…Suite du petit tour : portraits des ERIC-Cyberbases

La première base, au cœur de la petite ville de Brunet, dans la rue commerciale et tranquille, accueille un public surtout composé de personnes retraitées, avec l’atelier senior de la commune. Abdel est d’ailleurs en train d’animer ce petit atelier d’initiation à notre arrivée : « Bon, alors, pour naviguer et faire vos recherches, vous devez ouvrir un nouvel onglet, sinon ça va vous emmener dans un espace trop vaste et vous serez perdus ! Et, si moi, je veux aller loin, justement dans l’espace ? » s’exclame une dame toute frétillante. Ici, peu de jeunes et d’enfants fréquentent le lieu excepté en accès libre par quelques jeunes du collège. Il y a aussi un partenariat avec le lycée « Georges Cisson » pour des ateliers en direction des « primo arrivants ». Ce sont des élèves d’origine étrangère qui ne maîtrisent pas la langue française et pour lesquels un apprentissage est proposé en vue d’obtenir le « PIM », le passeport internet multimédias. Il y a aussi de l’aide aux devoirs dans le cadre du Contrat Local d’Accompagnement scolaire (CLAS).

La particularité de cet espace est qu’il est corrélé avec celui de Ste Musse, tout proche et qui travaille en étroite coopération avec le Centre socioculturel (CSC) flambant neuf. Frédéric Fallot coordonne les deux espaces pour lesquels un planning commun est élaboré. La typologie des usagers est très différente entre les deux mais les statistiques révèlent une fidélisation croissante des publics. En file active, la base de Brunet représente 900 personnes. Cela dit, il y a un problème de com en général : « certains habitants ont découvert par hasard l’existence de la Cyber-base, alors qu’ils passaient devant tous les jours ! ».

La proximité avec le Centre social et culturel renforce les relations au travers de projets transversaux. Concernant l’emploi, par exemple, l’espace Cyber-base de Ste Musse a mis en place une plateforme de permanences, dédiées à l’accompagnement des demandeurs d’emploi, mutualisée entre plusieurs asso telles que la Mission locale, CESAM, l’AFIJ, le CEDIS, organismes déjà missionnés sur ces fonctions avec chacune sa spécificité. Les publics sont accueillis sur rendez-vous pour des séances individualisées de recherche par le numérique.

Le bâtiment de la « Maison des services publics », inauguré en septembre dernier, trône sur la place accueillante au cœur du quartier de Ste Musse avec son drapeau bleu-blanc rouge de la République. Autant dire qu’il s’agit vraiment d’un service public qui impressionne un peu. Très contemporain, l’espace, vaste et entièrement blanc ressemble un peu à un centre d’art contemporain. Frédéric regrette seulement que l’architecture n’ait pas été conçue en concertation avec les utilisateurs. « On ne peut rien toucher, ni punaiser…et les usagers ne peuvent pas vraiment l’habiter ! ». Cela dit, la médiathèque qui jouxte l’ERIC Cyber-base est vraiment un « plus » pour resserrer les liens entre les divers publics et booster la collaboration sur des projets. D’ailleurs 3 postes de consultation des bases de données de la médiathèque occupent un petit espace dès l’entrée et il est question d’y intégrer un portail avec des liens fléchés « culture » : visites virtuelles de musées, programmation culturelle de Toulon, etc. Perle, animatrice à la cyber-base nous montre aussi quelques productions créatives réalisées avec des enfants. Petit aperçu sur le lien : lacartoonerie.com


Une petite spécificité dont s’enorgueillit Frédéric, coordonnateur des deux espaces numériques, c’est la Cybermobile : « C’est une mallette avec des ordi portables pour aller au devant de publics handicapés et personnes âgées. L’idée est de développer ce concept sur tous les quartiers Est de l’agglo pour introduire ces pratiques numériques dans les hôpitaux, les maisons de retraite et autres établissements spécialisés. « La merveille, explique Frédéric, c’est que des personnes âgées de la maison de retraite qui ne parlaient plus, se sont remises à parler et ont recréé des modes de sociabilité ! »

Autre lieu, autre décor, autres publics aussi : l’espace de La Valette situé au cœur d’une ZAC et d’un centre commercial est géré par l’association « Horizon multimédias ». Michèle Blain nous accueille dès notre arrivée et nous guide tout de suite vers l’Espace Ouvert d’Education Permanente, initié par la Région PACA. IL s’agit d’un libre accès aux ressources documentaires offertes aux salariés entre 35 et 45 ans en reconversion professionnelle, avec un accompagnement pour les guider dans leurs recherches. Ici aussi, un réseau d’organismes spécialisés dans l’emploi s’est constitué de façon informelle pour coordonner leurs efforts : Mission locale pour les 16-25 ans, PLIE (plateforme d’insertion par l’économique) pour l’orientation et la formation, le CFA (centre de formation des apprentis), juste à côté, à La garde. Les autres activités et partenaires ? Une toute récente, la « Cyber bébé », prévoit d’intervenir dans une crèche pour le bain numérique précoce…et ludique ! Une activité aussi en lien avec une asso d’artistes à Revest, une autre avec une école primaire, également à Revest pour la préparation au B2I (Brevet d’initiation à l’informatique), et une autre encore autour de la « cyber-dépendance » et d’outils de prévention dans les écoles pour lutter contre l’addiction à l’internet. Bien sûr, une foultitude d’activités et de projets sont aussi dans les tuyaux ou déjà en cours.

Mais le « must », réside sûrement dans la formation BPJEP/TIC. Cette formation diplômante, agrée Jeunesse et Sports et unique en son genre au sein du réseau des ERIC, offre 1340 h de connaissances approfondies liées aux EPN avec des stages en alternance et des projets collectifs pour les futurs animateurs. Une rencontre avec le groupe de stagiaires réunis au moment de notre venue, est organisée de façon impromptue. La présentation du dispositif de « Territoires en résidence » suscite pas mal de questions de la part des futurs animateurs des espaces numériques. Ils se montrent vraiment intéressés et souhaitent participer à l’aventure. Rendez-vous est pris avec eux pour une séance de tournage avec « O2zone » le lundi 21 juin de la 3e semaine. L’idée serait de les associer dans le cadre de prototypages de projets prévus à ce moment là, sous la forme de teasers mettant en scène des micro-fictions.

Direction La garde, commune proche de La Valette. La Cyber-base ERIC, gérée par l’IFAPE, est elle aussi encastrée dans une méga médiathèque, au sein d’un bâtiment communal hébergeant aussi le Conservatoire National à rayonnement Régional. Pourtant aucune relation n’existe entre ces 3 entités. IL s’agit seulement d’une cohabitation. Cette petite cellule est animée par 2 animateurs pour des ateliers d’aide à la recherche d’emploi, en lien avec le Bureau Municipal de l’Emploi et le Bureau d’Information Jeunesse. De fait, l’IFAPE a répondu à un appel d’offres avec « Initiative », (société de conseil pour le reclassement, l’ »outplacement », couveuse d’entreprises, etc.) pour un programme national, décliné au niveau territorial, de répartition des rôles entre le Pôle-emploi et les Cyber-bases, dans le cadre d’une convention avec la « Caisse des Dépôts et Consignations ». La Cyber-base dispose aussi d’un espace dans la maison des associations d’à côté, davantage fréquentée et où d’autres ateliers sont proposés, en direction de différents publics, scolaires, retraités, habitants. Pour Nadia, animatrice, les activités sont assez diversifiées mais souffrent d’un déficit de communication, constat partagé par ailleurs par tous les interlocuteurs des Cyber-bases ERIC rencontrés. De plus les animateurs n’ont pas assez de visibilité du fonctionnement de l’IFAPE pour être réellement des acteurs forces de propositions. Ils jouissent d’une réelle autonomie en matière d’organisation de leur travail mais ne disposent pas vraiment d’informations concernant la gestion.

Ce petit tour d’horizon, très incomplet, nous a donné la mesure de la richesse et de la complexité de ces EPN. Tous sont en prise avec leur environnement social et doivent passer par les fourches caudines des dispositifs de politiques publiques territoriaux. Or, au niveau local, ces dispositifs, dans le maquis et l’opacité des acronymes qui en sont le reflet, représentent souvent la seule source de financements dans ces logiques de zonage et de discrimination sociale : « CUCS », « CLAS », « PLU », etc. réservés aux « initiés » et représentent des parts de marché potentiels pour ces acteurs sociaux. Ils militent souvent pour un mieux être social mais se retrouvent du coup aussi dans une concurrence entre eux. Ces circuits, « chasse gardée », incitent peu les projets de coopération entre organismes ; dès lors, comment imaginer la plus-value apportée par la formation aux outils numériques pour rendre presque évidente aux yeux des élus et acteurs institutionnels, l’intérêt d’une coopération aux différentes échelles territoriales.

Un autre constat ressort de ces rencontres ainsi que des observations et discussions informelles : la dimension réseau n’a pas de réalité au niveau quotidien. Manque de temps ? Effet de concurrence ? D’espaces de réflexion, centralisme de gestion pour les gros organismes ? De fait, peu de projets collaboratifs à l’initiative des Cyber-bases ERIC entre elles voient le jour. Les événements, à la faveur de l’animation du réseau et à l’initiative de La région PACA ou de TPM, sont de réelles occasions d’échanges féconds mais, chacun retourne ensuite à son turbin de gestion au quotidien….Il est patent qu’une démarche collaborative stimulée à l’échelle du réseau régional mais à l’initiative des ERIC eux-mêmes, permettrait d’exploiter et de rendre visible la richesse des projets, des activités et la multiplicité des utilisateurs de ces espaces numériques. Le handicap supplémentaire, lié à la difficulté de répondre aux appels à projets, soit par manque de savoir-faire, soit par déficit de temps et aussi par la mise en concurrence des candidats ne favorise pas la dynamique de réseau et sa plus-value potentielle. Ainsi, dans les scenarii possibles, des centres de ressources numériques, plus localisés et avec les moyens idoines, auraient, entre autres fonctions, celle d’accompagner les porteurs de projets réunis au sein de collectifs d’acteurs. Une piste à explorer ?

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2 réponses à “…Suite du petit tour : portraits des ERIC-Cyberbases

  1. Comment les acteurs sur place vont-ils pouvoir s’approprier les projets issus des discussions ?

    Bonjour,

    Cette expérimentation m’intéresse. Pourriez-vous me prévenir lorsque de nouveaux commentaires seront publiés ?

    • territoiresenresidences

      Good question ! C’est le principal enjeu de ce type d’expérimentation et une question que nous nous posons souvent. Pour ma part (mais ça n’engage que moi, en tant que sociologue), je pense que, pour une véritable « implémentation » ait lieu, on doit créer les conditions de l’appropriation. Je crois qu’elles sont de trois ordres, grosso modo :
      * culturel et symbolique : ça veut dire prendre le temps de comprendre (au sens de la sociologie compréhensive) la culture, l’histoire du lieu, les espaces et échanges symboliques entre les acteurs ;
      * co-production des outils le plus en amont possible ;
      * le contre-don : c’est à dire que la contre-partie doit être à la hauteur des attentes et de l’investissement des acteurs du lieu (ce que l’on laisse doit pouvoir dépasser l’événement de la résidence).
      Merci de votre question et au plaisir de répondre à d’autres,
      Corinne IEHL

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