De l’enquête à la conception de projet

Le mercredi après-midi au lycée, un moment à part

Dans un lycée, le mercredi est un jour à part. La plupart des lycéens n’ont pas cours l’après-midi. Les locaux se vident dès la mi-journée, hormis dans certains espaces à part du lycée. A l’étage des CFA coiffure, les apprentis manipulent dans une ambiance détendue sèche-cheveux et peignes.  A l’étage du dessous, nous rencontrons les élèves d’art plastique et leur professeur qui préparent activement la « Journée Art » prévue pour le lendemain. Une jeune fille s’applique à peindre en bleu ciel des têtes de poupées rasées, à côté d’une fragile installation faites de déchets ménagers en plastique et carton. Quelques internes reviennent de la cantine et traînent dans les couloirs. Mais la plupart d’entre eux, par un jour ensoleillé comme celui-ci, ont filé au Pâquier, vaste promenade paysagère qui se trouve sur les bords du lac d’Annecy. Et c’est là-bas que nous partons à leur rencontre.

Chez les apprentis coiffeurs

Le Pâquier, lieu de rencontre privilégié pour les lycéens

Des dizaines de petits groupes lycéens sont éparpillés sur les vastes pelouses qui donnent sur le lac. Comment identifier les élèves du lycée Gabriel Fauré ? Qu’est-ce qui les distingue des autres jeunes ? Au Pâquier, les élèves des lycées Berthollet, Baudelaire et Fauré se retrouvent avec bonheur. Car comme des élèves de seconde le remarquent avec une certaine frustration, il n’est pas facile de faire de nouvelles connaissances au lycée Fauré.

Rencontrer les élèves en dehors du cadre scolaire nous permet de les interroger sur une problématique essentielle à la question de la citoyenneté : comment s’articulent vie scolaire, vie privée, espace du lycée et espace public ?

Nous abordons des élèves de BTS. Elles regrettent l’absence d’espace de détente qui leur soit dédié. Majeures, étudiantes, elle n’ont pourtant pas plus de liberté que les lycéens. Le lycée Fauré est constitué de micro-populations – professeurs, étudiants, élèves de seconde, élèves en art, surveillants, internes, etc. – qui ont chacun des besoins différents. Comment s’adresser à l’ensemble du lycée sans nier les spécificités ? Comment établir des ponts entre les différents groupes ? Autant de questions que nous essayons de prendre en compte dans la phase d’élaboration de projets que nous abordons dans l’après-midi. Ces projets se veulent modestes : il s’agit d’intervenir discrètement avec de petits moyens. Mais l’enjeu est ambitieux : nous voulons construire les cadres dans lesquels une citoyenneté proprement lycéenne puisse se jouer.

Le Pâquier et ses grappes de lycéens

De l’enquête à la conception de projets

A ce stade de la résidence, nous sentons que la phase d’enquête atteint un palier. Depuis deux jours, dès le petit déjeuner à la cantine, l’immersion commence. Aujourd’hui, nous discutons avec une dame de service. La conversation, par petites touches, nous laisse entrevoir une autre réalité du lycée. Plutôt satisfaite de ses conditions de travail, et pas du genre à se plaindre, elle regrette juste que sa tenue de travail soit si moche. Elle entretient de très bonnes relations avec ses collègues – samedi soir prochain elle ira voir un collègue jouer dans un café voisin. Pourtant, elle ne fréquente pas vraiment l’Amicale du personnel, gérée par un professeur de lettres classiques.

Petit déjeuner des résidents avec les internes à la cantine

Mais que faire de toutes ces informations que nous recueillons, doléances, problèmes de personnes, critiques d’une architecture trop contraignante ? Sommes-nous là pour répondre à des besoins ? Pour soigner les plaies, colmater les fissures ? Au contraire, nous désirons aborder les problèmes par des angles inattendus, réveiller les esprits et susciter des pratiques nouvelles.

Pour pallier le problème de communication, pourquoi ne pas introduire plus franchement internet au lycée sous une forme non technologique ? Par exemple, inscrire en grand dans des endroits bien visibles le protocole http à la suite duquel les élèves pourraient suggérer des adresses de sites internet qui les intéressent. Autre idée : pour remplacer ponctuellement la sonnerie stridente qui marque l’intercours et irrite les oreilles de tous, pourquoi ne pas mettre à contribution les nombreux élèves musiciens pour des « flash concerts » de quelques minutes ? Par ailleurs, il existe au lycée Gabriel Fauré un micro qui permet de diffuser des messages dans l’établissement. Nous suggérons d’en faire un instrument de libre parole avec comme seule consigne « A utiliser seulement pour le bénéfice de tous. » Voilà une façon simple et efficace de mettre les lycéens face à leurs droits et devoirs citoyens.

Les résidents travaillent dans la salles des professeurs

Tester les projets sur le vif

Lorsque nous présentons ce projet au détour d’une discussion aux surveillants et aux enseignants en guise de test, les réactions fusent : « on ne peut pas permettre aux lycéens de faire passer des messages privés dans l’espace public. » « Il faudrait d’abord tester  le dispositif. » D’autres s’inquiètent : la hiérarchie de donnera pas son aval », tandis qu’au contraire les libertaires s’exclament « Il ne faudrait pas de consigne du tout ! ». Mais de toutes parts, s’exprime une curiosité pour l’usage que pourrait en faire les lycéens. Ce dispositif, en dépit de sa simplicité, a le pouvoir de changer radicalement le sens de la parole au lycée, qui circule habituellement de façon verticale entre l’administration et les professeurs, entre les enseignants et les élèves. Il instaure de nouveaux modes de communication et change subtilement les perceptions négatives qu’on peut avoir des élèves, parfois accusés, à tort ou à raison, d’étre trop passifs.

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