Territoires en Résidences : deux lycées candidats en Champagne-Ardennes

Cette semaine, visite de deux lycées candidats à l’accueil d’une résidence d’innovateurs, en compagnie de Matthew Marino, designer (et auteur des photos qui illustrent ce billet), Bertrand Rigal et de Sylvain Petit de la Région Champagne-Ardennes, et moi-même. Nous étudions la possibilité d’y mettre en oeuvre une résidence durant le premier trimestre 2009.

Le lycée viticole d’Avize près d’Epernay, tout d’abord. Près de 400 lycéens et apprentis y apprennent les pratiques viticoles les plus récentes pour produire un fabuleux nectar : le champagne ! Les affaires tournent plutôt bien : pour un diplômé, trois offres d’emploi en moyenne.

Mais le proviseur du lycée regrette un déficit de vie social au sein de l’établissement. La configuration de l’établissement actuel, il est vrai, y concourt largement : De nouvelles salles de classes, des étages d’internat, un parking et de nouvelles annexes ont été ajoutés dans le périmètre du bâtiment d’origine (aujourd’hui consacré à l’équipe de direction) sans réflexion ni souci d’améliorer le confort des lycéens et du personnel. Le foyer des lycéens est situé de l’autre côté de la route. Et se repérer dans l’établissement constitue un défi pour le nouvel arrivant… Le proviseur cherche également à promouvoir une culture participative et expérimentale, mobilisant davantage les lycéens. Une autre grande question réside dans l’intégration de l’informatique dans la vie de l’établissement ; chacun sent bien qu’un nouveau cap doit être franchi, mais l’hésitation est grande, entre libérer l’utilisation de l’informatique, et en encadrer massivement les usages : l’établissement promeut l’usage d’un extranet, mais il n’existe que 4 ordinateurs en libre accès ; les élèves pourraient apporter leurs ordinateurs lorsqu’ils en ont, mais la réticence à l’installation du Wifi est forte ; ou encore, beaucoup de professeurs mobilisent l’informatique dans leurs cours, mais l’unique salle est fermée à clé.

A Revin, au nord des Ardennes, c’est un lycée flambant neuf qui verra le jour en 2013, en lieu et place des bâtiments actuels du lycée Jean Moulin devenus vétustes et inadaptés. Mais le proviseur du lycée et son équipe n’ont pas l’intention d’attendre le premier coup de pioche pour amorcer le travail de transformation des mentalités qui devra accompagner ce grand chantier.

Car les interrogations sont nombreuses, et comme au lycée d’Avize, elles n’appellent pas seulement des réponses d’ordre architectural, mais aussi d’ordre culturel, social, organisationnel, serviciel -toutes interdépendantes. L’accès au lycée et l’ouverture vers l’extérieur sont des enjeux prioritaires : Les lycéens doivent souvent se lever dès 6h pour rejoindre l’établissement… Comment traiter ce problème de transport ? Comment mieux articuler l’établissement avec le centre-ville, distant de plusieurs kilomètres et en contrebas ? Comment améliorer l’accès au lycée et l’organisation des transports ? Comment ouvrir davantage le lycée vers le tissu associatif, économique, vers les parents et vers toute la communauté locale ?

La mobilisation des lycéens, le réechantement de la vie collective au lycée sont d’autres préoccupations majeures, dans un territoire aussi fragile : Comment redonner aux adolescents l’envie de venir au lycée et d’apprendre ? Comment mieux prendre en compte les nouvelles pratiques éducatives et l’irruption du numérique dans la vie des adolescents (voir par exemple ce blog créé par les élèves) ? Comment donner la parole aux élèves, les responsabiliser et les associer à la vie du lycée ? Comment changer les regards ?

La question du temps est apparue essentielle : Où trouver le temps pour recréer du collectif, partager des expériences communes, transcender les disciplines ? Le besoin de décloisonnement transcende toutes les problématiques du lycée : Comment faire tomber les silos de la vie administrative ou éducative ? Les enjeux environnementaux se font également plus pressants : comment réussir la mise en œuvre d’une démarche environnemental, alors que l’application du programme Eco-Ecole n’a pas soulevé l’enthousiasme pour l’instant ?

A Revin comme à Avize, le principe de résidence est perçu comme une occasion, même modeste, d’amorcer progressivement un travail de transformation, de repartir de l’expérience du lycéen pour imaginer de nouvelles façons de vivre le lycée, d’inventer des méthodes nouvelles avec la communauté locale, et d’en tirer des solutions créatives pour répondre aux besoins des lycéens et de la population locale.

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