Transfo Pays de la Loire / Semaine 4 / Jour 5

Qui dit 5ème jour dit, en langue « Transfo », jour de bilan…

Après avoir travaillé toute la semaine sur un objet comprenant à la fois les dispositifs de rencontre de la Région avec ses citoyens et la production issue de ces rencontres, que pouvons-nous répondre aux questions de départ ? Alors que nous arrivons bientôt au milieu du programme Transfo en Pays de la Loire, tentons ici de les reprendre une par une (ainsi que quelques nouvelles qui ont surgi entre temps) et de voir ce qui se dégage de nos expériences…

– Pourquoi aller à la rencontre de l’usager/habitant (y compris sur des sujets aussi complexes que la prospective) ?

En semaine 3, nous étions arrivés à illustrer la situation en concluant que nous étions, par de nombreux aspects, à la recherche d’un insaisissable équilibre. Entre la technicité de l’action régionale et les aspects pratiques du terrain, entre les connaissances techniques des agents et l’expérience du quotidien des habitants, entre le temps long de la prospective et le besoin de réponses concrètes et rapides ressenti par les usagers, nous dessinions points par points les contours d’une Région idéale capable de produire des politiques publiques adaptées et comprises par ses habitants. Parmi ce flot d’entre-deux quelque peu théoriques, deux figures « pures » ressortaient, au sens où elles étaient positionnées exactement à l’équilibre : le citoyen et l’élu. La figure du citoyen en particulier retenait notre attention et était finalement différenciée de l’habitant ou de l’usager. Au fur et à mesure des discussions, le citoyen apparaissait tout simplement redéfini comme une personne informée, à même de comprendre les enjeux et le sens de l’action, qu’elle soit usager ou non, habitant ou non.

Aller à la rencontre de l’habitant reviendrait donc d’abord à faire une action de communication, au sens noble du terme, d’explication de l’action, de présentation et d’échange autour des questionnements régionaux avant même de proposer des réponses. Cet aspect pédagogique s’est en effet révélé particulièrement important cette semaine. Il prenait même régulièrement des accents inattendus de désacralisation de l’institution et de ceux qui la compose (à l’image des agents « presque redevenus humains » le temps d’un soir parce qu’ils avaient mis de côté la veste et avaient joué quelques scénettes ! ). Le besoin de « cassage du mythe régional » s’est donc avéré criant et a montré le fossé qui nous séparait de l’état actuel à celui de connaissance mutuelle. Cette dernière notion mérite d’ailleurs d’être ré-affirmée : il ne s’agit pas uniquement de faire faire à l’habitant le chemin le séparant de l’institution mais bel et bien de faire se rapprocher dans un effort commun et permanent l’institution et l’habitant.

Ce faisant, les productions issues de la semaine passée font aussi la preuve qu’au-delà d’un « simple » rapprochement, des rencontres Région-citoyens peuvent aussi permettre de s’assurer de l’absence d’a priori et de repréciser quelques notions dans ce qu’elles ont de plus sensible et subjectif.

– Quelle matière peut-on retirer de la consultation citoyenne ?

L’immersion fléchoise a confirmé ce que nous pressentions : même après un temps de présentation non négligeable, comme dans le cas de la soirée du jeudi, tout sujet (encore plus lorsqu’il est aussi complexe que la prospective) amène avant tout à parler de qui l’on est, de ce que l’on connaît avant d’éventuellement aller plus loin et toucher du doigt la complexité régionale. Pour autant cela n’a pas vraiment semblé problématique. Au contraire, ce contenu vivant et imparfait, après avoir généré quelques questions sur son utilité, est vite devenu une matière appréciée pour sa capacité à être parlante, à résumer parfois en quelques mots emplis de vécu une idée qui, énoncée par la Région, semble souvent bien plus abstraite. Si une compilation exhaustive de toutes les phrases prononcées et les images collectées n’aurait vraisemblablement qu’un intérêt restreint, chaque participant à cette semaine est sans nul doute reparti avec en tête son florilège de réflexions spontanées lui permettant ainsi de re-concrétiser la démarche, de la tangibiliser. Ce faisant, chacun d’entre nous aura intimement ressenti ce qui est peut-être l’intérêt premier de la production d’une démarche de consultation : une re-connection avec l’humain, un apport de chair et d’os dont l’expression, très rapidement clichée et facile à moquer, ne doit pas masquer la satisfaction qui ressortait largement dans l’équipe en cette fin de semaine d’avoir un tout petit peu répondu à la quête de sens précédemment exprimée.

Personne n’est donc revenu avec des réponses précises aux grandes questions posées et il faut bien rappeler que ça n’est pas ce qu’il faut aller chercher ! Au contraire, nous avons récolté tout au long de la semaine des avis subjectifs, des visions parcellaires et des phrases « qui résument tout », de l’affect, des envies, des peurs, de la complexité, du re-questionnement… Et cela nous apparaît aujourd’hui comme un complément intéressant à l’exercice de prospective préalablement mené par la Région. Là où le travail des experts consiste à faire émerger des tendances, à raisonner en systèmes et à rationaliser, la consultation répond de façon impressionniste et expressionniste. Ce qui nous a dès lors préoccupé a été de ne pas simplifier artificiellement ce contenu, de ne pas l’orienter par nos réactions, le sur-interpréter, d’assumer notre besoin de synthèse sans produire des comptes-rendus vides de sens, de sensibilité, de contradictions. C’est pourquoi nous avions consacré une bonne partie des ateliers de la semaine 3 ainsi que le temps jusqu’à la semaine 4 à imaginer des formes originales à même de recueillir tout ce matériau subjectif et de le rendre le plus ré-appropriable possible. La difficulté de l’exercice auquel nous nous attelons dès aujourd’hui est de récupérer toutes ces formes et d’en faire un document compréhensible et partageable… Y compris dans d’autres temps de consultation !

En effet, l’un de nos tests de la semaine (les « Questions à Réactions« , posées sans préalables au sein d’un marché et qui ont montré certaines limites) a aussi mis au jour un intérêt important : aller au devant des gens avec des questions et un intérêt pour leurs réponses est sans doute l’un des meilleurs moyens pour faire preuve de l’ouverture de la démarche et donner envie de participer à des formats plus longs… En quelque sorte, la consultation se nourrie d’elle-même : des formes de consultations légères permettent de mener d’autres consultations plus approfondies et d’accentuer ainsi le partage et le rapprochement de la Région et de ses citoyens.

– Comment faire un pas vers la stratégie (sans prendre le pas sur le travail des élus, sans effacer la complexité) ? Comment passer de la consultation à l’objet de politique publique ?

Notre expérimentation autour de l’exercice de « prospective participative » touchant à sa fin, nous arrivons maintenant au moment où les études se transforment en décisions et en dispositifs. C’est alors aux élus de se saisir du travail mené et de proposer les projets qui y répondront. Le rôle des agents est de faciliter le passage de l’un à l’autre et pour cela, généralement, de synthétiser. Cependant, dans le cas de la prospective, comme dans d’autres, la somme d’informations récoltée est énorme et les questions bien plus nombreuses que les réponses. Synthétiser ne reviendrait-il pas dès lors à faire état de cette complexité, à la mettre en avant plutôt que de chercher à la réduire artificiellement ?

Puisqu’il ne s’agit pas ici d’anticiper sur le travail des élus, qui seuls ont la légitimité politique, et puisque les agents ont bien montré leur souci de ne pas mal interpréter le contenu qu’ils ont récolté, il nous faut penser des formes intermédiaires entre le retour de paroles brutes et la synthèse simpliste. Il nous faut affirmer la notion de flou: se garder de faire passer ce qui a été fait pour un travail scientifique et bien montrer grâce aux formes employées que tout cela ne sont que des tendances pouvant même être contradictoires les unes par rapport aux autres, un ressenti exprimé par le territoire à un moment T. Depuis le début, toute la difficulté de l’exercice semble se cristalliser dans ce moment de passage de relais, d’un travail fait d’expertises et de sensible vers le politique, « définisseur » de projets. Forts de tout le travail mené depuis le début de la Transfo, nous avons maintenant la possibilité de tester des formes nouvelles et d’avancer encore un peu notre réflexion de fond sur l’innovation au sein de l’institution régionale. Nous entrons dans une phase où le travail sur les formes de restitution va être prépondérant et notre vendredi après-midi est d’ailleurs en grande partie consacré à la réflexion en groupe sur ce sujet. Rendez-vous est donné dans quelques semaines…

– Quel(s) retour(s) pour les citoyens ?

Notre semaine a aussi été l’occasion de se rendre compte parfois de notre manque de politesse ! Nous saluions bien les personnes rencontrées et les remerciions chaleureusement mais pris dans l’élan et concentrés sur nos premiers objectifs, nous nous sommes assez vite rendus compte que nous avions délaissé les questions de présentation (qui sommes-nous, pourquoi sommes-nous là) et que nos remerciements, même appuyés, semblaient finalement bien maigres au regard de l’attention que nous portaient les fléchois et du travail qu’ils fournissaient dans les ateliers. Ainsi, nous nous sommes vite considérés comme redevables si ce n’est d’une réponse, au moins d’un retour envers tout ceux qui avaient bien voulu nous répondre. C’est en fait ce vendredi que l’expression idoine est clairement ressortie ; ce qui nous avait marqué à l’issue de cette semaine et ce qu’il fallait que nous gardions absolument a été ainsi résumé : faire preuve d’empathie.

Lors des ateliers, un premier retour consistant à afficher aux murs les productions tout juste réalisées donnait l’occasion d’une première prise de recul et d’une première affirmation que ce qui avait été dit n’était pas parti dans le vide. Mais il nous faut maintenant aller plus loin. Après nous être rendus compte de notre erreur, nous avons essayé de collecter les adresses e-mails de tous les participants intéressés et devons maintenant leur faire un retour plus complet et plus travaillé, montrer que nous avons entendu et retenu ce qui a été exprimé sous une forme synthétique mais pas simpliste. Les participants sont bien placés pour savoir ce qu’ils ont dit et ne s’y retrouverait pas ! Finalement, le besoin auquel nous devons répondre ne semble pas très éloigné de celui de restitution aux élus… Cela peut même apparaître comme une qualité que d’être en mesure de faire d’abord un retour ne prenant pas parti, faisant le plus honnêtement possible état de ce qui a été dit, avant de donner la parole aux élus qui expliqueront ce qu’ils en ont retenu et les réponses qu’ils y apportent. Dans l’idée de pédagogie, c’est aussi l’occasion d’affirmer, si ce n’est de faire connaître, la différence entre l’aspect administratif de la collectivité et le rôle stratégique et décisionnaire des élus. Le travail sur des formes intermédiaires évoqué plus haut apparaît donc à la fois plus important et plus efficace.

– Quelle(s) forme(s) pour une fonction d’innovation régionale ?

La fin de la Transfo est encore un peu lointaine mais les semaines défilent vite et à l’aune de notre premier sujet d’expérimentation, quelques hypothèses se dessinent déjà. De part le temps passé en immersion avec 7 agents régionaux, la semaine 4 a notamment été l’occasion de nous confronter à des questions de management dont nous sommes peu familiers. Les temps de réflexion internes au sein de l’équipe 27e Région et les temps de réflexion ouverte avec les agents, tout comme les temps de réflexion avec les citoyens se sont parfois mélangés avec des résultats plutôt négatifs, voire contre-productifs : pertes de repère, sentiments de flottements, fréquentes remises en cause et possible perte de temps. En cela, la 27e Région (bien que toute petite comparée aux 26 autres) et à travers notre équipe, la préfiguration d’une fonction d’innovation régionale, n’apparaissent pas différente d’une autre organisation puisqu’elles ne peuvent s’exonérer de ces questions de management et doivent réussir à mieux formaliser le processus de co-création, sans doute en dissociant mieux les temps de travail et en formalisant des niveaux de responsabilité laissant libre cours à la discussion et aux propositions mais permettant de décider d’une orientation à suivre lorsque cela est nécessaire. En somme, le difficile équilibre évoqué pour l’action régionale se retrouve assez logiquement ici dans le fonctionnement même de la fonction innovation.

Cela amène d’ailleurs à penser l’autonomie de cette fonction. Comment en effet tenir son rang de « poil à gratter », de « re-questionneur » ou encore de « pirate bienveillant » sur la longueur (très importante pour pouvoir capitaliser et construire comme l’expliquait par expérience Jean-Lou Molin) au sein de l’institution ? Sur cette question l’utilisation du design aujourd’hui donne une bonne possibilité de comparaison. Avec un rôle identique sur de nombreux aspects, la fonction design est partagée entre des équipes intégrées au sein des organisations et des équipes externes. Si la base du métier est la même, le contexte dans lequel s’exerce la fonction amène selon le cas (et en généralisant quelque peu) à plus de facilités pour l’intégration des contraintes de l’organisation ou à une prise de recul plus évidente. De ce fait, certaines organisations ont recours au deux modes de production simultanément, faisant travailler des équipes externes et internes sur des sujets communs. Cependant il nous faut aussi penser en terme d’efficacité or l’action publique a la particularité de dissocier le travail de réflexion, d’analyse et de mise en place effectué par l’administratif de celui de priorisation, de stratégie et de décision mené par le politique. En cela une fonction d’innovation régionale pourrait sur le papier déjà bénéficier d’une bonne part de l’indépendance nécessaire à son bon fonctionnement. Mais, de la même façon qu’une Région proche de ses citoyens ne peut se construire que sur le long terme, l’acculturation des agents régionaux, et à travers eux de l’ensemble de l’institution, à des méthodes innovantes incluant par exemple le recours à la prospective pour re-problématiser les sujets d’étude, ne peut se faire qu’avec une certaine pérennité, qui doit donc être garantie. A voir le malheureux exemple de l’abandon soudain du travail mené en Espagne en région Estremadur, on peut justement se demander : une fonction innovation externalisée ne constituerait-elle pas une alternative plus stable et donc plus à même de remplir son rôle ? Afin que cela soit viable, mais aussi pour garantir le recul de cette fonction innovation sur ses sujets de recherche, une telle entité pourrait-elle par exemple bénéficier d’un portage multi-acteurs ?

Nombre de questions sont encore posées et les réponses sont certainement multiples. Cependant, nous saisissons un peu mieux chaque semaine les tenants et les aboutissants du sujet. Généralement d’ailleurs l’enthousiasme l’emporte sur les difficultés rencontrées et à relire nos billets de blog, il pourrait apparaître comme une forme de positivisme démesuré. Qu’on se rassure donc, le travail mené soulève au moins autant de questions qu’il n’en résout, il montre en particulier l’extrême difficulté qu’il y a à mener une action mesurée assez innovante pour faire bouger les choses et faire preuve de son efficacité, tout en étant assez partagée pour pouvoir être diffusée et donc, là aussi, efficace… Nul doute que cela fera partie des questions abordées lors de l’événement organisé par la 27e Région « Design Public Local » à Tourcoing la semaine prochaine.

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2 réponses à “Transfo Pays de la Loire / Semaine 4 / Jour 5

  1. Le lien « scénettes » semble ne pas fonctionner.
    Dernier article long mais intéressant
    GB alias la compagne de Léa

  2. territoiresenresidences

    @Bodet : merci, lien corrigé !

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