Où s’arrête la vie lycéenne?

Des images qui questionnent le lycée

Mardi 23 mars, en fin de journée, alors que la franche lumière d’Annecy se fait plus tamisée, nous avons ouvert en grand les portes du foyer du lycée. Sur les murs de ce vaste espace désaffecté, unanimement décrié par les élèves et le personnel du lycée comme étant froid et inaccueillant, nous avons accroché une série de photographies qui portent toutes la même légende : « Où s’arrête la vie lycéenne ? ». Elles montrent une salle de cours désertée, des jeunes filles allongées sur un banc dans la cour au soleil, deux amoureux s’embrassant dans un coin d’escalier tandis qu’une lycéenne s’engouffre dans un couloir, l’infirmière riant devant la porte de son bureau qu’elle appelle « sa grotte » …Parmi ces photos, se trouve la carte imaginaire du lycée Gabriel Fauré, que Jean-Sébastien a dessinée en superposant des bribes de paroles entendues à la géographie réelle. Les distances et les désignations sont subjectives et imagées. Le Rhône sépare la rive des enseignants de la rive administrative, tandis que le Foyer Socio-Educatif, QG des lycéens, gravite isolé très au nord.

Pour voir l’ensemble des images que nous avons présenté lors de la réunion d’information publique du mardi 23 mars au lycée Gabriel Fauré, c’est ici.

C’est ici que nous accueillons élèves et personnels du lycée pour une réunion d’information publique. A travers cet accrochage, nous avons cherché à mettre en exergue les points de tensions qui ont émergé au cours de nos déjà nombreux échanges avec les habitants du lycée. Nous espérions provoquer le débat et les réactions ne se font pas attendre. Un professeur de philo enrage devant la photo de la machine à café qui affiche le portrait d’une jeune femme blonde souriante : « Cette image stéréotypée n’a rien à voir avec la réalité du lycée ! ». Une autre enseignante remarque « La citoyenneté au lycée, c’est la participation mais surtout le respect de soi et des autres. Je suis choquée par tous ces élèves vautrés sur les bancs et les couloirs. » Mais c’est la carte dessinée du lycée qui suscite le plus de réactions. Les professeurs s’étonnent «  Ah bon, vous le voyez à l’extérieur du lycée le Centre de Formation des Apprentis ?! ». Ils comparent cette représentation avec leur propre perception du lycée, et s’esclaffent en se remémorant des souvenirs partagés. Tous s’accordent sur le fait que la carte traduit bien le fonctionnement cloisonné et hiérarchique du lycée.

Les élèves de l’internat: une force moteur

Peu d’élèves participent à cette réunion. Trois élèves de l’internat sont présents. Ils passent la majeure partie de leur temps au lycée Gabriel Fauré et entretiennent avec lui un rapport très différent des autres élèves. Ils en sont fiers et le connaissent comme leur poche. Ils siègent au conseil d’administration, participent à la commission restauration et sont de toutes les initiatives lycéennes. Ils déplorent un manque de motivation chez leurs camarades et un manque d’encadrement de la part des profs.

Des éducateurs engagés

Cette soirée de discussion publique fut le point culminant d’une journée d’échanges avec des professeurs et éducateurs animés de principes pédagogiques très forts et faisant preuve d’une grande attention aux besoins des élèves. Les CPE rappellent « Les élèves ne laissent pas leur personnalité aux portes du lycée. » L’infirmière confirme que beaucoup d’élèves viennent la voir pour des problèmes plus compliqués qu’un simple bobo. Trouvent-ils les élèves apathiques ? Certes, la posture d’apprentissage les force à être dans une certaine passivité, et les comportements de quelques adultes les infantilisent. Mais tous énumèrent nombre d’actions qui témoignent du potentiel citoyen du lycée : les élèves de BTS se sont portés volontaires pour tenir un bureau de vote à la vie scolaire, des jeunes internes sont en train de monter un spectacle de théâtre…L’énergie est là. Le sentiment du manque citoyen ne tient pas qu’à l’absence d’initiatives mais à l’invisibilité des nombreux projets qui existent.

Introduire un espace d’expérimentation au lycée

A ce stade de la résidence, nous sommes en mesure d’élaborer trois pistes de travail qui traduisent les résultats de ces deux jours d’immersion au lycée Gabriel Fauré. Beaucoup de récriminations portent sur le manque d’espaces d’accueil pour les élèves entre deux cours et l’état déplorable du foyer. Pourtant, les projets de réaménagement du foyer n’ont pas manqué. Mais comme beaucoup d’autres initiatives, leur mise en oeuvre s’est heurtée aux nombreuses règles administratives. Il nous est sans cesse rappelé que le lycée est un espace fini et réglé. Les comportements sont régis par des normes. L’élève doit être présent en cours, le professeur est tenu de faire l’appel en utilisant le système Coba dont il a été question dans un précédent billet. Nous proposons alors la notion de « chantier », qui pourrait s’appliquer à un réaménagement du foyer. Le foyer serait alors un lieu à part, à l’écart des règles du lycée, ouvert à l’expérimentation. Les professeurs et les élèves seraient invités à un effort sans cesse renouvelé de collaboration et d’appropriation du lieu. Si le foyer est pensé comme un chantier, il devient catalyseur de citoyenneté parce ce qu’il suscite le travail collectif, provoque le débat démocratique et engage la responsabilité des élèves.

Des projets nombreux qui manquent de visibilité

Dans un lycée de la taille de Gabriel Fauré, l’anonymat régit les rapports entre les profs, les élèves et l’administration. Les professeurs, au nombre de 160, ne se connaissent pas tous entre eux. L’infirmière sait qu’elle n’a pas été identifiée par tous les enseignants, alors qu’elle aurait souvent besoin de discuter de la situation particulière de tel ou tel élève avec eux. Certains évoquent un grand trombinoscope du personnel accroché au plafond de la salle des profs il y a quatre ans, qui a disparu un jour on ne sait trop comment. Les élèves, quant à eux, vivent en petits groupes et il leur est difficile de créer des liens ou des projets communs avec des élèves d’autres sections ou d’autres cursus, notamment avec les CFA dont les salles de cours sont très à l’écart. Nous sentons de la part de tous un besoin d’être mieux identifié pour pouvoir pleinement occuper sa place au lycée. Certains déplorent aussi qu’ils ne puissent communiquer aisément sur leur travail. L’infirmière organise prochainement une journée Don du sang, et n’a pas trouvé assez d’espaces d’affichage disponibles pour communiquer sur cet événement. Ce besoin de visibilité et de représentation pourrait converger dans des expérimentations qui sont encore à inventer.

Faut-il repenser les outils de communication au lycée?

Pour mettre en oeuvre ces différents projets, il est nécessaire de repenser les modes de communication et d’organisation. C’est sur ce troisième axe de travail que nous concluons cette deuxième journée de résidence.

Vous pouvez télécharger la présentation en cliquant ici.
Presentation premieres questions lycée Annecy

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3 réponses à “Où s’arrête la vie lycéenne?

  1. Je trouve très étonnant de voir comme cette observation passe très vite au-delà de tout stéréotype et nous amène dans le vif du sujet : les relations, les problèmes d’identité, de visibilité, et leur impact sur l’engagement et la capacité à passer d’espaces intimes à un espace public. Si bien que contre toute attente on voit les pbs de citoyenneté abordés non pas par la discipline ou l’engagement, mais par l’empêchement à la visibilité (des gens de ce qu’ils pensent, de ce qu’ils sont, des messages, des parcours de formation…

  2. Ça fait quelques années déjà que j’ai quitté le voisin Berthollet (97 !) et les choses y ont sûrement beaucoup changé mais il y a pas mal d’éléments qui font écho dans le billet. Sur le foyer tellement inhospitalier qu’il ne mérite pas cette appellation et qu’il donne-envie-de-retourner-en-cours-qu’on-en-finisse, il semble qu’il y ait match nul et c’est dommage. La pauvreté des espaces d’affichages. Il s’est peut-être passé un truc intéressant et je l’ai jamais su.

    La carte est bien vue. Cet espace cloisonné, mystérieux, la « norme » et l' »anonymat » qui règnent en général au lycée poussent beaucoup à y arriver le plus tard possible et en partir le plus vite, non ? Ça doit compliquer un peu la communication, la mise en valeur des initiatives… Bref, Berthollet pour moi ça a été ça : norme, anonymat, cloisonnement.

    Heureusement il y avait un disquaire pas loin. Autre époque.

    Il y a définitivement un truc à faire avec le foyer. J’aime bien l’idée du chantier. De la friche. C’est motivant d’investir un espace !

    Un foyer investi par les élèves ne serait pas un bon endroit pour communiquer, sur le don du sang par exemple ? Il y a d’autres liens faits avec l’extérieur (vie associative locale, bénévolat etc.) ? Le lycée pourrait être une sorte de plateforme, de lieu de référence… aidant les élèves à se projeter, rencontrer des responsables d’assos…

    Cliché mais : il y a un journal ? Papier ou web (site, blog, réseau de blogs… )

    Il y a un ciné club ? Avec soirée débat après, rencontre avec d’anciens élèves en lien avec le film par leur profession ou parcours de vie ou n’importe quoi ? Un truc qui brasse au maximum les filières, qui laisse le choix entre participer ou rester spectateur en attendant de franchir peut-être le cap, qui amène aussi ceux qui ne font pas partie du noyau dur des « initiativistes »,… Tous ceux qui sont un peu « à côté »… Qui laissent leur personnalité au portail et qui sont pressés de la retrouver… Je crois me souvenir qu’il y en a.

  3. Catherine Rivollet

    Je m’étonne que le CDI, lieu d’accès à l’information, à la documentation et à la culture, fréquenté tous les jours par des centaines d’élèves en autonomie (ou avec leurs professeurs), ne figure pas sur la carte du lycée.

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