Transfo Bourgogne – SEMAINE 4 – JOUR 4 – IMMERSION EN PAYS NIVERNAIS MORVAN – Quel avenir pour les commerces Multiservices ?

Nous nous rendons avec Nicole, Arnaud et Paul Henri dans la Nièvre, accueillis par Benoît Lacroix du Pays Nivernais Morvan sur la place centrale de Villapourçon. Benoît a dessiné le programme du jour. Dans la thématique Village retraité, nous jugions intéressant d’interroger le rôle social des commerces multiservices de proximité et de leur pendant itinérant. Le Conseil Régional finance aujourd’hui différents projets de réhabilitation et d’aménagement dans le cadre du dispositif « Cœur de Village », ou des aides à l’investissement pour les camions de tournées. Le Pays Nivernais Morvan mène une double politique d’accueil des porteurs de projets et aussi d’accompagnement au renouvellement des commerces et de l’artisanat… Benoît est donc au fait de ces questions et interrogera avec nous et avec les commerçants la manière de leur apporter un appui plus ciblé et plus adapté. Nous souhaitions imaginer comment pourraient muter ces activités pour répondre aux nouvelles pratiques de mobilité (travail en ville, résidents temporaires…) et pour permettre de maintenir des services de proximité dans les villages. Nous commençons par rencontrer avec Mr et Mme Lacombe, gérants d’un commerce d’alimentation générale, et assurant un service de tournées. Ils sont arrivés à Villapourçon, il y a 14 ans pour une reprise d’activité dont ils ont eu connaissance par petite annonce. « J’étais moniteur auto-école dans la banlieue Parisienne, ma femme avait de la famille dans la Nièvre. A 42 ans nous avons racheté le fond de commerce. Depuis ils ont développé leur commerce. La boutique du petit centre bourg (60 habitants à peine) est ouverte les matins, mais en fait  l’activité n’y est pas vraiment rentable. « 80% de mon activité est fait grâce aux tournées. » Pendant les tournées, Mr Lacombe rend de menus services aux personnes âgées (remplacement d’ampoules, réglage TV, rentrer le bois…) et discute beaucoup. L’isolement des personnes âgées dans les nombreux hameaux isolés est parfois grand. Alors quel commerce du futur ? « J’ai des doutes pour l’avenir, la situation reste tendue ». Ils ont beaucoup de travail et le nombre de clients est en baisse, proportionnellement au vieillissement de la population, puisqu’aujourd’hui nouvelles habitudes et mobilités transforment les pratiques. Nous sommes surpris de constater qu’alors ils ont un dépôt de pain dans le multiservice, la mairie a soutenu l’ouverture d’un second dépôt de pain juste en face, dans le dernier autre commerce du bourg, un café dont la patronne pourtant âgée continue de maintenir l’activité. Cela pose la question du rôle des collectivités locales parfois ambigüe.

Les tournées représentent 80% du chiffre d’affaire

En ce qui concerne les produits, l’épicerie se fournit dans différentes villes voisines. «  Il a peu de  grossistes dans le secteur. Je suis à la merci des fournisseurs qui me livrent quand ils veulent sans tenir compte de mes contraintes (départs en tournée). » Là encore, certains projet sont en gestation (avec le Parc Notamment) mais l’offre n’est pas encore structurée et aujourd’hui, le circuit court n’est pas d’actualité ! Arnaud évoque un film, le fils de l’épicier, d’Eric Guirado qui se déroule dans la Drôme et raconte l’histoire d’un fils qui reprend à contrecoeur l’activité familiale mais découvre chemin faisant son importance.

Nous déjeunons à Lormes avec Fabien Bazin, Maire de Lormes et Conseiller général de la Nièvre et Anne Algret-Georges directrice du Pays Nivernais Morvan, et citoyenne active de Lormes ! Nos interlocuteurs de Lormes sont d’autant plus intéressés par la démarche, qu’ils ont imaginé avant la Transfo Bourgogne faire de Lormes le village du futur et d’amorcer une démarche prospective ! Ici on choisit de parler de la campagne de manière positive, désolés de baigner dans le catastrophisme ou la nostalgie. Et oui ça bouge à la campagne et à Lormes particulièrement ! Alors « Comment créer un réseau rural qui rayonne ? » Conscient de l’importance de la bataille de l’image et du marketing territorial, Lormes veut mettre en avant ses ressources. « Comment faire de Lormes un spot clignotant ? Comment mettre en valeur les nombreuses pépites du territoire ? » Fabien Bazin voudrait lancer des bons de souscription locaux et imagine une fondation locale pour oeuvrer collectivement au développement du territoire.

L’atelier d’architecture juste installé

Ici certains projets innovants sont mis en avant : ce cabinet d’architecture privé qui met en place des sortes de résidences d’entrepreneurs en accueillant quelques jours dans une chambre dédiée des porteurs de projets. M. Bazin croit beaucoup au développement numérique : avec leur centre de télétravail, plein depuis des années, qui cherche à se développer encore. Pour accueillir les porteurs de projets tout est essayé par la commune : une cession 2 jours par an permet aux migrants potentiels de venir visiter la région, rencontrer les interlocuteurs locaux et consolider leur idée. Fabien Bazin rêverait même d’accueillir en fanfare des porteurs de projets !

Des idées aussi sur les nouvelles formes d’accompagnement de la Région. Ici on s’interroge : à quand le télétravail des agents du Conseil régional pour être au plus près des réalités locales ? Comment financer les expérimentations ou valoriser les territoires dynamiques ? Cela pose des questions de fond aux agents du Conseil Régional : faut-il vraiment miser sur l’exemplarité ? Doit-on chercher à harmoniser les fonds dans un souci d’équité ? Pour mieux accompagner l’expérimentation, peut être serait-il intéressant de se rapprocher de l’innovation au sein de la direction de l’économie du Conseil Régional ?

Nous irons ensuite rencontrer Eric MARCHAND, à Corbigny, Conseiller en développement commercial à la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Nièvre, qui accompagne l’installation des commerces multiservices et les projets d’investissements soutenus par les collectivités. Nous comprenons avec lui à quel point les  commerces multiservices sont très fragiles en rural. Il a remarqué quatre critères importants pour la réussite d’une implantation:  la présence d’une route avec 1000 passages jours au moins, la présence d’un parking, la reprise de commerce existant, une zone chalandise suffisante. Ces critères sont les feux verts pour  garantir 1000 euros par mois à minima. Ensuite bien sûr, la réussite dépend de la personnalité des gérants et leurs savoir faire. Malheureusement, il a fait le constat de nombreux échecs qui induisent misère sociale (divorces, dettes, suicide !). Parfois il a des bonnes surprises, comme par exemple avec ce couple de militaires retraités à 30 ans ! Les doubles revenus sont bienvenus et les solutions de repli aussi, puisque certains se mettent en disponibilité pour changer de voie. Des idées ? Peut etre proposer des stages de découverte ? des formes de parrainage ? pourquoi ne pas faire des commerçants installés des formateurs, rémunérés pour cette fonction, permettant de renseigner et de faire découvrir le métier aux prétendants ? Peut être l’occasion d’économiser du temps et de l’argent et d’épargner les échecs, d’éviter la détresse sociale ? Pour Eric Marchand c’est aussi les systèmes de livraisons personnalisées qui prendront le relais des tournées.

Depuis la mairie, le multiservice de Guipy en bordure d’une route passante.

Nous allons à la rencontre de Monsieur Léger, épicier à GUIPY, gérant d’un commerce réhabilité par la municipalité de Guipy. Il nous raconte son parcours « j’étais commercial dans l’automobile, ma femme était originaire d’ici, j’ai été licencié à 48 ans… Je me suis lancé !». Même si le commerce semble assez exemplaire, développant une activité de Bar tabac, épicerie et restaurant, les revenus ne sont pas encore suffisants. « Je ne me verse pas de salaire de tout de façon, je n’ai pas le temps de le dépenser ». Une nouvelle idée ? Un service de remplacement pour les commerçants ?

Nous finissons par une discussion avec les élus du village de Guipy dont M. Tourteauchaux son Maire. Ceux-ci ont porté le projet à bras le corps avant de le mettre en gérance. Pas évident pour eux de laisser le projet à quelqu’un d’autre, sans avoir vraiment droit de regard.Même si M. Tourteauchaux travaille beaucoup et rend de menus services (comme aller chercher un couple en voiture le dimanche pour qu’ils viennent manger), la mairie aurait souhaité qu’il propose une offre d’épicerie à domicile.

Cette difficulté à concilier activité du village et rentabilité économique, nous pose des questions. Les élus, prêts à tout pour garder leur dernier commerce,   souhaitent-ils installés des lieux de vie ou des activités commerciales dans leur village ? Comment mieux accompagner les porteurs de projets ? Sont cités en exemple les Sites de proximité qui accompagnent, informent et orientent les porteurs de projets en Rhône-Alpes.

En fin de compte, on discute beaucoup aujourd’hui des services à la personne. Comment favoriser la multi activité ? Comment favoriser les organisations collectives et coopératives pour rompre l’isolement des porteurs de projets et apporter du soutien ? Arnaud qui travaille sur le projet Massif, évoque aussi le réseau des épiciers du Massif central qui mettent en relation fournisseurs et commerces.

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