Transfo Pays de la Loire / Semaine 3 / Jour 3 / Atelier 2 + Jean-Loup Molin

Une météo du jour pour prendre le pouls des participants, puis la machine est lancée : le deuxième atelier commence. La première partie de la matinée est consacrée à la présentation de notre proposition de mise en forme du matériau récupéré la veille et sa mise en débat. Où l’on met des mots – et des images ! – sur le paradoxe de l’échelle régionale et les apports de la prospective. Mais comme une image vaut parfois 1000 mots, allez plutôt jeter un coup d’œil ici.

Mise en forme des réflexions du premier atelier

Nous entamons ensuite le travail créatif avec les agents sur la base des scénarios de l’atelier de prospective. Ces 3 scénarios, issus d’un travail d’expert, sont autant de colonnes vertébrales, un peu branlantes peut-être, sur lesquelles tout le monde s’accorde à dire qu’il faut amener de la chair. Aujourd’hui, il s’agissait donc de tester, sur et avec les agents, un modèle de « bifurcations » qui permettrait de passer de scénarios écrits « en ligne droite » (très, voire trop cohérents pour que cela puisse vraiment arriver un jour) à une forme appréhendable par les fléchois lors de notre semaine sur place en septembre. Une après-midi de préparation ne fut pas de trop pour permettre à l’équipe de proposer un principe graphique approprié. En procédant, sur la base d’un premier travail de la DPSA21, à un découpage thématique des scénarios, nous avons proposé aux agents d’identifier et de matérialiser des passerelles (des compatibilités et incompatibilités) entre les différents « briques » issues du découpage. En bref, réduire la complexité du matériel de départ et commencer à tracer des cheminements possibles grâce à un outil, inabouti certes, mais dynamique et facilitateur de débat collectif.

Un outil bricolé avec des bouts de ficelles…

La mise en pratique – 2h tout de même ! – s’est révélée bien plus complexe que prévu. Tout le monde a pu constater, collectivement, que la forme ne faisait pas tout. Faire comprendre le matériau de départ que sont les scénarios, forcément complexe et relativement déconnecté du quotidien, semble impossible en un temps aussi court. Si c’est le cas auprès des agents, quid des citoyens « profanes » ? Un sentiment de perplexité se diffuse, mais c’est le jeu : on construit en marchant, donc on ne sait pas toujours où on va ! Nous verrons bien ce que nous faisons de ce que nous en faisons demain.

Contrairement à la veille, nous retrouvons les agents en début d’après-midi car nous avons le plaisir d’accueillir pour la journée JeanLoup Molin, Directeur adjoint en charge de la veille et de la recherche au sein de la Direction de la prospective et du dialogue public (DPDP) de la communauté urbaine de Lyon. Après avoir participé aux travaux de la matinée, il est venu partager avec nous son expérience et présenter la manière dont se pratique la prospective au Grand Lyon.

Intervention de Jean-Loup Molin

« Aider à analyser les mutations », « Poser et partager les enjeux de sens afin de positionner au mieux la conduite de l’action publique » : voilà selon lui à quoi sert la prospective. Ce rôle, qui est aussi celui du décryptage des dimensions transversales de chaque politique publique, est essentiel : finalement, plus qu’une forme de communication, est ce que la prospective ne serait pas un « simplexificateur » de la fabrique des politiques publiques ?

Mais au fait, la DPDP, c’est qui ?

L’équipe (22 personnes) est constituée de 4 pôles :

  • le pôle Veille et Recherche, qui pilote le réseau de veille et conduit la politique Métropole des Savoirs ;
  • la Mission participation citoyenne ;
  • le pôle Marketing Public ;
  • le pôle Édition, parce que la prospective a vocation à être partagée (publication, revue M3, site Millénaire 3…)

Le chemin de la prospective au sein du Grand Lyon


Le réseau de veille, interdisciplinaire et multithématique, est un outil original et indispensable au bon fonctionnement de la DPDP. Il l’accompagne au quotidien dans la production d’une analyse sociétale en mesure d’enrichir les politiques publique. Placé à l’extérieur de l’institution, sa réussite est néanmoins le fruit d’un travail au long cours et du développement d’une connaissance du territoire et de l’institution qui est irremplaçable. Une mise en garde nécessaire qui questionne la tendance actuelle à l’externalisation permanente et révèle le potentiel de ce que Jean-Loup Molin a appelé le « compagnonnage ». Un principe qui fait écho au mode de fonctionnement de la 27e région…

Et concrètement, au Grand Lyon, on la fait comment la prospective ? « On s’abime les yeux sur le présent » nous dit Jean-Loup Molin. Préalable indispensable, le travail sur les tendances assure une meilleure compréhension de la société. D’autre part, il est plus simple d’intéresser les gens et d’engager la réflexion à partir du présent, plus concret. Et finalement, on reste bien dans la prospective, puisqu’in fine c’est bien la question de « Qu’est-ce qu’on est en train de construire avec ça demain? »qui est posée.

La question de la porte d’entrée est également importante : chaque sujet dont s’empare la DPDP est toujours interrogé en partant d’un autre sujet, et c’est ce travail qui va permettre de réinjecter du politique, du sociétal et donc d’enrichir les problématiques de départ. Ainsi, le rôle de la prospective « à la sauce DPDP » n’est pas tant d’apporter des solutions que de redéfinir les questions posées, en bref, se faire « entreprise de politisation ». C’est à dire ? C’est à dire faire inscrire à l’agenda politique des questions qui n’y étaient pas au départ. Cela renvoie également à la question des valeurs et des finalités : politiser c’est aussi décrypter les valeurs sous-jacentes derrière chaque projet. Ce rôle de la prospective semble indispensable, d’autant plus qu’il y a aujourd’hui, selon Jean-Loup Molin, un déni sur les futurs possibles : « on n’a pas vraiment envie de les voir ».

Pour mener à bien ces missions, l’apport du collectif est essentiel: partant du constat que la sphère publique ne peut plus, à elle seule, conduire le changement, la construction d’une intelligence collective est plus que jamais nécessaire pour permettre l’action. Et c’est en ce sens qu’il faut continuer d’aller vers une prospective participative, qui ne se cantonne pas aux experts. Pour autant, Jean-Loup Molin reconnaît et souligne que ceux qui alimentent véritablement la prospective sont toujours les corps intermédiaires, les forces vives, rarement le grand public, d’ailleurs jamais consulté directement par la DPDP. Evoquant une « zone grise » autour de la participation, souvent utilisée à des fins électorales (appropriation ex-post du projet politique) il reste dubitatif sur la possibilité de développer une réelle expertise avec le grand public dans un temps court. En effet, il est nécessaire de se donner les moyens d’outiller les citoyens pour parvenir à dépasser l’avis « micro-trottoir », et ce préalable prend nécessairement du temps.

On pourrait continuer encore longtemps, tant cette présentation était riche. D’ailleurs, l’avis des participants est unanime : passionnant !

Mais alors, c’est quoi la recette ? La formule magique pour parvenir à cette prospective là ? Evidemment, il n’y en a pas et il ne peut pas y en avoir. Jean-Loup nous l’a rappelé dès le départ : il n’existe pas, en la matière, un modèle unique applicable partout. C’est le contexte qui permet et conditionne le développement d’un modèle spécifique. Et d’ajouter que la posture, si elle ne fait pas tout, reste essentielle.

Autant d’invitations à la modestie… Et de questionnements sur notre propre démarche. Que va t’on retirer d’une consultation citoyenne sur des scénarios prospectifs ? Est-ce faisable ? Ne faudrait-il pas repartir du présent, avant d’aller vers d’éventuels futur-ibles (futures possibles) ou futur-ables (futures désirables) ? Nous repartons avec un tas de questions, sans forcément avoir des réponses… Tiens, mais est-ce que l’on ne serait pas déjà en train de faire de la prospective alors?

PS : pour en savoir plus, rendez vous sur le site de Millénaire 3 ou pour un peu de lecture avec l’article de Jean-Loup Molin paru dans Futuribles ce mois-ci (« Prospective et action publique. Réflexions à partir de l’expérience du Grand Lyon », n° 386, juin 2012, pp. 5-21).

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