Visite pré-résidence au lycée Gabriel Fauré à Annecy

Le lycée gabriel fauré est situé en centre ville d’Annecy. Cette situation, appréciée des élèves pose d’emblée le problème de porosité de l’établissement. Certains parents d’élèves appréhendent les possibilités de distraction qu’elle pourrait engendrer. En réaction l’établissement envoi un signe de réassurance au parents d’élèves. Il s’implique dans une logique de contrôle au travers de différents dispositifs (ci dessous, l’appel est fait avec un appareil électronique fonctionnant avec des codes barres).

Parallèlement, les technologies d’information et de communication introduisent une transparence accrue des relations internes au lycée et constituent de fait une autre entrée du monde extérieur dans le lycée, avec parfois les débordements que nous connaissons (délations, insultes via réseaux sociaux interposés,…). Tout cela pose question.

Cette situation peut être articulée avec qu’interprète Josh Freed(1) comme un conflit de générations entre une génération “parents” et une génération “transparents”, autrement dit, une génération très secrète marqué par le big brother d’ Orwell, l’affaire du water-gate (celle des parents) et la jeune génération qui ne rêve que d’une seule chose : qu’on la regarde. Contrairement aux adultes qui spéculent (parfois avec raison) sur le danger que représente la publication d’informations sensibles qui pourraient un jour leur coûter un emploi ou leur valoir une usurpation d’identité” les ados s’imaginent que le pire qui puisse leur arriver c’est que personne ne les regarde, « et puis la vie vaut-elle d’être vécue si personne ne la regarde?”(2).

Cet appétit de transparence, va de paire avec la construction de l’adolescent dans le regard de ses pairs. Néanmoins, que se passera-t-il une fois cette période de transition passée ? Se profile à l’horizon, une disparition de la sphère intime, lieu de repli et de constitution de l’individu, dans laquelle, l’actuel “transparent” aura besoin de se construire. La citoyenneté suppose l’individualité. Il revient donc nécessairement à la collectivité d’apporter des outils qui permettent au lycéen de prendre la responsabilité de sa protection.

Comment négocier les rapports de porosités entre le lycée -lieu de formation du futur citoyen- et la cité?

Le lycée s’est doté d’un logiciel de contrôle, Pingoo. Celui-ci fonctionne sur la base d’un blacklistage de sites internet. Même s’il permet d’interdire l’accès à quelques sites, le dispositif ne pèse pas bien lourd par rapport à l’étendue de l’offre internet. Cela permet de protèger les élèves des applications les plus connues mais pas de poser la question de la responsabilité de l’élève sur internet, au lycée comme à l’extérieur. Les élèves ont en effet accès au web depuis leur domicile ou pour les mieux équipés depuis leur connexion mobile. De fait, ils en font pleinement usage -la plupart du temps mal- faute de questionnement sur les avantages et les inconvénients des applications internet.

Les interdictions mises en place ont toutefois plusieurs raisons techniques et fonctionnelles :
– le nombre limité de postes informatique implique qu’une connexion longue d’un lycéen qui n’est pas destiné au travail prive les autres utilisateurs de cet outil.
– la largeur de la bande passante de la connexion de l’établissement ne permet pas un usage fluide de toutes les fonctionnalités d’internet. Des applications gourmandes comme le streaming (dailymotion, youtube,…) plombent par exemple le réseau, bien que leur possibilité pédagogiques soient attestées. Emanuel Delessert, professeur de Philosophie, évoque par exemple la découverte par ses élèves de l’abécédaire de Gilles Deleuze, en accès libre sur Youtube.

Dans un cas comme dans l’autre -celui de l’usage dévoyé ou celui des limites techniques- se posent les mêmes questions de responsabilité du groupe envers l’individu (protection du citoyen en formation) et de l’individu envers le groupe (partage,respect du droit). En bref de l’exercice de la citoyenneté. Cette responsabilité partagée est une forme de contrat. Encore faut-il que ses termes, les limites qu’il exprime, soit clairement lisibles et visibles.

Une participation réelle mais faible

Le Lycée Gabriel Fauré au travers de différents groupes, activités, sollicite l’avis et la participation de ses élèves. Force est de constater que les lycéen de Fauré ne sont guère au rendez-vous. Nous avons pu identifier :

– La journée Kulte, qui si elle obtient un certain succès peine à trouver des organisateurs, tient sans doute en partie grâce au dynamisme d’une poignée d’élèves et de professeurs.

– Le FSE, organisateur de l’évènement manque de participants, de responsables, de bénévoles pour espérer développer une réelle dynamique de projet dans le lycée.

– La cantine propose aux élèves de venir aux commissions restauration pour donner leur avis sur les menus. L’appel est suivi et les retombées sont sensibles, mais cela ne concerne malgré tout que quelques lycéens par commission. Le chef de service est aussi à l’initiative d’une journée bio et souhaiterai développer les circuits courts dans la fourniture du restaurant scolaire. Il regrette cependant que les événements qu’il met en place ne soient pas assez relayés en classe.

– L’option cinéma sollicite les élèves pour jouer la comédie. Il semblerait que la caméra obtienne plus de succès. Peut-être retrouve-t-on là, sous une autre forme, la volonté d’être vu déjà évoquée avec internet. Cet intérêt pour tout ce qui peut permettre de s’affirmer, de prendre une place dans la société pourrait sans doute constituer un point d’entrée pour les expérimentations à venir…

– Des responsabilités semblent à prendre dans les différents clubs sportifs du lycée, même si nous n’avons pas encore beaucoup d’informations en ce qui les concerne. A voir donc !

– Au niveau des enseignants, M. Dours gère le réseau informatique du lycée et propose des formations sur les logiciels, le côté technique et aussi sur les possibilités en terme de contenu, de moyen d’échange avec les élèves. Il sera intéressant de voir plus en détails quelles sont les formations les plus demandées par les professeurs. Tout comme la compréhension des principes de la république est une des clés de la participation à la vie démocratique, l’apprentissage des outils informatique et internet est sans aucun doute l’une des clés d’un usage citoyen des technologies d’information et de communication.

Cette prise de responsabilité faible s’explique d’après nos différents interlocuteurs par une mauvaise communication. L’information est selon eux peu impactante et mal relayée. Si l’on examine la communication qui est faite, ce sont effectivement souvent de petits écriteaux A4 scotchées aux parois et panneaux d’affichage de l’établissement. Plusieurs questions se posent toutefois : comment communiquer dans un lieux si vaste et si « multiple » que le lycée ? Et comment faire si les publics visés sont finalement peu présent en dehors des cours ? Faut-il communiquer vers l’extérieur du lycée ? Ou bien tâcher de ramener ces habitants en son sein ?

Espace disponible et  non-lieux

“Il n’y a pas de lieu pour les élèves à Fauré” constate une des documentalistes de l’établissement. Ce constat pose sans doute une des raisons du manque d’implication des élèves dans la vie de l’établissement. Lors de notre première visite, il était question du manque d’espace de l’établissement en général, pas si clairement du manque d’espace pour les élèves. Ca n’est peut-être qu’une petite évolution dans la perception du besoin, ou dans la façon d’en parler, mais cela change tout. De l’espace il y en a en fait. Mais c’est de l’espace avec du sens, de l’espace qualifié dont il manque.

Les tentatives existantes se font surtout par l’ajout d’information. Ces inscriptions, que nous voyons sur les murs, provoquent parfois des situations cocasses dignes de dispositifs psychogéographiques. Force est de constater qu’ils n’ont toutefois ni l’efficacité communicative escomptée ni l’intention de qualifier les espaces (messages à caractère informatif). Mais ils ont l’intérêt d’exister et de constituer un matériaux disponible accepté et connus par les différents utilisateurs du lycée. Tableaux d’affichage défilant, panneaux d’affichage statiques et écrans TV sont autant de canaux disponibles qui peuvent effectivement servir à informer mais également à qualifier les lieux dans lesquels ils sont installés.

A l’extérieur en tout cas, les lieux attractifs ne manquent pas. Cafés, parcs,… et même devant les grilles du lycée, cela semble plus adequat pour se retrouver (ne serait-ce que pour pouvoir fumer une cigarette librement). C’est là où nous rencontrons un groupe de lycéens en train de discuter. Nous les interrogeons sur leur implication au lycée, sur l’intérêt qu’ils trouvent à être ici. Encore une fois, la situation de lycée de centre ville revient, mais cette fois-ci sous un jour favorable. La vie au lycée est agréable à cause de ce qu’on trouve autour. L’expérience que l’on fait dans cet extérieur, en dehors du cadre de l’établissement ou de la maison est après tout une soupape de décompression et un moyen de construction individuelle. Cela se ressent, les lycéens sont détendus et ouverts à la discussion..

On peut se représenter le lycée comme une sorte d’incubateur de la citoyenneté. C’est la fois une enveloppe protectrice -nécessaire à des esprits en formation- et un endroit ou l’on fait l’expérience du vivre ensemble, de la cité. Les personnels de l’établissement ont ainsi le difficile et beau métier d’arriver à trouver le rapport juste entre protection et acquisition de l’autonomie par l’élève.

Le lycée pourrait-il prendre le pari de l’ouverture c’est à dire trouver les moyens d’intervenir dans les lieux qui l’entourent ? Ils sont après tout les endroits dans lesquels se fait l’expérience de la citoyenneté. Toutefois, comme dans n’importe quelle fabrique du savoir, l’expérience ne vaut que si elle est restituée, partagée, discutée.  Il faut un(des) lieu(x) pour cela au sein du lycée. Le tout est de trouver quelle(s) forme(s) leur donner…

(1)Journaliste,The Gazette, Montréal.
(2)Courrier International du 25 fêvrier au 3 mars, la tyrannie de la transparence
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3 réponses à “Visite pré-résidence au lycée Gabriel Fauré à Annecy

  1. Pingback: Où s’arrête la vie lycéenne? « Territoires en Résidences

  2. Myriam Bovagnet-Pascal

    Un espace Fauré ou les talents de chacun seraient mis en valeur et aux yeux de tous….

    Une mutualisation des actes citoyens isolés pour renforcer un esprit communautaire…

    J’adhère!

  3. Mazalto maurice

    Dans un établissement scolaire, l’éducation à la citoyenneté , s’inscrit dans des champs différents et complémentaires : privés et institutionnels, officieux et officiels ;
    – en ce qui concerne le champ privé , elle est inscrite dans les espaces et bâtis , par l’existence de lieux permettant la socialisation : échanges, paroles de confidence, rencontres fortuites ou provoquées…on peut repérer des lieux intérieurs et extérieurs que je ne détaille pas ici mais que je peux montrer par ailleurs .
    – en ce qui concerne le champ officiel , il s’agit du fonctionnement des instances démocratiques existantes dans les textes réglementaires : CVL, délégués, réunions diverses et variées, projets dans le cadre du projet d’établissement.
    Ces deux aspects nécessitent un engagement fort des responsables à différents niveaux, la consultation des élèves pour recueillir leurs avis et installer un travail de propositions…envers les responsables concernés à l’interne et à l’externe . ( CR)
    maurice mazalto

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