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Coup d’envoi de la troisième semaine de résidence au lycée Gabriel Fauré d’Annecy

De la conception à la réalisation des projets

Aujourd’hui commence la troisième et dernière semaine de résidence au lycée Gabriel Fauré d’Annecy qui aura lieu du 17 au 21 mai 2010. Cette semaine doit voir la mise en œuvre de réalisations concrètes. Les résidents vont aussi s’efforcer de transmettre à des potentiels porteurs de projet le désir de faire aboutir des chantiers sur le long terme.

A l’occasion de la réunion inter-résidences qui a eu lieu la semaine dernière à la Cantine avec l’équipe de la 27e Région, les résidents ont sélectionné, parmi la dizaine de projets ébauchés au cours des semaines précédentes, quatre projets qu’il paraît ambitieux – mais réaliste – de mettre en œuvre cette semaine. En fin de semaine, nous serons en mesure de présenter certaines réalisations achevées, tandis que d’autres seront simplement scénarisées et traduites dans un cahier des charges. Nous laisserons aux porteurs de projets le choix de les finir.

Affichage sur la réunion publique du mardi 18 mai

Qui osera inaugurer le micro?

Parmi les projets que les résidents souhaitent réaliser cette semaine, se trouve l’installation d’un micro destiné à ce que chacun s’exprime, installé dans la loge. Il faut installer une ligne téléphonique indépendante du standard du lycée pour que le micro fonctionne. Les deux designers rencontrent l’intendant du lycée pour aborder les questions de câblage.

Que mettre dans le kit de speed dating?

Le speed dating que nous avions organisé lors de la deuxième semaine de résidence au Pâquier avait eu beaucoup de succès auprès des lycéens. Certains avaient même exprimé le désir de reproduire ce dispositif au sein même du lycée, durant la pause. Les CPE et surveillants de l’internat ont aussi imaginé utiliser ce moyen pour favoriser l’intégration des élèves durant les premières semaines après la rentrée pour favoriser l’intégration des élèves. Les résidents décident de concevoir et de réaliser un kit du speed dating lycéen, comprenant t-shirts pour les organisateurs, sifflet, chrono et un petit guide d’utilisation.  Ce projet est motivé que les objets possèdent un fort pouvoir d’incitation et de transmission.

La signalétique poétique en voie de réalisation

Les résidents vont aussi mettre en œuvre une partie de projet de signalétique dans le lycée. Il s’agit d’inscrire des panneaux de rue en bois peints à la peinture à craie pour que les lycéens inscrivent leur propre terminologie descriptive du lycée. Ce procédé simple devrait être un vecteur fort d’appropriation du lycée. Il pose cependant de nombreuses petites questions de réalisation : quelle couleur pour la peinture ? Faut-il imiter la forme des panneaux de rue ou choisir une forme moins mimétique et contraignante ? La signification du projet en est-elle alors modifiée ? Où stocker les craies ? Un professeur de lettres s’est déjà emparé de ce projet. Il a fait travailler sa classe de seconde sur des inscriptions possibles selon les thématiques du programme, comme par exemple le romantisme. Ces mêmes élèves ont eux-mêmes proposé de rédiger une charte d’utilisation du micro.

Pérenniser le projet test du trombinoscope?

Le trombinoscope était le projet test proposé en fin de deuxième semaine de résidence : il donnait à voir un inventaire des différentes catégories d’ «habitants » du lycée et était composé de toutes les photographies qu’il avait été possible de rassembler en mêlant trombinoscope et shooting sauvage. Les résidents l’ont retrouvé abîmé, griffonné – signe qu’il n’a pas laissé indifférent. Faut-il le pérenniser sous une forme plus durable ? Mathieu, élève en terminale, a aimé l’idée. Mais il regrette que la plupart des élèves aient simplement constaté l’apparition du trombinoscope sans s’interroger sur sa signification. « C’est incroyable l’inertie des élèves ici ! » s’exclame-t-il.

Le trombinoscope deux semaines après son installation

La plupart des projets survivront à notre résidence au lycée sous forme scénarisée. Il faut donc aussi les développer, les approfondir, les tester – en somme, concevoir un cahier des charges. Projets, préconisation, réalisations,  l’équipe des résidents naviguera cette semaine entre différents formats et différents outils, avec en ligne de mire la volonté d’initier une dynamique de changement durable, d’offrir des modes d’action et des réalisations concrètes.

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Résidence Circuits courts alimentaires à l’EPL du Balcon des Ardennes // Lancement de la résidence

À l’issue de ses deux visites ayant eues lieu au mois d’avril et mai à Saint-Laurent à l’Établissement public local (EPL) du Balcon des Ardennes ainsi qu’à Châlons-en-Champagne au Conseil régional, un temps de synthèse et de proposition a permis de préciser le cadre d’intervention de la résidence. L’équipe 27e Région et les futurs résident(e)s ont ainsi formalisé une note à destination de l’EPL, de la Région et de la Confrérie de la Cacasse à Cul nu, tous partenaires de la résidence (cf c-dessous).

RESIDENCE 27eR-Circuits courts-NOTE 20100512

Le sujet retenu pour la résidence est donc le suivant : établissement d’enseignement agricole, spécialités gastronomiques régionales et circuits courts alimentaires.

Dans le cadre de ce sujet, nous nous proposons de traiter plus spécifiquement de 3 problématiques :

  • Circuits courts en région Champagne-Ardenne, les spécialités régionales comme levier de développement ? Cette problématique sera abordée au cours de la résidence avec comme point d’entrée l’exemple de la Cacasse à cul nu.
  • Circuits courts et formation des futurs professionnels de l’agriculture et de l’environnement, comment formateurs et apprenants s’emparent-ils du sujet ? Comment cette problématique à la fois économique, sociale et environnementale fait-elle projet au sein d’un établissement d’enseignement agricole ?
  • Entre un établissement d’enseignement agricole et des acteurs locaux associatifs engagés dans la promotion de leur terroir, quel partage ? Quels échanges ? Quels projets au croisement de l’économique, de l’environnemental, du social et du culturel ?

L’équipe de résident(e)s est également complétée. Nous serons 3 personnes présentes sur les 3 semaines de résidence, deux designers et une sociologue + une experte des circuits courts qui se joindra à nous une fois par semaine pour nous apporter un regard et une expertise complémentaire. Soit une équipe 100% féminine sur cette résidence :

  • Adèle Seyrig, résidente-référente de la résidence, est designer de service, spécialisée dans l’accompagnement de projets de développement local ;
  • Anne Fontaimpe est également designer ;
  • Hélène Caubel est responsable de projets culturels et sociologue ;
  • Shah-Dia Rayan est ingénieur agronome, animatrice de réseaux paysans et interviendra en tant qu’experte sur la résidence.

Résidence Résidence Circuits courts alimentaires à l’EPL du Balcon des Ardennes // 2nde visite – jour 1 (28 avril 2010)

À l’issue de la première visite sur le terrain et de la proposition de thématiques pour la résidence, c’est finalement l’axe de travail « patrimoine gastronomique et circuits courts » qui est retenu par la Région Champagne Ardenne et l’EPL (Établissement Public Local) du Balcon des Ardennes.

Pour commencer à sonder le terrain de la résidence autour de cette thématique, deux jours de visite sont organisés les 28 et 29 avril par Catherine Coutant de la région Champagne-Ardenne et Étienne Vivier, proviseur de l’EPL.

Pour ces 2 jours la 27e Région est représentée par Adèle Seyrig, designer de service et future coordinatrice de la résidence, Anne Fontaimpe, elle aussi designer et Stéphane Vincent, directeur de la 27e Région.

Région Champagne-Ardenne / Rencontre avec François Mürer

Première étape au programme, l’équipe de la 27e Région accompagnée de Catherine Coutant a rendez-vous à la direction régionale du Développement Agricole et Forestier avec Francis Murer son directeur. Après une rapide présentation de la 27e Région, nous rentrons dans le vif du sujet : découverte du contexte agricole régional, de l’histoire de sa construction au fil des générations d’agriculteurs, des difficultés auxquelles il est confronté aujourd’hui, etc. Francis Murer nous présente ensuite la stratégie régionale en matière de soutien au développement de l’agriculture.

Nous échangeons ensuite sur la situation de l’agriculture biologique qui nous est présentée comme assez peu développée en région Champagne-Ardenne en comparaison à d’autre régions ; sur la question de la diversification des exploitations agricoles (vente directe, élevage d’écrevisses, etc.) qui fait partie des grands axes de la politique régionale en matière agricole ; sur l’importance des traditions gastronomiques régionales, etc.

Saint-Laurent à proximité de l'EPL Balcon des Ardennes

Après ce point sur le contexte agricole régional, nous rejoignons l’EPL du Balcons des Ardennes à Saint-Laurent, à proximité de Charleville-Mézières.

Balcon des Ardennes / Accueil par la confrérie de la Hure d'Elemont

Balcon des Ardennes / Hure d'Elemont au menu

Pour le repas nous sommes accueillis cette fois-ci par un représentant de la confrérie de la Hure d’Elmont : à l’apéritif, sang de cochon (qui s’avère finalement être une sorte de punch) puis dégustation d’un assortiment de hure préparée spécialement pour l’occasion (tête de porc, tête de sanglier, tête de veau) suivie d’une traditionnelle salade au lard ardennaise. Nous somme immergés dans notre sujet « gastronomie régionale » !

Balcon des Ardennes / Après-midi de travail

La journée se poursuit par un après-midi de travail avec l’équipe 27e Région, Catherine Coutant, le proviseur de l’EPL, Étienne Vivier et le responsable de l’atelier de transformation, Jérémy André. Nous échangeons sur la préparation des semaines de résidence à venir puis M. Vivier nous présente plus en détail l’établissement qui est constitué du lycée d’enseignement agricole, d’un CFA (Centre de formation des apprentis), d’un CFPPA (Centre de formation professionnelle pour adultes) et de l’exploitation agricole.

Parmi les sujets abordés, celui du projet d’établissement en cours de constitution, vu par l’équipe de direction comme un projet à construire avec l’ensemble des acteurs de l’établissement (équipes de direction, personnel enseignant, personnel administratif et technique, exploitation agricole, etc.) et qui devrait pouvoir devenir un réel outil de pilotage. Dans ce projet, des ambitions, des axes de travail, des objectifs et des projets à mettre en œuvre. Parmi ces projets, en lien avec le sujet que nous aborderons en résidence, M. Vivier nous présente un projet de parcelle d’un hectare qui serait transformée en parcelle de culture maraîchère dans le cadre d’un projet d’insertion.

D’autres projets ayant été mis en place au lycée nous sont présentés.

Balcon des Ardennes / Visite de l'exploitation agricole + affiche repas bio

Balcon des Ardennes / Rencontre informelle avec une professeur + foyer du CFA

La journée s’achève par une visite du lycée et de l’exploitation agricole.

Résidence Résidence Circuits courts alimentaires à l’EPL du Balcon des Ardennes // 2nde visite – jour 2 (29 avril 2010)

Conseil Régional Champagne-Ardenne

La seconde journée de visite se déroule à Châlons-en-Champagne. Nous débutons par une rencontre avec Didier Breton, directeur de l’Aménagement et du Territoire à la Région à qui nous présentons le projet de résidence. En lien avec le sujet de la résidence, M. Breton nous fait part entre autres d’un projet régional de soutien à la création de Bistrots de Pays, de la création en cours d’un parc régional naturel (PNR) dans le Nord des Ardennes, du montage en cours du Réseau Rural régional, etc.

Nous rencontrons ensuite Isabelle Bandock, adjointe à la direction des Lycées et de l’apprentissage qui gère en région à la fois les lycées d’enseignement général et technologique et les établissements d’enseignement agricole. Nous abordons ensemble entre autre tout le travail mené par la direction des lycées sur le Développement durable au sein des établissements régionaux, sur tout ce qui est bâtiments mais également de plus en plus sur des projets concernant la vie de l’établissement. Mme Bandock nous présente rapidement un concours lancé auprès des lycées de la région pour soutenir des projets associant la problématique environnementale à des améliorations de la vie quotidienne au lycée. Opération qui aurait semble-t-il été assez peu identifiée par les établissement pour sa première année mais qui devrait être reconduite.

Nous échangeons également sur la problématique du bio et des circuits-courts à la cantine. Isabelle Bandock nous présente l’outil carbone à destination des cantines sur lequel est en train de travailler la région en partenariat avec la région Rhône-Alpes.

Rendez-vous à la Chambre régionale d'agriculture / Châlons-en-Champagne

Nous quittons ensuite le centre de Châlons pour rejoindre le complexe agricole du Mont Bernard où nous commençons par rencontrer Sophie Leflon, chargée de mission à la chambre régionale d’agriculture. Elle nous expose les axes de soutien à l’agriculture régionale mis en place par la chambre. Nous échangeons en particulier sur l’axe « diversification » : sensibilisation, formation à la transformation, à la vente, aux normes sanitaires, soutien de projets de point de vente collectifs, de marchés paysans, d’accueil à la ferme, etc.

En réponse à notre questionnement sur le développement de l’agriculture biologique en région Champagne-Ardenne, Sophie Leflon nous renseigne sur la notion d’agriculture intégrée dont le développement est semble-t-il soutenu par la chambre d’agriculture. Le principe de ce mode de culture : supprimer l’apport en produits phytosanitaires tout au long de la culture tout en se laissant la possibilité, en dernier recourt, d’y faire appel en cas d’absolue nécessité pour préserver la récolte. Peut-être une solution alternative au développement d’une agriculture plus respectueuse de l’environnement sans la prise de risque que semble présenter l’agriculture biologique pour les exploitants champardenais.

Rendez-vous à la DRAAF / Châlons-en-Champagne

Dernière rencontre de ces deux journées, toujours sur le complexe agricole, nous nous rendons à la DRAAF, Direction Régional de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Forêt où nous sommes accueilli par Jean-Pol Daumont, chef du pôle FEADER (Fonds Européen Agricole pour le Développement Rural) et reférent pour la DRAAF du montage du Réseau Rural de Champagne-Ardenne. M. Daumont nous présente dans les grandes lignes ce Réseau Rural qui vient de voir le jour et qui à terme devrait fédérer plus de 300 acteurs du monde rural en Champagne-Ardenne. Trois thématiques de travail ont été retenues dont deux nous intéresse particulièrement pour la résidence : image et facteurs d’attractivité de la Champagne-Ardenne, circuits courts et maintien et accueil de population.

Ce rendez-vous clôturera nos 2 jours de visite sur le terrain.

Projet test: Le trombinoscope géant

Jeudi a eu lieu la journée Kulte au lycée Gabriel Fauré. Nous profitons de ce contexte particulier pour tester un projet que nous caressons de puis plusieurs jours : installer un trombinoscope géant dans le hall d’entrée du lycée.

Les invisibles du lycée

Ce projet est né de plusieurs constats. Le lycée Gabriel Fauré abrite 2242 habitants. La plupart ne se connaissent pas. Philippe Ducrey, CPE, nous a confié qu’il ne connaissait pas tous les professeurs, or il a souvent besoin de les rencontrer pour discuter du cas d’un élève. « C’est un peu gênant de débarquer en salle du personnel à la recherche de tel ou tel enseignant sans moyen de l’identifier. » Les élèves se plaignent aussi de ne pas se connaître entre eux – « Ce n’est pas facile de rencontrer des gens à Fauré » entend-t-on souvent. Enfin, plusieurs membres du personnel, notamment le chef cuisinier et le chef des travaux, dénoncent l’invisibilité à laquelle sont cantonnés les agents techniques et de nettoyage. Le trombinoscope peut pallier le problème de visibilité dont souffrent certaines catégories d’habitants du lycée et renforcer le lien à travers la communauté lycéenne. Pour nous, il répond aussi à un besoin de rendre visible les liens entre le territoire du lycée et les destins individuels qui le traversent.

Le processus de fabrication

Installation du trombinoscope près du bureau de la vie scolaire

Pour recenser le nombre d’habitants, l’équipe des résidents s’adresse aux CPE, à l’intendance, à l’administration, au chef des travaux, mais aussi au secrétariat du CFA. Le bureau de la vie scolaire transmet les trombinoscopes dont il dispose, soit un ensemble de photographies très incomplet. Jean-Sébastien y ajoute des photographies d’agents et de surveillants prises dans l’après-midi.

Le trombinoscope géant se compose de plusieurs petits trombinoscopes et de feuilles blanches qui représentent ceux qui ne sont pas en photo. Il est légendé ainsi : « Il y a 2242 habitants au lycée Gabriel Fauré. Dont beaucoup d’invisibles. » Vers 20h, nous l’accrochons dans le hall principal, près du bureau de la vie scolaire.

Des réactions diverses

Le lendemain matin, lorsque les élèves arrivent, nous guettons les réactions.  Que pensez-vous du trombinoscope leur demandons-nous? Les réponses sont mitigées « C’est bien, ça me permet de voir des têtes que je ne connais pas » ou encore « Il faut que j’aille passer mon oral d’espagnol mais je compte bien retourner voir le trombinoscope ». Certains élèves de STG sont enthousiastes « Si on n’était pas en terminale on aurait aimé participer à cette initiative ». Certaines élèves qui attendent le début des cours assises sur un banc en face du trombinoscope sont plus réservées « – Qu’est ce que cela vous fait de vous voir en photo sur les murs du lycée ? – Bah, c’est pas très important. Les seuls qui cherchent notre photo sont ceux qui nous connaissent déjà. » « C’est bien, mais c’est dommage qu’il soit en noir et blanc car on ne reconnaît pas tout le monde. » « Ca ne me fait rien de me voir sur les murs du lycée. » Qui sont d’après eux les « invisibles » du lycée ? « Tous, ceux qu’on ne connaît pas et qu’on ne connaitra pas. »

Quant aux élèves qui ne sont pas représentés sur le trombinoscope, voudraient-ils rajouter leur photo ? Florian est catégorique : « Non. Je suis trop populaire. Tout le monde me connaît déjà. »

Il n’empêche, à l’heure de la récré, le trombinoscope provoque un embouteillage. « C’est quoi ce bordel ! », « Tu crois que tu es dessus ? » entend-t-on. Plusieurs agents viennent ensemble regarder les photos.

En revanche, les professeurs ne s’arrêtent pas pour regarder le trombinoscope. Dans la salle des profs, je les interroge. Le professeur de philosophie commente : « C’est très gros ! Il y a beaucoup d’images, ça prolifère ! J’aime bien cette idée. C’est une sorte de trombinoscope universel. » Le professeur de lettres répète songeur « La question des invisibles… »

Deux professeures reconnaissent avoir été « interpellées » par cette question des invisibles : « Je suis passée en coup de vent ce matin et je me suis demandée qui sont les invisibles? ». « C’est nous ! » lance une femme. « C’est nous les AVS (Assistants de vie scolaire). Ce serait bien que tout le monde sache qu’on existe,  qu’on est des précaires, et qu’on est utile. »

Les invisibles ne sont pas les mêmes selon que l’on est élèves, profs, agents…et il y a des catégories tellement invisibles que nous les avons oubliées dans notre recensement. C’est pourquoi nous ajoutons une note sur le trombinoscope « Et si on remplissait les blancs ? » en espérant que les habitants du lycée complèteront spontanément.

Ce projet test provoque des réactions. Il est à développer et à pérenniser. Se pose désormais la question du format, du matériau, de l’emplacement, de sa mise à jour…Son succès confirme un des axes forts de notre travail : rendre visible l’invisible – personnes, flux, tensions, savoirs, ressenti, imaginaire – au lycée Gabriel Fauré.

Mode d'emploi pour compléter le trombinoscope

De possibles porteurs de projets?

Alors que nous approchons de la fin de la deuxième semaine de résidence au lycée Gabriel Fauré d’Annecy et que nos propositions s’affinent, nous les présentons à plusieurs personnalités stratégiques de l’établissement qui seraient susceptibles de porter les projets sur le long terme.

La cour d'entrée du lycée, sous le soleil

Marion Coupat, CPE, travaille à la fois au lycée et à l’internat. Elle a une connaissance très précise des élèves et du lycée. Elle est en charge de gérer une aide financière de la région pour le « projet de vie » de l’internat. Dans ce cadre, elle réfléchit à des dispositifs et des actions qui visent à créer plus d’espaces de détente et de moments de convivialité au lycée. Il s’agit de répondre à la fuite des lycéens vers les cafés du centre ville. Marion réagit plutôt positivement à l’idée d’installer une grande table dans la cour du lycée mais « il faudrait s’assurer, pour des raisons de sécurité, qu’un grand camion puisse toujours entrer dans la cour. » Mais ce qu’elle réclame depuis des mois en vain, ce serait que « l’on installe des bancs sur le bord de la cour, protégés de la pluie par la bordure du toit des bâtiment. C’est trop bête que vous ayez toujours vu le lycée sous le soleil. En hiver, on mange à la cantine en doudoune, et il fait moins quinze dans le foyer. » Le speed dating lui a donné des idées : « C’est vrai que ce serait bien pour que les élèves de l’internat fassent connaissance en début d’année. »

Nous rencontrons aussi M.Olry, chef des travaux. Il est en charge de la direction technique et de la gestion de la partie matérielle du lycée : informatique, vidéos projecteurs, commandes de livres, câblage…Il travaille au lycée depuis six ans. Il est très sensible au problème des « gens transparents» au lycée : « Il y a un repas commun à tout le personnel en début d’année mais il n’y a pas vraiment de partage. Chacun reste entre soi. » Il regrette que ses collègues ne soient pas plus respectueux du personnel technique et de nettoyage. « Il y a un employé qui passe plus d’une heure chaque soir à s’assurer que les fenêtres sont bien fermées et les lumières éteintes. » Le trombinoscope collectif affiché au lycée pourrait être une réponse possible mais « il faudrait constamment l’actualiser. Beaucoup d’agents de nettoyage sont des contractuels envoyés par la région qui ne restent ici que peu de temps. »

Quand je lui montre les projets qui vise à libérer et encourager l’expression lycéenne, M.Olry rappelle la nécessité de « trouver un équilibre entre les droits et le devoirs. Une ouverture totale conduirait à du n’importe quoi. » Mais il a très envie que les élèves prennent d’eux-mêmes des initiatives pour aménager le lycée. « Si ça ne tenait qu’à moi, les élèves pourraient peindre sur tous les pans de murs blancs de la cour. »

La cantine du personnel. Parmi eux, des porteurs de projets?

Une rencontre avec les représentants de la fédération de parents FCPE Françoise Herveleu et Sophie Megani et avec la responsable de l’association Entraide, Lucrèce Teissier, qui mobilise les lycéens et étudiants de Gabriel Fauré pour donner des cours de soutien à domicile à des élèves de primaire, ouvre des perspectives. Les parents d’élèves sont sensibles au projet de parrainage – « C’est d’ailleurs déjà une forme de parrainage non formalisé qui a lieu avec la bourse aux livres » organisée conjointement par la FCPE et le FSE rappellent-elles. « Il y a beaucoup de communication entre les parents, beaucoup d’entraide parentale. » Pourraient-elles nous aider dans la mise en place du projet de parrainage ?

Les professeurs sont également des porteurs de projets potentiels : des professeurs de lettres, philosophie et d’éco-gestion sont d’accord pour faire réfléchir leur élève au projet de signalétique poétique et critique dans le cadre de leurs cours.

Où sont les porteurs de projets?

A ce stade de la résidence, nous jugeons nécessaire de tenir la région au courant de notre action. Jacky rencontre Jean-Pierre Delbegue et Cécile Ouvrier-Buffet, de la direction des lycées à la région Rhône Alpes. L’entretien consiste à leur expliquer la démarche de la 27e Région. La région ne s’impose pas aujourd’hui comme un véritable relais.

La réaction des « adultes » du lycée à nos projets sont dans l’ensemble positive. Il faut désormais créer le cadre dans lequel certaines personnalités pourraient se positionner comme porteurs de projets à moyen et long terme.

Journée Kulte: la parole aux lycéens

La journée Kulte

Le lycée Gabriel Fauré est aujourd’hui entièrement investi par le festival organisé par les lycéens membres du FSE (association du foyer socio-éducatif). C’est une journée banalisée : les cours sont annulés et les élèves sont invités à assister à des spectacles et des concerts qui reflètent la variété des pratiques culturelles ayant lieu au sein du lycée. La programmation a été conçue par les lycéens.

Danse à la journée Kulte

Thiphaine, élève en horaires aménagés danse, s’est beaucoup impliquée dans l’organisation de Kulte. Elle met le feu pendant une bonne partie de la matinée avec d’autres jeunes danseurs de hip hop sur une scène installée dans la cour de récré. Alors que cet espace est d’habitude déserté par les élèves, ils sont aujourd’hui nombreux à s’y être rassemblés pour applaudir les artistes.  Au cours de l’après-midi on peut assister à un concert de jazz dans le foyer de l’espace Gabriel Fauré, qui revêt un aspect totalement différent d’à l’accoutumée. Le lourd rideau de velours noir qui bloque la lumière lui confère une atmosphère chaleureuse. On peut aussi préférer assister au défilé des élèves du CFA qui présentent leurs créations coiffure. Des évènements ont lieu simultanément pour que chacun choisisse selon ses goûts.

Retour sur le speedating

Des groupes d’élèves sont tranquillement assis ici ou là, en particulier autour des tables de jardin qui ont été installées dans la cour pour l’occasion. C’est le moment idéal pour aller à leur rencontre et les interroger sur ce qu’ils retiennent de nos projets, notamment de l’événement speed dating d’hier, et sur ce qu’ils perçoivent de l’action de la 27e Région. Olivia, interne, élève de seconde en horaires aménagés musique, est un peu incertaine quand je l’interroge : « Vous posez des questions. Vous vous intéressez pour améliorer des choses. » En revanche, quand il s’agit de décrire le speed dating d’hier auquel elle a participé, les mots lui viennent plus facilement : « C’était marrant. Surtout, c’était pratique, enfin, utile. Ca a permis de rencontrer des gens. Il y a des filles de l’internat à qui c’était la première fois que je parlais. C’est pas le genre de filles avec qui je traîne d’habitude. »

Rebecca, qui était venue avec elle, qualifie le speed dating de « drôle » et « trop court ». « C’est dommage que tout le monde se soit dispersé à la fin » regrette-t-elle. Je l’interroge sur ce dont elle a discuté lors du speed dating : « On a parlé du lycée, de nos options et de ce qu’on voudrait faire plus tard. On a comparé les lycées avec des élèves de Lachenal. » Sur la 27e Région : Vous organisez des choses entre lycéens. Vous répondez à nos attentes. Vous améliorez les choses. »

La cour de récré le jour de la journée Kulte

Que fait l’équipe de Territoires en Résidences selon vous?

Jonathan élève trompettiste, a participé aux deux réunions d’information que nous avons organisées au lycée. Décrire l’action de la 27e Région en trois mots ? « Innovation, engagement, changement. » Il précise ce qu’il entend par innovation : « L’innovation ça va avec le changement. C’est apporter du nouveau et une nouvelle façon de voir les choses. Au sein du lycée on manque de recul. Parmi vos projets, il y a des idées auxquels on n’aurait pas pensé. J’aime en particulier ceux qui visent à améliorer la communication, la grande table, le speed dating… »

Chloé est élève en première S2 avec l’option audiovisuel. Elle nous a accompagnés hier au Pâquier pour filmer le speed dating. Avec d’autres élèves, elle réfléchit déjà à comment l’organiser elle-même. « Il nous faudrait un créneau de 15/20 minutes pour que les gens puissent continuer de discuter ensuite. La pause c’est un peu court. » Si pour elle, la 27e Région, c’est « de l’animation pour tous publics», pour Angelina, élève en terminale STG, « c’est une approche…une visualisation…une analyse des points forts et des points faibles de toute la structure du lycée. » Elle est à l’internat et elle a entendu parler du speed dating d’hier. « Ca a l’air sympa » dit-elle. Je lui demande son avis sur notre projet de signalétique poétique et critique. A propos des plaques de rues peintes à la peinture à tableau sur lesquelles les élèves pourraient inscrire leurs propres dénominations, elle s’enthousiasme : « C’est une idée innovante ! ». Pour le grand escalier, on parle souvent de « l’escalier du milieu. » L’accueil vitré dans le hall du lycée c’est « l’aquarium », la salle R300 c’est « la salle des langues. » L’idée de marquer des itinéraires et des tags au mur l’emballe moins – « ce serait vite dégradé ».  Quant à la grande table placée dans la cour « Ca ne changerait rien. Les groupes d’amis resteraient entre eux. »

Le lycée, un terrain complexe

Aller au contact des élèves, tester des idées auprès d’eux, imaginer d’autres projets au cours de la discussion, est le travail quotidien de l’équipe de Territoires en Résidences. Nous n’oublions pas cependant que les élèves ne sont pas les seuls destinataires de notre action. Professeurs, personnel administratif, mais surtout agents techniques et agents de nettoyage sont aujourd’hui au cœur de notre réflexion. Le lycée, qui comprend des catégories de personnes dont les perceptions varient beaucoup, est un terrain de travail complexe. Traiter ses habitants comme un tout ou spécifier les attentes des différentes communautés consiste presque en une décision politique.