, d’Eric Guirado qui se déroule dans la Drôme et raconte l’histoire d’un fils qui reprend à contrecoeur l’activité familiale mais découvre chemin faisant son importance.

Nous déjeunons à Lormes avec Fabien Bazin, Maire de Lormes et Conseiller général de la Nièvre et Anne Algret-Georges directrice du Pays Nivernais Morvan, et citoyenne active de Lormes ! Nos interlocuteurs de Lormes sont d’autant plus intéressés par la démarche, qu’ils ont imaginé avant la Transfo Bourgogne faire de Lormes le village du futur et d’amorcer une démarche prospective ! Ici on choisit de parler de la campagne de manière positive, désolés de baigner dans le catastrophisme ou la nostalgie. Et oui ça bouge à la campagne et à Lormes particulièrement ! Alors “Comment créer un réseau rural qui rayonne ?” Conscient de l’importance de la bataille de l’image et du marketing territorial, Lormes veut mettre en avant ses ressources. “Comment faire de Lormes un spot clignotant ? Comment mettre en valeur les nombreuses pépites du territoire ?” Fabien Bazin voudrait lancer des bons de souscription locaux et imagine une fondation locale pour oeuvrer collectivement au développement du territoire.

L’atelier d’architecture juste installé

Ici certains projets innovants sont mis en avant : ce cabinet d’architecture privé qui met en place des sortes de résidences d’entrepreneurs en accueillant quelques jours dans une chambre dédiée des porteurs de projets. M. Bazin croit beaucoup au développement numérique : avec leur centre de télétravail, plein depuis des années, qui cherche à se développer encore. Pour accueillir les porteurs de projets tout est essayé par la commune : une cession 2 jours par an permet aux migrants potentiels de venir visiter la région, rencontrer les interlocuteurs locaux et consolider leur idée. Fabien Bazin rêverait même d’accueillir en fanfare des porteurs de projets !

Des idées aussi sur les nouvelles formes d’accompagnement de la Région. Ici on s’interroge : à quand le télétravail des agents du Conseil régional pour être au plus près des réalités locales ? Comment financer les expérimentations ou valoriser les territoires dynamiques ? Cela pose des questions de fond aux agents du Conseil Régional : faut-il vraiment miser sur l’exemplarité ? Doit-on chercher à harmoniser les fonds dans un souci d’équité ? Pour mieux accompagner l’expérimentation, peut être serait-il intéressant de se rapprocher de l’innovation au sein de la direction de l’économie du Conseil Régional ?

Nous irons ensuite rencontrer Eric MARCHAND, à Corbigny, Conseiller en développement commercial à la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Nièvre, qui accompagne l’installation des commerces multiservices et les projets d’investissements soutenus par les collectivités. Nous comprenons avec lui à quel point les  commerces multiservices sont très fragiles en rural. Il a remarqué quatre critères importants pour la réussite d’une implantation:  la présence d’une route avec 1000 passages jours au moins, la présence d’un parking, la reprise de commerce existant, une zone chalandise suffisante. Ces critères sont les feux verts pour  garantir 1000 euros par mois à minima. Ensuite bien sûr, la réussite dépend de la personnalité des gérants et leurs savoir faire. Malheureusement, il a fait le constat de nombreux échecs qui induisent misère sociale (divorces, dettes, suicide !). Parfois il a des bonnes surprises, comme par exemple avec ce couple de militaires retraités à 30 ans ! Les doubles revenus sont bienvenus et les solutions de repli aussi, puisque certains se mettent en disponibilité pour changer de voie. Des idées ? Peut etre proposer des stages de découverte ? des formes de parrainage ? pourquoi ne pas faire des commerçants installés des formateurs, rémunérés pour cette fonction, permettant de renseigner et de faire découvrir le métier aux prétendants ? Peut être l’occasion d’économiser du temps et de l’argent et d’épargner les échecs, d’éviter la détresse sociale ? Pour Eric Marchand c’est aussi les systèmes de livraisons personnalisées qui prendront le relais des tournées.

Depuis la mairie, le multiservice de Guipy en bordure d’une route passante.

Nous allons à la rencontre de Monsieur Léger, épicier à GUIPY, gérant d’un commerce réhabilité par la municipalité de Guipy. Il nous raconte son parcours “j’étais commercial dans l’automobile, ma femme était originaire d’ici, j’ai été licencié à 48 ans… Je me suis lancé !». Même si le commerce semble assez exemplaire, développant une activité de Bar tabac, épicerie et restaurant, les revenus ne sont pas encore suffisants. « Je ne me verse pas de salaire de tout de façon, je n’ai pas le temps de le dépenser ». Une nouvelle idée ? Un service de remplacement pour les commerçants ?

Nous finissons par une discussion avec les élus du village de Guipy dont M. Tourteauchaux son Maire. Ceux-ci ont porté le projet à bras le corps avant de le mettre en gérance. Pas évident pour eux de laisser le projet à quelqu’un d’autre, sans avoir vraiment droit de regard.Même si M. Tourteauchaux travaille beaucoup et rend de menus services (comme aller chercher un couple en voiture le dimanche pour qu’ils viennent manger), la mairie aurait souhaité qu’il propose une offre d’épicerie à domicile.

Cette difficulté à concilier activité du village et rentabilité économique, nous pose des questions. Les élus, prêts à tout pour garder leur dernier commerce,   souhaitent-ils installés des lieux de vie ou des activités commerciales dans leur village ? Comment mieux accompagner les porteurs de projets ? Sont cités en exemple les Sites de proximité qui accompagnent, informent et orientent les porteurs de projets en Rhône-Alpes.

En fin de compte, on discute beaucoup aujourd’hui des services à la personne. Comment favoriser la multi activité ? Comment favoriser les organisations collectives et coopératives pour rompre l’isolement des porteurs de projets et apporter du soutien ? Arnaud qui travaille sur le projet Massif, évoque aussi le réseau des épiciers du Massif central qui mettent en relation fournisseurs et commerces.

SEMAINE 4 – JOUR 5 – TRANSFO BOURGOGNE – Immersion le retour – comment partager rapidement ce qui a été collecté ?

La matinée est consacrée au traitement des données. Comment partager rapidement tant d’informations encore toutes chaudes ? A partir d’une sélection de photos, nous revenons sur chaque rencontre en choisissant 3 éléments forts : verbatims, éléments de réflexion, idées… pas de frein à cette étape.

Cette méthode permet de formaliser rapidement un affichage. Malheureusement, nous n’aurons pas le temps aujourd’hui de nous raconter nos diverses aventures !

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